Caribou

Caribou: des interdictions basées sur de vieux inventaires

Le gouvernement du Québec va interdire la récolte forestière dans de vastes parties de la forêt boréale sous aménagement dans le nord de la région alors que les inventaires aériens utilisés pour prendre cette décision n’ont plus de valeur scientifique.

Un haut fonctionnaire de la Direction de l’expertise sur la faune terrestre, l’herpétofaune et l’avifaune du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFPP), le docteur en biologie Antoine St-Louis, a mis en garde l’équipe de rétablissement du caribou forestier sur la validité de ces inventaires dans une présentation faite en juin 2017.

Dans le cadre de cette présentation qui traitait de la pertinence des inventaires des hardes, le haut fonctionnaire met en garde contre les inventaires forestiers qui remontent à 10 ans et plus.

« Il aurait été hasardeux d’utiliser des inventaires trop anciens sans savoir comment la population ou la harde avait évolué depuis », affirme le docteur en biologie en parlant du plan de rétablissement 2012-2023.

Le Quotidien a passé au crible tous les inventaires réalisés au Québec depuis 20 ans. Il se trouve que le ministère a réalisé deux inventaires forestiers dans le nord du Lac-Saint-Jean en 2003 et 2004 (1,7 caribou aux 100 kilomètres carrés alors que l’objectif est 1,5). Le troisième inventaire a été réalisé en 2012 dans le secteur Pipmuacan et confirmait que la harde avait doublé dans cette zone comparativement à un inventaire réalisé dans le cadre du projet de maîtrise d’un étudiant en biologie.

Les inventaires réalisés au nord du lac Saint-Jean auront 15 ans d’âge lorsque le gouvernement va adopter sa stratégie caribou dans quelques semaines. De plus, aucun suivi (collier émetteur) de ces hardes n’a été effectué pendant cette longue période. Le ministère n’a aucune information sur la situation de ces hardes en ce moment si ce n’est les résultats des inventaires du début des années 2000.

Le gouvernement du Québec, selon ce que confirment tous les documents consultés, va adopter une stratégie caribou dont les impacts économiques les plus importants sur la possibilité forestière vont se produire dans des unités d’aménagement où les informations scientifiques n’ont plus de valeur. Cela aura des conséquences immédiates sur les activités économiques des communautés dont les usines dépendent de l’approvisionnement de ces unités (Dolbeau-Mistassini, Saint-Félicien, Alma, Saint-Ludger-de-Milot, Saint-Thomas-Didyme, Saint-Prime).

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PERTE RÉGIONALE MINIMALE D'UN MILLION DE MÈTRES CUBES

Selon les nouveaux calculs du ministère des Forêts, l’application du scénario optimum pour la protection du caribou forestier privera le Québec de 22 % de sa possibilité forestière. Ceci représente 3,4 millions de mètres cubes pour le Québec. Les nouvelles prévisions, calculées en 2015, sont encore plus élevées que celles projetées en 2012. La possibilité forestière régionale chuterait quant à elle de 1,8 million de mètres cubes avec le scénario le plus contraignant et tout indique que Québec optera pour un scénario avec des impacts moindres qui feront tout de même chuter la possibilité forestière d’un million de mètres cubes, représentant 3000 emplois et une perte d’activité économique de 200 M $ dans la région. L’unité de gestion 2751 au nord de Mistassini serait la plus affectée par cette politique.