«C'est presque du jamais-vu»

La pêche au saumon connaît un début de saison difficile. Le roi des rivières tarde à se présenter dans la majorité des cours d'eau du Québec. Une situation inhabituelle qui suscite des craintes et cause un manque à gagner important dans une industrie qui génère des dizaines de millions de dollars.
«Ça nous inquiète grandement. Quand il y a moins de saumons, il y a moins de pêcheurs», résume Mireille Gagnon, directrice de la Société de gestion de rivière Matane, l'une des plus touchées par le retard de la montaison.
«Nous, on vend uniquement des droits d'accès à la journée. Ça veut dire que le gars de Montréal qui voulait venir pêcher, il ne viendra pas. Ce n'est pas comme s'il avait réservé depuis un an», explique-t-elle. La Matane accueille annuellement entre 6000 et 7000 amateurs de pêche. Cela la place parmi les trois rivières les plus achalandées de la province. Le Québec délivre 14 000 permis annuellement.
Comme plusieurs, Mme Gagnon tente de comprendre où sont passés les saumons. De nombreuses hypothèses sont avancées.
Par exemple, on évoque le printemps tardif dans le détroit de Belle Isle, qui relie le golfe du Saint-Laurent à l'Atlantique, le long de la côte du Labrador, chemin emprunté par les saumons. L'eau froide et les glaces auraient fait croire aux salmonidés qu'il était trop tôt pour eux d'entreprendre leur migration.
D'autres pointent la surpêche en mer. Au début juin, la Fédération du saumon atlantique s'inquiétait de la reprise de la pêche commerciale au Groenland, des hausses des prises des autochtones et des Français de Saint-Pierre-et-Miquelon. En 2013 seulement, il s'est pêché 47 tonnes de saumons au Groenland comparativement à 33 tonnes l'année précédente.
Enfin, le faible débit des rivières et la chaleur de l'eau causés par les températures élevées de la fin juin et le manque de pluie des dernières semaines pourraient avoir retardé la montaison des saumons.
Sauver la saison
Éric Poirier est porte-parole de Saumon Québec, Fédération des gestionnaires de rivières à saumon. Il soutient que les prochains jours seront cruciaux pour espérer sauver la saison. «Au moins 70% des rivières - le Québec en compte une soixantaine - sont touchées par l'absence de saumons. Pour certains, ça peut devenir une catastrophe. En Gaspésie, la pêche au saumon représente des retombées économiques de 45 millions$. C'est près de la moitié de toutes les activités fauniques de la région», explique-t-il.
Sur la rivière Bonaventure, le directeur de la ZEC, Ronald Cormier, a remarqué les impacts économiques négatifs de la montaison tardive. «Les gens viennent parce qu'ils ont réservé. Mais au lieu de prolonger leur séjour, ils quittent plus tôt.» Avec des retombées de 600$ par jour/pêche, ça peut représenter des sommes importantes en moins.
La Bonaventure a enregistré 35 prises cette année comparativement à 52 en 2013, à pareille date. Le nombre de saumons remis à l'eau en 2014 est de 71, bien en deçà des 422 de 2013, toujours pour la même période.
Seul aspect positif, la tempête Arthur qui est passée en Gaspésie en début de semaine a laissé une quantité de pluie appréciable, qui favorise la montaison.
«Ça ne regarde pas pour une bonne saison», lance, penaud, Richard Bernier, responsable de la rivière Petit-Saguenay, sur la rive nord, où la situation est tout aussi difficile. «Le prime time, c'est de la Saint-Jean au 10 juillet. Là, ça monte au compte-gouttes. C'est presque du jamais-vu», ajoute-t-il. À pareille date l'an passé, il y a eu 31 remises à l'eau. Cette année, il en compte seulement neuf.