Caribou forestier: une entente de quatre ans avec le fédéral

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFPQ) va conclure avec le gouvernement fédéral une entente d’une durée de quatre ans imposant des restrictions à l’exploitation forestière dans le cadre du rétablissement de l’habitat du caribou forestier, bien qu’il demeure impossible de connaître les impacts précis sur l’emploi et l’activité économique des régions, dont le Saguenay–Lac-Saint-Jean.

C’est du moins ce qu’il a été possible d’apprendre dans les réponses du ministère à une demande d’accès à l’information logée par Le Quotidien. La démarche visait l’obtention des inventaires de caribou forestiers pour l’année 2019 et le contenu de l’entente annoncée par Ottawa dans son bilan caribou de janvier.

« En ce qui a trait au deuxième volet de votre demande, tel que le réitère l’extrait du rapport fédéral que vous avez joint à votre demande, l’accord provisoire entre les gouvernements canadien et québécois est toujours en cours de finalisation », écrit le responsable de l’accès aux documents, Démosthène Blasi.

Il justifie ce refus par les dispositions de la loi qui permettent au gouvernement du Québec de refuser de divulguer des esquisses ou des notes personnelles, en plus de la disposition qui stipule que Québec peut refuser de dévoiler un document qui peut entraver les relations avec d’autres gouvernements.

Le gouvernement canadien met de la pression sur les provinces en vue de l’adoption d’une stratégie nationale de rétablissement de l’habitat du caribou forestier en vertu des compétences fédérales sur les espèces menacées. Ottawa tente d’imposer une limite maximale de perturbation forestière de 40 % dans la forêt boréale fréquentée par les hardes.

Québec a déjà accepté ce principe en adoptant une réserve administrative de 34 000 kilomètres carrés. Cette réserve, qui s’applique dans le cadre des mesures transitoires, risque de provoquer une rupture des approvisionnements forestiers d’ici 18 mois, s’inquiète l’industrie.

D’autre part, Le Quotidien souhaitait obtenir les rapports des inventaires des hardes de caribou forestier pour le secteur Pipmuacan et le nord des grandes unités d’aménagements du Lac-Saint-Jean.

Les survols d’hélicoptère ont été réalisés l’hiver dernier, et la rédaction de ces rapports est habituellement une affaire de deux ou trois semaines pour un biologiste.

Dans le passé, il a fallu jusqu’à 48 mois avant que de tels rapports soient remis aux médias.

Concernant ces deux rapports, le responsable de l’accès à l’information a affirmé, dans sa missive, que le ministère allait procéder à leur publication sur le site caribou au mois d’octobre.

Ces documents sont grandement attendus puisque les derniers inventaires pour le nord du Lac-Saint-Jean en 2002 confirmaient la présence de plus de 1,5 caribou au 100 kilomètres, ce qui dépasse les objectifs du plan de rétablissement. La même situation avait été constatée en 2012 pour le secteur Pipmuacan.

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BRAS DE FER ENTRE L'INDUSTRIE ET LE MINISTÈRE

Les industriels qui transforment les essences de la forêt boréale livrent un véritable bras de fer au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFPQ) et ont provoqué la colère de l’appareil administratif en s’adressant directement au premier ministre François Legault dans la crise concernant le caribou forestier.

Pas plus tard que la semaine dernière, les industriels ont rencontré les députés caquistes de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour exposer les problèmes qui découlent de l’application des mesures transitoires pour le rétablissement du caribou forestier. Les discussions ont essentiellement porté sur la problématique d’accès à la ressource ligneuse dans les massifs forestiers matures.

Les députés ont ainsi appris que le gouvernement devait songer à se préparer à des problèmes de rachat d’usine et de compensations pour les travailleurs. Plusieurs industriels ont évalué que les pertes de territoire forestier vont rendre les opérations des usines non rentables dans un contexte de marché fragilisé par la paralysie de la construction de maisons aux États-Unis.

Au cours des dernières semaines, le cabinet du premier ministre du Québec a reçu de nombreuses lettres provenant de propriétaires de scieries. Toutes faisaient état des risques d’une réduction importante de l’activité économique dans les communautés forestières attribuable à l’intransigeance de l’appareil administratif du MFFPQ dans l’application des mesures transitoires d’un plan de rétablissement du caribou forestier.

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UNE PRIORITÉ DU COMITÉ SUR LA FORÊT

Les membres du Comité sur la forêt de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) se sont réunis à La Tuque, mercredi, pour faire le point sur les dossiers prioritaires des communautés forestières. Deux enjeux ont été au cœur des échanges : les négociations entre le Canada et les États-Unis sur le bois d’œuvre et l’élaboration de la Stratégie pour les caribous forestiers et montagnards.

Alors que l’accord Canada-États-Unis sur le bois d’œuvre est échu depuis 2015 et que les négociations entourant une nouvelle entente sont toujours sur la glace, les élus membres du comité de la forêt ont demandé aux chefs des partis politiques de clarifier leurs intentions sur ce dossier, à l’approche de la campagne électorale fédérale.

« Il est impératif de régler, une fois pour toutes, le dossier du bois d’œuvre entre le Canada et les États-Unis. [...] Le statu quo n’est plus acceptable. […] Ça fait longtemps qu’on en parle et qu’on subit », note le président du Comité sur la forêt de l’UMQ et maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil.

Dans le dossier du caribou forestier, les différents maires ont réitéré l’importance de concentrer la majeure partie des efforts de protection du caribou sur les éléments-clés de l’habitat en minimisant les impacts socioéconomiques. Les élus martèlent que l’objectif est de trouver un point d’équilibre, avec un impact quasi nul sur les emplois directs et indirects. « La fermeture d’entreprises, l’annulation de volumes de bois et la fermeture de chemins auraient des impacts majeurs pour l’industrie et les communautés », ajoute M. Corbeil.