Le psychiatre de l'hôpital de Chicoutimi Laurent Coulloudon a mis en garde les jeunes de l'école L'Odyssée/Dominique-Racine contre les conséquences néfastes de la consommation de cannabis lors d'une conférence prononcée vendredi.

Cannabis: un psychiatre met les jeunes en garde

À moins d'un an de la légalisation anticipée du cannabis, les élèves de l'école L'Odyssée/Dominique-Racine ont reçu une sérieuse mise en garde de la part d'un psychiatre de l'hôpital de Chicoutimi. Le Dr Laurent Coulloudon n'a pas pratiqué la langue de bois lorsqu'il s'est adressé aux jeunes dans le cadre de deux conférences prononcées vendredi.
« Si vous prenez du cannabis une seule fois, vous augmentez vos risques de faire une psychose toxique de 40 pour cent. Si vous en prenez chaque jour pendant plusieurs jours, vos chances grimpent de 390 pour cent. On ne peut prédire qui en fera et qui n'en fera pas, mais avec la légalisation, c'est clair qu'il y aura plus de psychoses parce que la consommation va augmenter », a-t-il tranché, devant un auditoire formé d'élèves de troisième secondaire. Le psychiatre a pris bien soin d'expliquer, dans un langage accessible aux jeunes, ce qu'est une psychose.
« Une psychose toxique, c'est une intoxication à la drogue. C'est quand quelqu'un se retrouve en ''bad trip'', qu'il a une perte de contact avec la réalité, des hallucinations et des périodes de délire », a-t-il mis en relief, avant de parler de ce jeune de 20 ans qui s'est pointé à l'urgence après avoir fumé et mangé des biscuits au cannabis.
« Il avait une forte impression de déjà-vu. Il a commencé à avoir des souvenirs qui ne lui appartenaient pas. Il est arrivé en état de panique », a poursuivi le psychiatre, qui en a profité pour dire aux jeunes que les psychoses toxiques peuvent développer la schizophrénie, une maladie mentale incurable.
100 pour cent des jeunes
Dans son bureau et à l'urgence, Laurent Coulloudon en voit de toutes les couleurs. Des gens de 13 ans et plus qui ont des problèmes sévères de santé mentale directement liés à la consommation de stupéfiants.
« Cent pour cent des jeunes que je vois en psychiatrie ont consommé de la drogue. Il y a cet homme qui fait le tour de tous les bureaux de médecins parce qu'il est convaincu d'avoir le cancer, alors que ce n'est pas le cas. C'est quelque chose qui aurait pu être évité s'il n'avait pas fumé du pot toute sa vie », a-t-il exprimé.
C'est l'intervenante en toxicomanie Valérie Bouchard qui a invité Laurent Coulloudon à s'adresser aux adolescents. Il prononcera deux autres conférences la semaine prochaine, toujours à Dominique-Racine, et a bien l'intention de faire le tour des établissements secondaires. Le médecin spécialiste juge l'impact de la légalisation du cannabis si important qu'il agit de son propre chef, bénévolement.
Sa conférence se veut un discours franc sur les réalités de la consommation, particulièrement chez les jeunes, le tout dans le but d'allumer des lumières dans ces cerveaux toujours en formation. Laurent Coulloudon ne se gêne d'ailleurs pas pour dire que « le cerveau des jeunes qui prennent de la drogue est atrophié » et que « quand t'es gelé, tu ne matures pas ».
Le médecin a aussi dressé un portrait sincère des impacts de la consommation sur l'apprentissage.
« Certaines personnes disent que le pot rend ''focus''. C'est une croyance généralisée. La drogue, c'est une échappatoire et ça ne vous aide pas à affronter ce que vous avez à affronter. Il y a des gens qui disent que si le cannabis devient légal, ce n'est pas dangereux. C'est faux ! Je vous avertis. Le pot n'est pas inoffensif et cause des problèmes d'apprentissage et des redoublements », a-t-il notamment indiqué, réclamant souvent des jeunes qu'ils lui posent des questions.
Appuyer sur le frein et l'accélérateur en même temps
La jeunesse d'aujourd'hui l'ignore sans doute, mais le taux moyen de THC présent dans le cannabis oscille autour de 13 pour cent. C'est près de 10 pour cent supérieur à ce que l'on retrouvait dans les années 90.
Plus le taux de THC est élevé, plus les risques de psychoses sont grands. Le psychiatre Laurent Coulloudon a aussi abordé le sujet des troubles d'apprentissage. Y allant de statistiques éclairantes, il a indiqué que beaucoup de jeunes aux prises avec un trouble du déficit d'attention (TDA) consomment. En découle souvent un mélange explosif de substances.
«Mélanger le Ritalin ou le Concerta avec du cannabis, c'est comme peser sur la pédale de ''brake'' et de ''gaz'' en même temps», a formulé celui qui, en plus de faire de la prévention, s'est fixé pour objectif de dissuader les jeunes toxicomanes de continuer de consommer.
Présente à la conférence, la présidente de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, Liz Gagné, a rappelé que son organisation est préoccupée par la légalisation du cannabis et s'inquiète des conséquences sur les adolescents.
«Les parents doivent être sensibilisés aux impacts de cette légalisation. Ils doivent aussi savoir dire non à leur jeune, même si ça devient légal. On va tenter de rejoindre les parents parce que c'est une grande préoccupation pour nous», a signifié la présidente.
Le psychiatre Laurent Coulloudon a lui aussi mis en exergue l'influence parentale.
«Peut-être même que vos parents consomment à la maison», a-t-il soulevé, insistant sur l'importance de faire les bons choix.
Le discours livré par le médecin est tranché, mais empreint de finesse. Surtout lorsqu'il parle de dépression et de troubles anxieux, des réalités bien présentes chez les jeunes de la présente génération.
«Si vous avez des émotions fragiles, que vous ne vous sentez pas bien, consommer de la drogue ne vous aidera pas. Si vous faites de l'anxiété de performance, de l'anxiété sociale ou généralisée ou souffrez de phobie sociale, prendre de la drogue va juste empirer votre situation», a conclu le psychiatre.