Défilant sous des drapeaux de l’Union royale et de la Royal Air Force, le 27 juin 2018, la Musique de l’Aviation royale canadienne mène une partie du contingent de l’ARC affecté aux services d’honneur du palais de Buckingham jusqu’au palais de Saint-James, où il montera la garde pendant 24 heures.

Capitaine de la garde de Sa Majesté

Au cours du dernier mois, la parade pour la relève de la garde de la reine d’Angleterre, à Londres, a été commandée par une fille d’Alma.

Le major Véronique Gagné, ingénieure en aérospatiale qui a déjà commandé les équipes d’entretien des CF-18 de Bagotville, a pu côtoyer la famille royale et discuter en privé avec le prince Charles pendant quelques minutes, un honneur qu’elle n’aurait pu imaginer quand elle s’est enrôlée en 2000, à l’âge de 17 ans.

Chaque année, la reine Elisabeth invite un pays du Commonwealth à venir seconder, pendant quelques semaines, la garde d’honneur de ses résidences royales de Buckingham, de Saint-James et de Windsor, de même que la tour de Londres. Cette année, elle avait lancé son invitation au Canada, et le pays a décidé d’y déléguer, pour la toute première fois, l’Aviation royale canadienne (ARC), pour souligner le centenaire de la Royal Air Force.

Dirigé par la major Véronique Gagné, le contingent de l’Aviation royale canadienne affecté aux services d’honneur avance lentement pendant la cérémonie de changement de la garde au palais de Buckingham, le 11 juillet.

L’ARC a donc formé un contingent de 120 personnes provenant de toutes les bases aériennes du Canada, dont 35 musiciens de Trenton, et celui-ci avait pour tâche de monter la garde devant les quatre résidences royales, en alternance avec leurs confrères britanniques.

Le commandement de la Force opérationnelle aérienne des services d’honneur de l’ARC a été confié au major Gagné.

Canadiens et Britanniques se relayaient toutes les 24 heures, et chaque fois, c’était l’occasion de la grandiose parade de la relève de la garde que commandait Véronique Gagné. À ce moment, elle portait le titre de « Capitaine de la garde de la reine ».

Le 25 juin, le major Véronique Gagné a accepté le commandement de la garde de la reine.

« C’est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé quand j’ai joint les Forces à 17 ans », a confié au Progrès, la fille de Bertrand Gagné et de Marianne Tremblay, quelques minutes après la dernière parade marquant la fin de la mission. Le retour au Canada est prévu le 17 juillet. « J’ai été honorée qu’on m’ait demandé d’assumer cette fonction, et j’ai été terriblement touchée par l’accueil qui nous était fait par les milliers de personnes qui assistent, chaque jour, à la relève de la garde. »

Elle dit avoir rencontré plusieurs Canadiens qui se sont dits fiers de voir leurs compatriotes diriger ces cérémonies. « Lorsqu’on marchait vers la foule pour aller prendre nos positions, on nous lançait des mots d’encouragement, et les gens s’identifiaient comme Canadiens. »

Rencontre royale
À l’issue de l’une de ces cérémonies, le major Gagné a eu l’occasion de s’entretenir avec le premier prétendant au trône, le prince Charles. « Je lui ai serré la main, et nous avons discuté pendant trois minutes au palais de Buckingham. C’était très touchant. Il m’a posé des questions sur l’expérience que nous étions en train de vivre et m’a dit qu’il était heureux d’avoir l’Aviation royale canadienne parmi eux. »

En plus de diriger les parades, l’Almatoise devait veiller, en sa qualité de plus haut gradé, aux détails de la mission canadienne, et s’assurer que tout se déroulait dans le bon ordre et que les effectifs nécessaires étaient en poste.

Les sentinelles canadiennes prenaient des tours de garde de 24 heures et se relayaient chaque heure. Elles avaient évidemment droit aussi à une période de sommeil.

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DE MÈRE EN FILLE

Véronique Gagné doit sa carrière militaire à sa mère, Marianne. « C’était l’un de ses rêves et elle m’a transféré sa passion », dit-elle.

L’adolescente s’est enrôlée à 17 ans sans savoir à quoi vraiment s’attendre. Elle se disait que ce n’était pas pour elle, mais qu’au pire, elle aurait vécu une belle expérience de quelques semaines à son camp de recrue et qu’elle démissionnerait. « Mais 18 ans plus tard, je suis toujours là », constate celle qui n’a pas regretté son choix.

Après son camp, Mme Gagné a rejoint le Collège militaire royal de Kingston, où elle a complété son baccalauréat en génie mécanique. Elle est revenue dans sa région en joignant la 3e Escadre de Bagotville où elle a travaillé pendant deux ans comme officier de maintenance sur les CF-18, à l’Escadron 425 et au 3 EMA.

Passée du grade de lieutenant à capitaine, elle s’est retrouvée à Borden, en Ontario, où elle a donné de l’instruction pendant cinq ans. Elle y est revenue pour diriger l’escadron de maintenance des hélicoptères Griffon après un séjour à la Divion aérienne canadienne à Winnipeg.

Pour l’instant, le major Gagné ne sait pas ce que l’avenir lui réserve, mais précise que jusqu’à présent, les occasions qui se sont présentées à elle ont été heureuses. Elle n’est donc pas inquiète et s’attend à une mutation prochaine. Peut-être à Ottawa.

Son conjoint, originaire de Chicoutimi, devrait la suivre sans problème, puisqu’il travaille comme mécanicien d’entretien des aéronefs...mais jamais sous les ordres de sa femme.

L’armée l’accommode pour qu’il puisse suivre son épouse, mais cela se fait au prix de certains sacrifices, puisqu’il a dû apprendre à travailler sur trois types d’appareils, ce qui ne se fait pas habituellement. Ainsi, après le CF-18, il a dû se familiariser avec le DASH-8, à Winnipeg, puis le Griffon, à Borden. 

La major Véronique Gagné (à gauche) défile devant les membres de l’Aviation royale du Canada postés comme sentinelles au palais de Buckingham, le 12 juillet 2018.

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UNE EXPÉRIENCE INOUBLIABLE POUR LE CAPORAL ANDRÉ FILLION

Le caporal-chef André Fillion, de Chicoutimi-Nord, faisait partie des quatre militaires de la Base militaire de Bagotville choisis pour assurer la garde d’honneur des résidences royales à Londres du 25 juin au 13 juillet.

En plus de confectionner les horaires de ses collègues, il assurait la vigile devant le palais Saint-James, qui sert de lieu de travail au prince Charles. Une expérience qui lui a permis de mesurer la gentillesse des policiers londoniens et le faste qui entoure ce genre d’événement.

« Comme Québécois, on n’est pas porté à regarder ces cérémonies (relève de la garde). Quand je suis allé voir, lors de notre préparation, j’ai vu que ce n’était pas une mince affaire et que ce serait un gros défi. »

Avant leur départ pour l’Angleterre, les 120 membres de l’Aviation royale canadienne se sont rendus à Winnipeg, où ils ont tenu un camp d’entraînement de six semaines. Pas un entraînement au combat, mais à la drill. En effet, il fallait revoir des notions apprises il y a parfois longtemps, pour que tout soit impeccable, et il fallait faire l’apprentissage de certaines manoeuvres plus complexes. Ensuite, l’entraînement s’est poursuivi un mois au Royaume-Uni, pour que les Britanniques s’assurent que malgré les petites différences entre la drill canadienne et l’anglaise, tout soit dans les règles.

En plus de confectionner les horaires et de prendre ses quarts de travail devant le palais Saint-James, le caporal-chef Fillion accompagnait les sentinelles lorsqu’elles se relayaient. Il y en avait habituellement deux, sauf quand la reine se trouvait au palais de Buckingham. À ce moment, on doublait la garde devant Buckingham et Saint-James, qui n’est qu’à quelques minutes de marche.

Dans son quotidien, c’est le prince de Galles qu’André Fillion a pu côtoyer. « On le voyait passer en auto. Quelques minutes avant, les policiers venaient nous dire de nous préparer. » Au passage du prince, les sentinelles frappaient deux fois le sol avec leur fusil portant la baïonnette.

Le caporal-chef Fillion a eu la chance de visiter le palais Saint-James, accompagné de policiers, qui lui ont permis de voir des endroits interdits aux touristes. Il a pu notamment admirer la chapelle privée de la reine. 

En fraternisant avec les 116 autres militaires provenant de toutes les bases aériennes du Canada, une occasion qui ne se présente pas souvent, celui qui a joint les Forces il y a 10 ans, à l’âge de 29 ans, a pu mesurer l’étendue de la diaspora régionale, puisque six militaires provenaient du Saguenay–Lac-Saint-Jean.