Tamara Thompson offre le programme Chaine de vie à ses étudiants d’anglais enrichi de secondaire 5 à l’école Jean-Dolbeau.

Chaîne de vie: le don d’organe à l’école et en anglais

Pour conscientiser la population à l’importance du don d’organe, l’organisme Chaîne de vie a créé un programme pédagogique s’intégrant aux cours d’anglais au secondaire. Depuis 2014, plus de 200 enseignants québécois ont adopté le programme et conscientisé plus de 100 000 étudiants à la cause. Le Quotidien est allé voir quel impact ce programme a sur les jeunes en visitant une classe de secondaire 5 à l’école Jean-Dolbeau, à Dolbeau-Mistassini.

Saviez-vous que, chaque année, 1000 personnes sont en attente d’une greffe qui pourrait leur sauver la vie au Québec ? Que moins de 1 % des personnes décédant à l’hôpital peuvent devenir des donneurs potentiels ? Et que 25 % des familles des donneurs potentiels hésitent à autoriser le don d’organe parce que le sujet n’a pas été abordé avec l’être cher ?

Pour sensibiliser ses élèves au don d’organe, l’enseignante Tamara Thompson a décidé d’aborder le sujet et de faire tomber les tabous en offrant l’unité pédagogique « Chain of life » à ses cinq classes d’anglais de l’école Jean-Dolbeau, tout comme le font 200 autres professeurs d’anglais à l’échelle du Québec.

L’idée n’est pas de les convaincre, explique-t-elle, mais plutôt d’éduquer les jeunes à cette réalité pour qu’ils ouvrent le dialogue avec leur famille, car c’est à compter de 16 ans que l’élève reçoit sa première carte d’assurance maladie à son nom. « La plupart des gens savent qu’ils doivent signer leur carte d’assurance maladie pour permettre le don de ses organes, mais comme c’est la famille qui a le dernier mot, il faut ouvrir le dialogue et en parler », explique-t-elle à ses élèves.

Grâce au module éducatif préparé par l’organisme Chaîne de vie, elle leur présente des histoires de cas vécus, comme celui de Vincent Béland-Morissette, un jeune homme de 21 ans qui a subi un accident lors d’une randonnée à Squamish, en Colombie-Britannique. Lorsque sa mort cérébrale a été constatée, ses parents ont accepté que ses organes soient prélevés, ce qui a permis de sauver cinq vies.

Parler de la mort peut paraître difficile, mais le don d’organe permet d’y donner du sens en redonnant la vie. « Les élèves adorent ça », mentionne Tamara Thompson. Dans sa salle de classe, l’écoute et l’implication des jeunes lors de son cours semblent lui donner raison.

Dans la classe, les 18 étudiants ont choisi de signer leur carte d’assurance maladie pour permettre le don d’organe. Même si le sujet de la mort n’est pas facile à aborder sur l’heure du souper, cinq d’entre eux en avaient parlé avec leur famille et d’autres comptaient le faire prochainement.

Marche à La Baie

« C’est l’fun, parce que c’est un sujet dont on ne parle pas souvent, souligne Justine, une des élèves de Tamara. Je me sens plus informée et ça me permet de prendre une meilleure décision. » Simon admet aussi qu’il n’avait jamais entendu parler du don d’organe auparavant. Éva a pour sa part trouvé le sujet si important qu’elle a décidé de participer à la marche symbolique qui se tiendra au Sentier Eucher, à La Baie, dimanche. « Je trouve ça important parce que la mort peut aussi sauver des vies », souligne l’étudiante, qui a eu d’intenses discussions avec des membres de sa famille à ce sujet.

Toute la population est invitée à se joindre à Tamara Thompson, la porte-étendard de la marche, et à Éva Lalancette pour relever le défi Chaîne de vie à compter de 9 h, à la marina de La Baie (822 route de l’Anse-à-Benjamin). Une marche de 4,5 km est prévue pour atteindre le Sommet des caps. Les participants doivent prévoir des vêtements chauds, de l’eau et un lunch pour faire un pique-nique sur place. L’activité est gratuite pour les jeunes et il en coûte 25 $ pour les adultes, un montant qui finance les formations d’enseignants offertes par l’organisme. Les gens peuvent aussi faire des dons en ligne sur le site www.defi.chainedevie.org.

Un programme qui change des vies

Le projet Chaîne de vie a commencé à germer en 2004, lorsqu’un jeune homme qui attendait une greffe de foie, Kristopher Knowles, faisait le tour du Canada pour conscientiser la population à l’importance du don d’organe. Lors de son passage à Rivière-du-Loup, Lucie Dumont, une professeure d’anglais au secondaire, a été touchée par son histoire, et elle a décidé d’intégrer le sujet à son cours d’anglais.

Grâce à l’implication de ses élèves, elle a lancé un site Web pour parler du don d’organe, avant de mettre sur pied une trousse pédagogique complète qui s’intègre parfaitement aux cours d’anglais enseignés au secondaire, car elle inclut les trois compétences exigées par le ministère, soit l’interaction orale, la compréhension et la production de textes.

« Pour que les professeurs l’adoptent, on devait leur offrir un cadeau qui allait soulager l’enseignement », remarque Lucie Dumont, qui est aujourd’hui la présidente de l’organisme.

Tamara Thompson offre le programme Chaîne de vie à ses étudiants d’anglais enrichi de secondaire 5 à l’école Jean-Dolbeau.

Grâce au soutien financier de Desjardins, c’est finalement en 2014 que le programme est lancé officiellement, à Alma, où les premiers professeurs sont formés. Cinq ans plus tard, plus de 200 professeurs ont été formés pour utiliser ce programme éducatif dans leurs cours et plus de 100 000 jeunes ont été sensibilisés au don d’organe. « On veut maintenant rencontrer les ministères de l’Éducation et de la Santé ensemble pour que le programme soit offert dans toutes les écoles du Québec », remarque Lucie Dumont, qui souhaite ensuite conquérir de nouveaux territoires.

C’est d’ailleurs pour former davantage de professeurs que l’organisme fait une collecte de fonds dans le cadre du défi « Ensemble, grimpons pour la vie ». Pour l’occasion, la population est invitée à venir gravir un des 14 sommets du Québec ou une montagne à Squamish, en Colombie-Britannique, un projet qui sert de collecte de fonds pour Chaîne de vie. Cette année, plus de 1500 personnes devraient participer à une de ces marches et l’organisme souhaite ainsi amasser 80 000 $.

EN 2008

755 Québécois sont décédés dans des conditions susceptibles d'envisager le don de leurs organes.

164 ont pu faire le don de vie

805 personnes sont présentement en attente d'une greffe qui pourrait sauver leur vie

28 personnes sont décédées en attendant une greffe

497 personnes ont été transplantées au Québec en 2018, grâce à la générosité de donneurs décédés et 46 grâce à des donneurs vivants 

(Selon des données de 2008)