Le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier, et le chef de l’exploitation de Desjardins Capital, Luc Ménard, entourent les entrepreneurs Dragan Tubic (Umanx) et Sylvain Caya (Hawley-Lambert).

Capital de risque: des jours meilleurs à l'horizon pour les régions

En matière de capital de risque, les régions du Québec font figure de parents pauvres. Des 330 transactions répertoriées en 2017 par le Réseau Capital et l’Association canadienne de capital de risque et d’investissement (CVCA), 220 ont été réalisées dans la région de Montréal.

Il n’en reste que 36 pour Québec, 23 pour l’Estrie, 22 pour le Bas-Saint-Laurent-Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, 20 pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord, 16 pour la Chaudière-Appalaches, 15 pour le Centre-du-Québec et 11 pour l’Outaouais.

Une réalité qui ne surprend pas Luc Ménard, chef de l’exploitation de Desjardins Capital.

«La présence d’un grand nombre d’institutions universitaires sur le territoire de Montréal fait toute la différence», expose-t-il en entrevue au Soleil. «Elles sont de véritables pépinières de jeunes pousses prometteuses.»

Il s’empresse toutefois d’ajouter qu’avec l’Université Laval, l’Institut national d’optique et l’incubateur accélérateur d’entreprises technologiques Le Camp, entre autres, la région de Québec est bien desservie.

L’enracinement dans la capitale du Fonds Innovexport — dont la capitalisation s’élève à 45,5 millions $ — est de bon augure pour les entrepreneurs de tout le Québec et plus particulièrement pour ceux de l’Est de la province.

Du même souffle, Luc Ménard rappelle que l’une des plus importantes mégatransactions réalisées en 2017 au Québec visait une entreprise de Québec, LeddarTech, une société spécialisée en technologie optique pour les véhicules en conduite autonome. D’importants équipementiers automobiles et le Fonds de solidarité FTQ y ont injecté 128 millions $.

En matière de capital de développement, notons l’investissement de 890 millions $ d’American Industrial Partners et de la Caisse de dépôt et placement du Québec pour la prise de contrôle du Groupe Canam de Saint-Georges.

Incluant les 330 transactions de capital de risque (10,7 milliards $) et celles en capital de développement (180 transactions totalisant 1,3 milliard $), le Québec a fait belle figure l’an dernier.

Capital de développement: un bond de 182%

«Le Québec accapare de 30% de toutes les transactions en capital de risque en 2017. Il caracole en tête des investissements en capital de développement au Canada», fait valoir le pdg de Réseau Capital, Jack Chadirdjian.

Le bond des investissements en capital de développement de 2016 à 2017 — 182% — est prodigieux. Ils passent de 3,8 à 10,7 milliards $. Une croissance qui s’explique par la concrétisation de deux mégatransactions de plus d’un milliard $, notamment l’apport de 1,1 milliard $ de la Caisse de dépôt et placement du Québec et du Fonds de solidarité FTQ permettant à Osisko d’accroître son portefeuille de métaux précieux.

Alors que le capital de risque s’adresse principalement aux entreprises en démarrage, le capital de développement, quant à lui, sert à financer des entreprises matures et profitables qui ont besoin de billets verts pour prendre de l’expansion, pour faire des acquisitions ou pour réaliser un transfert de propriété.

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ALITHYA, HAWLEY-LAMBERT ET LES AUTRES...

En entrevue au Soleil, Luc Ménard a fait le point sur les interventions du Mouvement Desjardins dans le capital de risque et de développement.

C’est Desjardins Capital, le bras investisseur de la coopérative d’épargne et crédit, qui est le champion des transactions de capital de risque dans la Belle Province. Du moins, en nombre de transactions conclues.

Il en a réalisé 46 contre 26 pour le Fonds de solidarité FTQ.

Par contre, les interventions du fonds de travailleurs ont permis de «lever» deux fois plus d’argent que Desjardins Capital, soit 520 millions $ contre 252 millions $.

Une situation qui s’explique par le fait que la stratégie de Desjardins Capital est de tirer dans plusieurs directions à la fois — avec de plus petites sommes que le Fonds de solidarité FTQ par exemple — à la recherche du prochain LeddarTech, l’un de ses joyaux. «Nous arrivons souvent dans le décor alors que l’entreprise est à peine naissante. Dans les faits, elle n’existe bien souvent que sur papier», signale le chef de l’exploitation de Desjardins Capital.

«Nous y allons à coups de 200 000 $ pour vérifier si nous avons quelque chose de solide entre les mains. Rapidement, nous évaluons le potentiel de l’entreprise. Ou bien nous décidons de continuer d’injecter des sous ou bien nous nous retirons.»

Desjardins Capital possède des participations totalisant un peu plus d’un milliard $ dans 450 entreprises au Québec dont 30 % ont pignon sur rue dans les régions ressources.

Dans celles de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches, Desjardins Capital détient des participations dans 74 entreprises pour un montant de 177 millions $, soit 16 % de son portefeuille.

Depuis le début de l’année, Desjardins Capital a déplié des billets verts pour aider deux entreprises de la région de Québec, Alithya et Hawley-Lambert, à poursuivre leur ascension.

Une firme de consultation en stratégies et technologies, Alithya vient de mettre le grappin sur une société américaine, Edgewater Technology, et fera bientôt son entrée sur les marchés boursiers à Toronto et à New York.

Plus important distributeur de vélos, de pièces et d’accessoires au Canada, Hawley-Lambert, de Lévis, vient d’ouvrir un nouveau centre de distribution aux États-Unis. Un troisième au pays de Donald Trump pour l’entreprise de Lévis qui fait travailler 220 personnes des deux côtés de la frontière.

Desjardins Capital a aussi décidé de miser sur Dragan Tubic qui a mis au monde UmanX, une jeune pousse «techno» qui veut révolutionner l’industrie des systèmes d’alarme avec son robot de surveillance des résidences.

«Nous accompagnons aussi avec le Groupe Resto-Plaisirs — le propriétaire du Cochon Dingue et du Café du Monde entre autres — dans une démarche de planification de la relève à la direction de l’entreprise», souligne M. Ménard. «Il arrive que nous devions investir pour nous assurer qu’une entreprise demeure une propriété québécoise. Ç’a été le cas, en 2015, avec Congébec Logistique, de Québec, l’un des plus importants fournisseurs de services réfrigérés dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire au Canada.»

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QUATRE QUESTIONS À GUY CORMIER

Q    Avec des actifs sous gestion de 2 milliards $ et la participation à la pérennité de 450 entreprises, le Mouvement Desjardins, par l’entremise de Desjardins Capital, en fait-il suffisamment pour soutenir la croissance des PME, notamment en matière de capital de risque?

R    J’ai l’ambition de les faire grimper à 5 milliards $ et, pourquoi pas, à 10 milliards $. Il y a du capital de risque au Québec, mais pas nécessairement dans toutes les régions de la province. La force de Desjardins, c’est sa décentralisation sur le territoire. Comment peut-on optimiser encore davantage notre présence pour réussir à faire émerger ces entreprises qui poussent dans l’ombre à Thetford Mines ou dans le Kamouraska ? En augmentant de façon significative l’enveloppe consacrée au capital de risque.

Q    Vous voulez accorder des leviers additionnels à Desjardins Capital, mais pour investir dans quels types d’entreprises?

R    Nous pensons, évidemment, aux entreprises qui sont éloignées des grands investisseurs privés, notamment celles situées à l’extérieur de la grande région de Montréal. Nous avons également à l’oeil les fintechs et tout ce qui bouge en matière d’intelligence artificielle. Nous voulons continuer à aider les PME qui ont des ambitions internationales. Dans bien des cas, le coup de pouce ne passe pas seulement par le financement, mais aussi par l’accompagnement grâce à notre réseau de mentors.

Q    Desjardins Capital a-t-il un rôle à jouer dans les mouvements de transferts d’entreprises?

R    Plus que jamais. Au Québec, nous avons des discussions enflammées sur l’emplacement des sièges sociaux des entreprises. Toutes les ventes d’entreprise québécoise à des intérêts étrangers n’ont pas la même résonance que celle de RONA. Il est important d’investir pour garder nos entreprises et nos emplois ici. 

Q    Quel est le rendement recherché par Desjardins Capital ?

R Nous sommes des investisseurs patients. Certains investisseurs en capital de risque ont une date d’entrée et une date de sortie. Ils veulent monétiser leur investissement. Nous, chez Desjardins, nous avons une vision à long terme. Il faut, parfois, savoir s’élever au-delà du rendement strictement financier d’une décision d’affaires. Nous avons récemment créé le fonds Desjardins Capital PME (500 millions $) qui permet aux épargnants de diversifier leur portefeuille de placement et de contribuer au développement économique du Québec en apportant de l’eau au moulin des PME prometteuses. Une étude réalisée par la firme indépendante EcoTec Consultants montre que pour 1 $ de crédit d’impôt qui est accordé par le gouvernement du Québec dans le cadre de Capital régional et coopératif Desjardins, il va rechercher 11 fois sa mise en revenus fiscaux.