Daouda Meite, doctorant en sciences de la Terre et de l’atmosphère, Romain Chesnaux, professeur en sciences de la Terre et en génie civil, Anouck Ferroud, post-doctorante en hydrogéologie, et Julien Walter, professeur-chercheur sous octroi, sont quelques-uns des membres de l’équipe eaux souterraines de l’Unité des sciences de la Terre de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Changements climatiques: la contamination des puits étudiée

Les changements climatiques et les phénomènes météorologiques extrêmes qui y sont associés pourraient augmenter le risque de contamination de l’eau des puits résidentiels par des virus et des bactéries provenant de fosses septiques ou de champs d’épuration situés à proximité.

Afin de mieux évaluer les risques de contamination possibles, des chercheurs de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et de l’École polytechnique de Montréal ont reçu 220 000 $ du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques pour financer un projet de recherche qui débutera ce mois-ci et qui s’étalera sur deux ans.

Les épisodes de fortes pluies causés par les changements climatiques pourraient amener une contamination des puits résidentiels, à partir de l’écoulement des systèmes d’assainissement autonomes, soit les fosses septiques et champs d’épuration, explique Romain Chesnaux, professeur en sciences de la Terre et en génie civil à l’UQAC.

« On n’a pas forcément plus d’eau qui tombe, mais l’eau va tomber d’une façon plus intense. À ce moment-là, l’écoulement de l’eau souterraine va être plus rapide et le virus va être transporté par l’eau souterraine, qui va arriver plus rapidement au puits et donc, il aura eu moins de temps pour possiblement se décontaminer et mourir dans le sol. »

Le temps de survie des contaminants organiques dans le sol est estimé à environ 500 jours pour les virus et à 200 jours pour les bactéries. Dans le cadre du projet de recherche, une attention particulière sera accordée aux bactéries pathogènes que sont les coliformes fécaux.

Dans la province, on estime qu’il existe quelques centaines de milliers de puits résidentiels individuels permettant une alimentation en eau potable à partir des eaux souterraines, pour les chalets et résidences qui ne peuvent être reliés à un système d’aqueduc et d’égout municipal. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, on en compte environ 10 000.

Documentation et modélisation

Les deux prochaines années seront tout d’abord consacrées à la recension de la documentation existante au pays et ailleurs dans le monde sur la contamination des puits résidentiels. Une modélisation numérique sera ensuite réalisée afin de déterminer le parcours des virus et bactéries dans le sol, en tenant compte de différents scénarios liés aux changements climatiques.

« La problématique de contamination des puits résidentiels ou des puits individuels n’a pas encore été trop évaluée, précise M. Chesnaux. […] Il y a comme un manque, un petit peu, de travaux d’acquisition de connaissance pour caractériser la vulnérabilité de ces puits-là vis-à-vis des contaminants, bactéries et virus, qui proviennent des fosses septiques. »

Environ quatre chercheurs de l’équipe eaux souterraines de l’Unité des sciences de la Terre de l’UQAC seront mis à contribution, ainsi que deux chercheurs de l’École polytechnique de Montréal, sous la direction du professeur Benoit Barbeau. L’expertise de microbiologistes de cette institution permettra de déterminer les paramètres biologiques des virus et bactéries, tels que leur temps de vie et l’interaction de ces microorganismes avec les milieux souterrains.

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CHANGEMENTS DE RÉGLEMENTATION POSSIBLE

Les résultats du projet de recherche sur les risques de contamination possibles des puits résidentiels pourraient éventuellement amener le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques à adapter la réglementation entourant l’installation et l’entretien des puits résidentiels ainsi que des systèmes d’assainissement autonomes.

De nouvelles normes pourraient encadrer la distance d’aménagement entre de nouveaux puits et les fosses septiques ou champs d’épuration, donne à titre d’exemple Romain Chesnaux, professeur en sciences de la Terre et en génie civil à l’UQAC. Un renforcement des parois des puits pourrait également être recommandé. Les puits résidentiels déjà existants pourraient quant à eux devoir être désinfectés périodiquement.

Ces mesures, qui pourraient apparaître contraignantes aux yeux des propriétaires, qui doivent déjà débourser des montants importants pour l’aménagement et l’entretien des puits résidentiels et systèmes d’assainissement autonomes, seraient avant tout motivées par des préoccupations de santé publique, précise M. Chesnaux.