La rectrice Nicole Bouchard, les cotitulaires Elisabeth Kaine et Constanza Camelo-Suarez, le secrétaire général de la Commission canadienne pour l’UNESCO, Sébastien Goupil, et le représentant de Mashteuiatsh, Charles-Edouard Verreault, on pris part au lancement de la Chaire UNESCO en transmission culturelle chez les Premiers peuples comme dynamique de mieux-être et d’empowerment.

Chaire UNESCO autochtone: une passerelle entre les peuples

L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) inscrit sa marque dans l’histoire des relations entre Blancs et membres des Premières Nations. Mercredi, l’établissement d’enseignement supérieur régional a lancé la première Chaire de recherche canadienne entièrement consacrée aux peuples autochtones.

La Chaire UNESCO en transmission culturelle chez les Premiers peuples comme dynamique de mieux-être et d’empowerment (autonomisation) était attendue depuis longtemps, a confié la rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard. 

« Quel chemin parcouru pour en arriver jusqu’ici ! C’est une primeur pour l’université comme pour la Commission canadienne pour l’UNESCO. C’est la reconnaissance indéniable et prestigieuse de l’expertise développée par deux chercheuses. C’est le symbole du rapprochement interculturel qui vient consacrer l’UQAC à titre de chef de file », a déclaré la rectrice, en guise d’ouverture à une cérémonie protocolaire au cours de laquelle la culture et les traditions autochtones ont occupé une place de choix. Des porte-étendards de différentes nations étaient présents dans l’amphithéâtre de l’université pour assister à cette annonce à caractère historique et hautement symbolique.

Les deux chercheuses citées par la rectrice sont les cotitulaires de la Chaire, Elisabeth Kaine et Constanza Camelo-Suarez. Elles sont toutes deux professeures-chercheuses au Département des arts et lettres de l’UQAC et ont déposé un projet après que le Réseau canadien des Chaires UNESCO eut exprimé le désir de développer le secteur de la recherche autochtone. La Chaire devient la 23e de l’UNESCO au pays. Comme l’a expliqué le secrétaire général de la Commission canadienne de l’organisme, Sébastien Goupil, le processus d’attribution est très rigoureux. C’est après une évaluation par les pairs menée ici au Canada, puis au siège de l’UNESCO, que les chercheuses Caine et Camelo-Suarez ont pu jeter les bases de la Chaire en transmission culturelle chez les Premiers peuples comme dynamique de mieux-être et d’empowerment. 

« On a fait de la réconciliation une priorité transversale. La Commission vérité et réconciliation a insisté sur un besoin urgent de transformer la société canadienne, édifier la paix entre les hommes et les femmes et encourager la solidarité morale et intellectuelle entre les peuples », a rappelé Sébastien Goupil. Le secrétaire général a ajouté que le mandat de la Chaire est on ne peut plus pertinent, alors que s’ouvrira, en janvier, l’année internationale des langues autochtones. 

« C’est l’extraordinaire richesse et la résilience culturelle des Premières Nations que l’on salue aujourd’hui », a-t-il relevé, après avoir remercié les gens de la région de leur accueil en « territoire ancestral Pekuakamiulnuatsh ».

Inclusif

Les cotitulaires ont souligné le caractère distinct et inclusif de la Chaire, laquelle place chercheurs et membres des Premières Nations sur un pied d’égalité. Un comité de sages autochtones travaillera à l’élaboration des grandes orientations. La structure compte un comité scientifique et un comité de gouvernance à parité autochtone. Des institutions partenaires sont aussi mises à profit, comme le Centre Nikanite et la Boîte Rouge VIF de l’UQAC. 

« On veut travailler en concertation et dans le cadre de collaborations à long terme. Il faut arrêter de faire de la recherche hélicoptère et venir chercher nos informations pour ne jamais redonner de nouvelles », a déclaré Élisabeth Kaine, issue de la nation Huronne-Wendat. 

La professeure a mis en relief le fait que l’équipe de chercheurs veut répondre à « l’appel à l’action que certaines urgences formulées par les autochtones exigent ». Sa collègue Constanza Camelo-Suarez souhaite elle aussi contrer l’isolement provoqué par la création des réserves en promouvant le dialogue et en « créant une passerelle qui s’articule autour des enjeux exprimés par les Premiers peuples, entre le nord et le sud des Amériques ».

La Chaire UNESCO est principalement formée de chercheurs de l’UQAC issus de domaines comme l’éducation, la psychologie, le travail social et l’enseignement des arts. S’y sont également joints des experts en anthropologie, en médiation culturelle et en design d’établissements comme l’Université de Montréal, l’UQAM et l’Université Stendhal de Grenoble, en France.

Apprendre à mieux se connaître

Dans un long discours prononcé en innu, qu’il a ensuite résumé en français, le représentant du Conseil de bande de Mashteuiatsh, Charles-Édouard Verreault, s’est dit heureux d’assister à la création d’une Chaire en transmission culturelle chez les Premiers peuples. Selon le Montagnais du Lac-Saint-Jean, les travaux permettront de raviver l’optimisme et l’espoir chez les autochtones.

« La tradition et la transmission, c’est un grand défi auquel on fait face. Nous sommes très préoccupés par les langues et les traditions qui se perdent. On accueille cette Chaire favorablement et on espère que la participation sera grande et que les résultats seront positifs », a déclaré Charles-Édouard Verreault. 

Le représentant de la nation innue a aussi fait savoir qu’il entend souvent des discours politiques qui donnent à croire que les autochtones ont enfin une voix.

« On veut nous laisser une place sur notre terre, sur le territoire sur lequel ont a toujours été. Ça fait en sorte que je reste optimiste qu’il y ait une réelle collaboration et un réel échange et qu’ensemble, on apprenne à mieux se connaître », a-t-il exprimé.

Au cours de la cérémonie de mardi, laquelle visait à marquer le lancement de la nouvelle Chaire UNESCO autochtone à l’UQAC, des artistes sont montés sur scène pour partager des bribes de leur culture. Ce fut notamment le cas d’Evie Mark, cinéaste et interprète de chant de gorge originaire d’Ivujivik, au Nunavik, et du guide spirituel innu Réal McKenzie. 

Chef de file

La Chaire UNESCO en transmission culturelle chez les Premiers peuples comme dynamique de mieux-être et d’empowerment a notamment pour objectif de favoriser la promotion de rapport égalitaire entre les experts autochtones, les chercheurs non universitaires et les chercheurs universitaires, le tout dans le dessein de favoriser les rapprochements culturels. Elle vise aussi l’élaboration de programmes de recherche avec les partenaires autochtones à partir de leurs préoccupations. 

« Elle se veut une chef de file dans l’intégration des pratiques interculturelles des savoirs autochtones au milieu de la recherche et de l’éducation supérieure en favorisant la mise à contribution de la communauté des étudiants autochtones », est-il indiqué dans un document synthèse remis aux membres de la presse lors du lancement.