Les élèves du CFER d’Alma suivent des cours académiques de toutes les matières de base, comme le français, les mathématiques, la géographie, l’anglais, les sciences, etc.
Les élèves du CFER d’Alma suivent des cours académiques de toutes les matières de base, comme le français, les mathématiques, la géographie, l’anglais, les sciences, etc.

CFER d’Alma: des élèves motivés et méconnus

Myriam Arsenault
Myriam Arsenault
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Les préjugés sont nombreux envers les jeunes du CFER d’Alma, mais pourtant, ces jeunes sont tout aussi forts que les autres. Leurs enseignantes, Mélanie Bergeron et Nadine Barbeau, pensent que la population et les employeurs gagneraient beaucoup à en apprendre plus au sujet de ce programme qui forme des jeunes avec des difficultés d’apprentissage au marché du travail.

Le Québec compte en tout 23 Centres de formation en entreprise et récupération (CFER) un peu partout sur son territoire. Tous s’occupent d’une mission de récupération et de recyclage. Pour celui d’Alma, c’est la récupération des textiles, plus précisément les vêtements d’employés d’Hydro-Québec, qui sont revalorisés par les élèves.

Dès leur première année au programme, les étudiants s’impliquent dans la boutique qui est ouverte quelques jours par semaine.

Ces derniers ont entre 15 et 21 ans. Pour être admis au programme, ils doivent ne pas avoir les acquis de la 6e année du primaire. « Notre pédagogie est basée sur la vraie vie. Ils apprennent l’actualité, lisent la presse, font la cuisine, des budgets. Tous les apprentissages sont axés sur ce qui se passe dans la vie et nos élèves finissent pas avoir une culture générale qui dépasse parfois celles des autres élèves », explique d’entrée de jeu Mme Bergeron.

Différentes méthodes d’apprentissage sont utilisées. En plus de cours académiques des matières de base comme le français, l’anglais, les mathématiques et plus, les élèves doivent s’impliquer dans la boutique de vêtements revitalisés, surnommée la friperie des travailleurs. Ils reçoivent, trient, plient, lavent, rangent, recousent, dépersonnalisent et placent ces vêtements dans la boutique. Des vêtements qui se rendraient autrement dans des sites d’enfouissement.


« J’aimerais vraiment changer la réputation du programme. Souvent, les gens pensent que c’est juste des élèves en difficulté qui ne font rien et qui ne sont pas capables de rien, mais bien au contraire, ils sont tous capables. »
Nadine Barbeau, enseignante
Les vêtements sont revalorisés par les élèves et ensuite vendus à la population.

« Avant tout, ce sont des élèves qui ont eu des difficultés académiques par le passé. On les reçoit ici à 15 ans et ce qu’on veut, c’est qu’ils deviennent des personnes autonomes, des citoyens engagés et des travailleurs productifs », continue Mme Barbeau.

Le programme dure trois années au cours desquelles l’étudiant est placé dans un milieu où il doit compléter 900 heures de stage dans un emploi semi-spécialisé. On en retrouve dans tous les domaines, alors que certains ont travaillé dans des garages, cuisines, résidences pour personnes âgées, etc. Une étudiante du CFER a même décroché son emploi au CFER même et y travaille depuis sept ans.

Les élèves s’occupent de toutes les tâches, de la réception à la vente en boutique.

Des préjugés

Selon les enseignantes, de lourds préjugés pèsent constamment sur ces élèves qui méritent d’être mieux connus. En entrevue par visioconférence avec Le Quotidien, la dizaine d’élèves du CFER d’Alma ont parlé de leur réalité.

Ils n’avaient que de bons mots à dire sur leurs études. « Ici, on a tous des troubles d’apprentissage, donc tu n’es pas «rejet» à faire des affaires différentes, comme dans les classes régulières. On est tous pareil et même si une personne se ramasse sans ami, on va tous le devenir, on est comme une famille », s’est réjoui Laurie, une élève de la classe.

Laurie est à sa troisième année au programme.

Kim, sa collègue de classe, n’a pas hésité à renchérir. « Comparativement au régulier, ici, on va à notre rythme, on est à notre niveau. C’est beaucoup plus l’fun et c’est aussi moins démotivant d’être dans cette classe-là, on va où on est rendu et selon nos capacités », ajoute-t-elle.

Kim pense qu’ils sont tout à fait capables d’accomplir ce que font les autres. « Ça nous prend plus de temps à acquérir les connaissances, mais on y arrive. On n’a peut-être pas fini notre secondaire, mais on réussit à faire les mêmes affaires que les autres personnes », admet-elle.

Les enseignantes sont de cet avis. « J’aimerais vraiment changer la réputation du programme. Souvent, les gens pensent que c’est juste des élèves en difficulté qui ne font rien et qui ne sont pas capables de rien, mais bien au contraire, ils sont tous capables », complète Mme Barbeau.

Une fierté

Les enseignantes aimeraient que les employeurs reconnaissent davantage le diplôme du CFER, appelé le Certificat de formation en entreprise et récupération. Souvent, ces derniers indiquent dans leur offre d’emploi qu’ils désirent que les candidats aient un secondaire 5, alors que les diplômés du CFER pourraient eux aussi être d’excellents candidats.

Elles invitent la population en général et les employeurs à venir en apprendre plus sur le programme ainsi qu’à visiter leur boutique qui est ouverte à tous. Tous les sous amassés par l’entremise de la boutique servent aux jeunes, afin de payer différentes formations qui pourront les aider sur le marché du travail.