Isabelle Simard, directrice principale chez Raymond Chabot Grant Thornton, et Véronique Bédard-Tremblay, avocate chez Gauthier Bédard, ont donné une formation à une vingtaine de dirigeants d’entreprises portant sur l’entrée en vigueur de la loi légalisant la consommation de cannabis.

Cannabis: une baisse de rendement est possible

Un nouveau défi attend les employeurs, à compter du 17 octobre prochain, avec la légalisation du cannabis. Même si la consommation sera interdite dans les milieux de travail, le taux d’absentéisme lié aux substances psychotropes serait trois fois plus élevé et le rendement des employés en baisse de 30 %.

C’est ce qu’ont avancé Isabelle Simard, directrice principale chez Raymond Chabot Grant Thornton, et Véronique Bédard-Tremblay, avocate chez Gauthier Bédard, dans le cadre d’une formation mise sur pied par la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord qui avait lieu hier.

Selon les deux intervenantes, il est probable qu’il y ait une croissance de la consommation au Québec. Ç’a été le cas en 2012 et 2013 dans les États du Colorado et de Washington où l’usage s’est accru de 20 et 23 %.

Ainsi, toute personne de 18 ans et plus pourra posséder dans un lieu public une quantité totale de 30 grammes ou moins de cannabis, sauf dans certains lieux. Dans une résidence privée, la possession de 150 grammes sera permise, peu importe le nombre de personnes majeures qui s’y trouvent, a rappelé Mme Simard. La culture et la possession de plants sont interdites dans une résidence au Québec, ce qui n’est pas le cas en vertu de la loi fédérale.

Obligations légales
Compte tenu des obligations légales des employeurs de voir à la sécurité de leurs employés et de veiller à ce qu’ils ne représentent pas un risque pour la santé, la sécurité et l’intégrité physique de leurs collègues, Mme Bédard-Tremblay affirme que certaines précautions s’appliqueront pour détecter les cas d’intoxication en milieux de travail. Certains signes comme les yeux rouges, un flot de paroles, une grande hilarité ou euphorie peuvent être des signes, mais gare aux tests de dépistage sans motifs, une pratique interdite en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne, indique-t-elle.

Une autre difficulté à laquelle seront confrontés les employeurs concerne la fiabilité des tests de dépistage. Le cannabis est dépistable dans le sang longtemps après que ses effets se soient atténués, ce qui représente un défi.

Compte tenu de la situation, les deux formatrices soutiennent que les employeurs ont intérêt à mettre en place des politiques et des règles claires et adaptées à la réalité de chaque entreprise, et ce, après consultation des syndicats et des employés.

En cas de non-respect de la politique mise en place, Mmes Simard et Bédard-Tremblay suggèrent de mettre en place un processus d’enquête visant à établir tous les faits entourant la consommation de cannabis en milieu de travail. « La légalisation va peut-être permettre de dénoncer des situations de dépendance chez des employés, mais il faut dire que le congédiement n’est pas automatique », affirme Mme Simard.

Selon elles, il est préférable de prévenir plutôt que de guérir.