Une vingtaine de personnes ont assisté à l’assemblée publique, lundi soir.

Cannabis médicinal: un projet qui ne fait pas l’unanimité à Saint-Félicien

Un projet de microproduction de cannabis médical crée des tensions dans un secteur de villégiature de Saint-Félicien. Alors que certains résidants s’y opposent fermement, craignant notamment les odeurs, d’autres appuient les promoteurs dans leur démarche, laissant présager un futur référendum sur le sujet.

« J’ai investi plus de 300 000 dollars pour me bâtir une maison dans le chemin Vallée et je vais me retrouver à quatre maisons d’une plantation de 600 plants », s’est insurgé Richard Dubois, lors de l’assemblée de consultation tenue par la Ville de Saint-Félicien sur le projet de microproduction de cannabis dans le chemin Vallée.

Le projet, dénommé Chènevière des Cinq Fées, est né du désir de Geneviève Gagnon de produire son propre cannabis médical biologique, pour l’aider à tolérer les douleurs causées par une maladie inflammatoire. Du même coup, elle souhaite créer son propre emploi, en lançant une microproduction de cannabis extérieure, avec l’aide de son père jardinier, Michel Gagnon.

« Si c’est pour votre santé personnelle, je n’y vois pas de problème, mais pourquoi vous ne demandez pas un permis médical pour vous ? Pas besoin d’entreprise et d’en mettre sur le marché. Je ne vois pas pourquoi on devrait avoir une business dans une zone de villégiature », a pour sa part remarqué Roger Richard, un résidant du chemin Vallée.

« On reste dans une zone résidentielle pour que des projets comme ça n’arrivent pas. Tu achètes ta maison en connaissance de cause et du jour au lendemain, tu te ramasses avec un projet du genre. Je n’ai pas payé pour ça. Et je ne serai peut-être pas capable de revendre ma maison », a pour sa part mentionné Olivier Hudon, craignant que ce type de projet puisse se développer n’importe où.

Claudia Gagnon a pour sa part demandé aux promoteurs pourquoi ils n’ont pas choisi de s’installer dans le parc industriel ou encore près du jardin communautaire.

C’est pour mieux s’occuper du travail quotidien en régie biologique, qui nécessite beaucoup de travail manuel, que les promoteurs veulent piloter le projet dans le chemin Vallée. De plus, la proximité permet de mieux assurer la sécurité du site, soutient Geneviève Gagnon.

Étant donné que le projet est situé dans un secteur de villégiature, les promoteurs ont dû faire une demande de Projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI). Après un premier refus, au printemps dernier, les entrepreneurs ont détaillé les modalités d’implantation à la Ville de Saint-Félicien, qui a décidé d’aller de l’avant et de consulter la population sur le sujet, a expliqué le maire Luc Gibbons. « On a un processus bien établi et on veut sonder notre monde », a-t-il dit.

Selon le premier magistrat, les villes, les entreprises et les citoyens sont encore en train d’apprivoiser la légalisation du cannabis et c’est la première fois qu’un tel projet est soumis au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Selon Santé Canada, seulement trois licences de microproduction de cannabis extérieur ont été approuvées jusqu’à maintenant au pays.

Une vingtaine de personnes ont assisté à une assemblée publique sur un projet de microproduction de cannabis médical hier à Saint-Félicien.

Mylaine Bernard s’inquiète pour sa part des odeurs que pourrait générer la production, craignant de devenir des cobayes.

Michelle Laflamme a demandé quels sont les recours des citoyens si les odeurs sont incommodantes.

La promotrice du projet Geneviève Gagnon a expliqué que plusieurs mesures seront mises en place pour limiter les odeurs. De plus, un processus de plainte est mis en place par Santé Canada et les producteurs ont l’obligation de mettre en place un plan d’action pour résorber les désagréments, dit-elle

Des appuis au projet

Si les voix de contestation ont été entendues avec plus d’ardeur au début de la consultation, plusieurs résidants qui appuient le projet ont aussi fait valoir leur point de vue.

Selon Émilie Beaulieu, une résidante du secteur, il est important de prendre en considération la voix des gens qui sont favorables au projet, mais qui sont moins bruyants.

« Dans la forme actuelle, le projet me convient. J’avais des questionnements sur la sécurité, mais les mesures qui seront mises en place me conviennent », a-t-elle soutenu, ajoutant que le travail de sensibilisation et d’éducation doit être fait auprès des enfants et de la population en général.

Patrick Laflamme a souligné qu’il ne comprend pas les inquiétudes des résidants qui craignent de voir la valeur de leur maison chuter. « Je ne comprends pas pourquoi une entreprise biologique qui ne sera pas visible du chemin viendrait affecter la valeur d’une maison, dit-il. Un salon de coiffure dérangerait probablement moins le monde même si ça générait plus de trafic dans la rue. »

Mathieu Fauchon, un autre résidant du chemin Vallée, a pour sa part mentionné qu’une entreprise devait répondre à des critères de sécurité beaucoup plus stricts qu’une production personnelle de cannabis médical, qui peut représenter une production de près de 200 plants.

« On va agir en bon père de famille », a soutenu Luc Gibbons, voulant rassurer l’assemblée.

Le 2 décembre prochain, le conseil de ville devrait faire l’annonce qu’il soumettra le projet à un avis public pour la tenue d’un référendum. Le tout sera annoncé dans un avis public le 11 décembre prochain. Un minimum de 12 résidants d’une même zone doit faire la requête pour qu’un référendum soit tenu. Le cas échéant, les résidants du chemin Vallée et des zones contiguës seront invités à aller voter sur le sujet. Luc Gibbons a aussi mentionné que le conseil de ville pourrait bloquer le projet sans tenir de référendum au besoin.

À titre indicatif, deux pétitions sont en cours en ce moment. Au moment de mettre sous presse, la pétition contre le projet avait recueilli 118 signatures, alors que la pétition pour appuyer le projet en avait recueilli 219.