La fondatrice du Musée amérindien de Mashteuiatsh, Carmen Gill, est décédée, dimanche.

Carmen Gill s’éteint à 91 ans

La fondatrice du Musée amérindien de Mashteuiatsh, Carmen Gill, s’est éteinte dimanche à l’âge de 91 ans.

Impliquée dans sa communauté et aimée de ses concitoyens, la nonagénaire a été la première à reconnaître l’importance de préserver la mémoire collective des Montagnais du Lac-Saint-Jean en ouvrant un musée où seraient notamment mis en valeur des objets d’art et d’artisanat autochtone. C’était en 1977.

« Le cancer l’a beaucoup affectée physiquement il y a une quinzaine d’années, mais Maman était une femme active et dévouée. Elle a été la fondatrice et la directrice du Musée de Mastheuiatsh, mais elle était aussi une travailleuse acharnée du musée. Au début, il y avait beaucoup de visiteurs et les grossistes en voyages envoyaient des autobus de touristes. Dès qu’elle savait qu’il y en avait un qui arrivait, elle partait de chez nous pour aller les accueillir », a raconté l’un de ses fils, Dave Casavant, au cours d’un entretien téléphonique.

Le Musée amérindien de Mashteuiatsh a été fondé en 1977.

Il explique que la volonté de Carmen Gill d’ouvrir un musée sur le périmètre de la réserve amérindienne a découlé du fait qu’elle jugeait déplorable que les objets traditionnels fabriqués par des membres de sa communauté soient vendus à des touristes et que rien de ce patrimoine ne demeure à Mashteuiatsh.

« Elle venait d’une famille sédentaire. Elle aimait beaucoup retrouver les nomades quand ils revenaient après plusieurs mois. Elle était fascinée de voir le travail des artisans et elle admirait ce savoir-faire familial. Elle insistait beaucoup pour que les femmes de la communauté produisent des objets le plus fidèlement possible pour ensuite les présenter au musée », a relaté son fils.

Carmen Gill a épousé Wilfred Casavant, un militaire américain, avec qui elle a eu trois enfants : Dave, Anne et Jean. Elle a séjourné aux États-Unis à quelques reprises avec son mari, mais c’est ici, au Lac-Saint-Jean, qu’elle a passé la plus grande partie de sa vie. Elle a été primée par la Société des musées québécois en 1992 et a raflé le Prix Gérard-Morisset, lequel couronne l’ensemble d’une carrière consacrée au patrimoine, en 1993. Pionnière pour sa communauté, elle a aussi été médaillée de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), en 1996. Carmen Gill a également fait partie de la première cohorte de personnalités régionales honorées par l’Ordre du Bleuet en 2010. L’ancienne collègue journaliste du Quotidien, Christiane Laforge, tenait alors d’élogieux propos à son sujet : « Son œuvre dépasse les murs du musée par l’influence qu’elle insuffle à d’autres démarches muséologiques consacrées au patrimoine des autochtones, principalement celle des Pekuakamiulnuatsh. Visionnaire à plusieurs égards, son engagement a contribué à stimuler le développement culturel des peuples autochtones. »

Dave Casavant se souviendra de sa mère comme étant une femme sincère, honnête, gentille, belle, aimante, authentique et simple. « Les gens appréciaient vraiment Maman et la respectaient beaucoup. Elle était proche des gens », a-t-il résumé.