Deux répondants sur trois au sondage Segma Recherche se disent opposés à la légalisation du cannabis.

Cannabis: une majorité contre la légalisation

La marijuana récréative étant sur le point d’être officiellement déclarée légale au Canada, cette décision du gouvernement Trudeau est encore bien loin de faire l’unanimité dans la population, à en croire le récent sondage Segma Recherche pour le compte du Nouvelliste et de Cogeco Média 106,9 FM. En effet, avec 65,3 % des répondants se disant contre la légalisation de la marijuana, c’est près de deux personnes sur trois qui ne voient pas d’un très bon œil l’entrée en vigueur de cette nouvelle loi.

Sur 502 répondants au sondage, seulement 29,1 % se sont prononcés en faveur, et 5,6 % disent ne pas avoir d’opinion. Les résultats sont sensiblement les mêmes dans tous les secteurs de la Ville. 

Toutefois, on observe une différence notable selon l’âge des répondants, étant donné que 52 % des répondants âgés de 18 à 34 ans se sont prononcés en faveur de la légalisation. Cet appui à la légalisation diminue progressivement avec l’avancement de l’âge des répondants, pour n’atteindre que 16 % chez les 75 ans et plus. Par ailleurs, les hommes (34 %) sont plus favorables que les femmes (25 %) à la légalisation du cannabis.

Pour Raynald Harvey, président de Segma Recherche, les résultats observés à Trois-Rivières diffèrent de ceux de la province en général, ce qui peut s’expliquer par une plus grande proportion de la population qui est plus âgée. «En ce moment au Québec, c’est assez divisé, autour de 50 % pour chaque option. Par ailleurs, on constate que le Canada anglais est beaucoup plus favorable à la légalisation de la marijuana. À Trois-Rivières, une population plus vieillissante de même que l’absence d’une population anglophone significative peuvent expliquer cet écart par rapport au reste de la province», mentionne M. Harvey.

Pour la directrice générale de l’organisme de prévention aux dépendances La Relance Nicolet-Bécancour, Annie Gauthier, il n’est pas surprenant de voir une si forte opposition, sachant qu’il est encore difficile de connaître le déploiement de cette loi et les mesures qui vont l’entourer. 

«À La Relance, on sent les inquiétudes parce qu’on n’a pas beaucoup de détails sur comment tout ça va s’organiser. Ça devient difficile de faire de la prévention et de répondre nous-mêmes aux questions des gens en ayant si peu d’information. Alors si on nous laisse ainsi avec un manque d’information, ce n’est pas surprenant que les gens aient tendance à se prononcer contre», mentionne-t-elle.

L’organisme réclame d’abord et avant tout de l’aide pour permettre une meilleure prévention et de l’éducation en lien avec la légalisation du cannabis. «Si seulement on pouvait avoir de l’information sur toutes les dispositions de la loi à venir, ça nous permettrait de travailler sur la prévention, de préparer des ateliers destinés aux écoles secondaires par exemple. Mais là, on dirait qu’il est trop tôt, mais aussi trop tard à la fois», constate Annie Gauthier.

Au CIUSSS Mauricie Centre-du-Québec, on souhaite surtout éviter de banaliser la consommation du cannabis en le légalisant. «Il ne faut pas associer légalisation avec banalisation et normalisation. Mais il y a des mesures mises en place pour nous aider à faire de la sensibilisation auprès des maires, des préfets, du milieu de l’éducation, mais aussi auprès des parents pour que la discussion puisse s’ouvrir à la maison. Plus on consomme du cannabis jeune, plus les risques sur le cerveau sont présents», évoque Dre Sylvie Lacoursière, médecin-conseil à la Santé publique et responsabilité populationnelle, mentionnant notamment la réduction du volume cérébral et des effets sur la matière blanche. La consommation peut aussi entraîner, chez certaines personnes, des risques de psychose, des effets sur la santé mentale, de la dépression, de l’anxiété et des troubles de la mémoire ou de la concentration.

Dre Lacoursière remarque toutefois que depuis l’annonce de la prochaine entrée en vigueur de la loi légalisant le cannabis, les citoyens sont davantage portés à s’ouvrir à leur médecin au sujet de leur consommation personnelle. «Les gens sont capables d’en parler plus, parce que c’est moins tabou, et de notre côté ça nous permet de faire une prévention plus efficace», se réjouit-elle.

Pour sa part, la présidente de la Fondation Katherine-Beaulieu et mère de la jeune fille décédée dans un accident de la route en 2010, Lise Lebel, n’est pas surprise de voir autant de gens s’opposer à la mesure, d’autant plus que le gouvernement ne fournit actuellement aucune balise pour juger de la consommation en lien avec la conduite sous l’effet de cette substance. 

«Les gens, ce qu’ils considèrent, ce sont tous les problèmes qui seront engendrés par l’augmentation de la consommation de cannabis, et surtout les effets sur le système de santé qui est déjà engorgé. Je suis dans les écoles, je donne des conférences en milieu scolaire, et tout le temps j’entends des enseignants qui vivent avec la problématique de voir de nombreux étudiants arriver en classe intoxiqués au cannabis. La légalisation, c’est comme une acceptation globale d’un problème qui ne devrait pas exister», croit-elle, ajoutant craindre que la société ne soit actuellement pas structurée pour faire face à la légalisation du cannabis.