Justine Massé est partie en Italie seule à la fin de son secondaire. Elle en a profité pour voir du pays, même si elle allait six jours par semaine à l’école.

Ces jeunes qui voyagent

Les voyages forment la jeunesse, et de plus en plus de jeunes sont tentés de partir pour visiter le monde avant de continuer leurs études. La tendance est remarquée par plusieurs professionnels du milieu, comme des conseillers en orientation. « Les jeunes veulent découvrir ce qui les entoure », explique la conseillère en orientation, Nancy Bélanger. Il y a cependant d’autres raisons qui peuvent amener un adolescent à partir, comme l’incertitude d’un choix de carrière.

C’est l’envie de voir le monde qui a poussé Justine Massé, une jeune femme âgée de 22 ans, à partir tôt dans sa vie de jeune adulte. « Je ne serais pas la même si je n’étais pas partie du Québec », explique l’étudiante à l’Université de Montréal. À l’âge de 17 ans, elle s’est exilée en Italie pendant douze mois. « La Justine qui a mis le pied dans l’avion en août 2013 n’est pas la même qui est revenue au Québec en juillet 2014 », raconte-t-elle, envahie par les souvenirs.

Alors qu’elle terminait sa dernière année de secondaire à l’école secondaire Camille-Lavoie à Alma, la famille de Justine accueille un étudiant brésilien en échange. « Juan Felipe est un peu la raison pourquoi je suis partie, explique la jeune femme. Ça devait faire quelques mois que Juan faisait partie de la famille quand ma mère m’a dit : “Tu pourrais faire ça ! ”. Et je me suis lancée. »

La décision de partir s’est prise simplement pour Justine, même si parfois les doutes pouvaient être handicapants. « C’est vertigineux comme voyage. Au départ, on ne voit pas vraiment les choses telles qu’elles le sont parce qu’on est tellement proche. On prend le moindrement de recul, on se rend compte qu’on est sur le point de sauter dans le vide. »

Plusieurs pensent que ça prend du courage pour quitter le nid familial avant même d’atteindre la majorité, surtout pour partir dans un autre pays, mais pour Justine ce n’est pas la seule composante nécessaire. « Du courage, oui ça en prend, mais c’est surtout le goût de l’aventure qu’il faut », ajoute-t-elle.

Gabriel Potvin au Chili
Gabriel Potvin, un jeune homme d’Alma qui lui aussi a vécu une aventure similaire à la sortie de son secondaire, mais au Chili, partage le même avis. Le jeune homme a décidé de partir à 17 ans afin d’acquérir plus d’expérience avant de poser un choix. « Je n’ai pas vu le courage que ça prenait, surtout pas à l’époque. Je comprends pourquoi les gens appellent ça du courage, mais pour moi c’était un besoin. C’était viscéral, vital même. J’avais besoin de le faire », a-t-il raconté dans une entrevue vidéo, car il n’est toujours pas revenu au Québec. Après avoir passé douze mois au Chili, un bref retour à la maison familiale lui a confirmé qu’il n’avait pas encore eu sa dose d’aventures. Gabriel est depuis deux ans cueilleur de fruits en Australie. « Ça fonctionne en saison, donc je fais le tour du pays selon les fruits qui doivent être cueillis », ajoute-t-il.

Peu importe où leur voyage les a menés, les deux jeunes adultes s’entendent pour dire que leur vie a changé grâce à leurs aventures. « Jamais je n’aurais eu la confiance que j’ai aujourd’hui si je n’avais pas fait mon échange. Cette année à l’étranger m’a montré que j’étais capable de faire tout ce que je souhaitais, que rien n’était inatteignable », estime Justine. Selon Gabriel, sa personnalité n’a pas été modifiée par son voyage. « Je suis encore le même bon vieux Gab, dit-il, le sourire fendant son visage d’une oreille à l’autre. Mais le Chili m’a appris à profiter de la vie. Avant je me stressais pour tout et rien. Maintenant, je relaxe. J’ai réalisé que peu importe la situation dans laquelle je suis, qu’elle finisse bien ou qu’elle finisse mal, la seule certitude, c’est qu’elle va finir. »

En plus de ces qualités, ils affirment tous les deux que sans ce voyage, l’ouverture qu’ils ont sur le monde ainsi que sur ses différences ne serait pas la même. « Ça m’a fait grandir plus vite. Un échange comme ça te met dans des situations que tu n’aurais jamais imaginé vivre à 16 ans. J’ai énormément gagné en maturité et en autonomie grâce au Chili », estime le jeune homme.

« Un échange quand tu termines ton adolescence, c’est une remise en question inconsciente, une espèce de crise de la vingtaine, explique Justine en riant. Il y a tellement de choses que tu dois décider, comme le programme que tu vas suivre au cégep. Personnellement, je suis chanceuse, je savais pas mal où je voulais aller. Mais en Italie, j’ai pu suivre une physiothérapeute pendant une journée, et c’est là que j’ai vraiment confirmé que je voulais faire quelque chose dans le domaine de la santé. » Elle étudie aujourd’hui au baccalauréat en neuroscience cognitive. « J’aimerais faire un doctorat en neuropsychologie, afin de pouvoir aider les gens qui ont des problèmes cognitifs, à la suite d’une commotion cérébrale par exemple. »

Nancy Bélanger est conseillère en orientation à l’école secondaire Charles-Gravel de Chicoutimi. Avec 25 d’expérience, elle croit que voyager n’est pas une perte de temps pour les jeunes, même si leurs études sont retardées.

+ 16 ans, trop jeune pour choisir?

Selon Gabriel Potvin, son voyage a été une forme d’échappatoire pour ne pas choisir une carrière précise. « Ça me rendait pratiquement anxieux de ne pas savoir où je voulais aller au cégep. Je stressais à propos de ça avant de décider de partir au Chili, et même rendu là-bas, je ne pouvais pas m’empêcher d’y réfléchir. J’étais loin d’être prêt à choisir quoique ce soit à 16 ans », raconte-t-il. 

Il n’est pas le seul dans son cas, selon la conseillère en orientation à l’école Charles-Gravel de Chicoutimi, Nancy Bélanger. « À 16 ans, ils ne sont pas vieux pour faire un choix de carrière, mais ils ne sont pas vieux pour partir seuls non plus », dit-elle. 

Aussi, elle ajoute que souvent les jeunes vont prendre le choix de carrière qu’ils ont à faire à 16 ans comme le dernier. « Un jeune de nos jours va avoir entre quatre et dix métiers différents. La base risque d’être la même, les valeurs des jeunes ne changent pas vraiment, mais la forme peut s’adapter selon leurs besoins du moment. » Donc, selon Mme Bélanger, faire un choix de carrière à 16 ans est possible, et même une bonne chose. « Mais pour certains c’est un besoin de voir du pays afin de mieux se connaître ; afin de poser un choix », ajoute-t-elle. 

Parce qu’un voyage comme ceux que Justine Massé et Gabriel Potvin ont fait n’est pas la seule option qui s’offre aux jeunes. « Certains partent juste un été dans l’Ouest canadien. Pour d’autres, c’est durant l’année scolaire et ils reprennent l’école pour terminer leur secondaire après, explique Nancy Bélanger. La seule chose que l’on doit se rappeler, et ça brise parfois des élans, c’est que ce n’est pas donné de partir voir le monde en échange étudiant. »

Il est vrai que le prix de ces échanges ne cesse d’augmenter depuis quelques années. La directrice au développement des programmes et communications chez AFS Interculture Canada (une compagnie qui organise des voyages d’échanges étudiants), Stéphanie Girouard, croit que l’investissement en vaut néanmoins la peine. « Les jeunes qui reviennent de ces échanges sont complètement changés. Il y a une autonomie, une maturité et une débrouillardise qui vient avec une telle expérience. Un voyage comme ça, c’est une vie entière dans une seule année », a-t-elle expliqué en entrevue téléphonique.