Patrick Cain (gauche) a survécu à un cancer de la prostate après 35 séances de radiothérapie et un traitement hormonal de 18 mois, alors que le standard de ce dernier a été fixé à 3 ans. L’étude qu’a chapeauté Dr Adbenour Nabid (centre), et dans laquelle l’infirmière de recherche Sophie Dufour a été largement impliquée (droite), a démontré qu’une telle durée pouvait améliorer la qualité de vie sans diminuer les risques de survie.

Cancer de la prostate: vers un traitement plus court et moins invasif

Les hommes souffrant d’un cancer de la prostate agressif non métastatique pourraient voir la durée de leur traitement hormonal diminuer de moitié, comme l’a permis de constater une étude dirigée par un radio-oncologue du CIUSSS de l’Estrie — CHUS, le Dr Abdenour Nabid. Cette avancée promet d’améliorer significativement la qualité de vie des patients et de réduire les coûts de traitement.

Le projet a été mené auprès de 630 patients souffrant d’un cancer de la prostate localisé à haut risque dans dix hôpitaux québécois, dont l’Hôpital Fleurimont. Celui-ci a prouvé que le standard de traitement d’hormonothérapie, qui a été fixé à 36 mois en 1997 et qui s’additionne à des traitements de radiothérapie, peut être réduit à 18 mois sans compromettre les chances de survie des patients. 

« Le traitement hormonal bloque la production de la testostérone, explique le Dr Nabid. La testostérone est un peu le carburant des cellules cancéreuses. [...] Le problème, avec cette castration médicale qui est transitoire, mais longue, ce sont les effets secondaires. La liste des effets secondaires est énorme. Ce ne sont pas tous les patients qui auront les effets secondaires, mais quand même. On peut parler de bouffées de chaleur, de fatigue, de perte de libido, de perte d’érection, et d’affaiblissement des os et des muscles. Ça peut aussi jouer vers le diabète, vers des maladies cardiovasculaires et des trous de mémoire. » 

Une fois que le taux de testostérone d’un patient est à zéro, celui-ci peut mettre des mois, voire des années à retrouver un taux normal, note le médecin chercheur. 

Cette étude, qui a débuté il y a 20 ans, proposait donc deux avenues aux participants, tous atteints d’un cancer de la prostate agressif non métastatique. Ceux-ci pouvaient opter pour 18 ou 36 mois de traitement, et devaient répondre seuls à des questionnaires pendant les cinq années suivant la fin du traitement, ce qui a permis d’évaluer leur qualité de vie.

Parmi les patients ayant choisi le traitement de 36 mois, 77,1 % ont survécu à leur cancer. Pour ceux ayant reçu la moitié du traitement, le taux de survie représente 76,2 %. « On s’est aperçus également que le groupe qui avait moins d’hormones retrouvait plus facilement un taux de testostérone normal », se réjouit le médecin, qui croit que la durée de 3 ans fixée au départ était plutôt « aléatoire », ce qui explique qu’on ait pu la diminuer ainsi.

Symptômes minimes

Patrick Cain, qui a emprunté la voie des 18 mois de thérapie hormonale, fêtera dans quelques jours ses 80 ans. Mercredi, il rencontrait le Dr Nabid pour un rendez-vous de suivi marquant 11 années depuis la fin de son traitement. 

« Mon médecin de famille m’a confié à un médecin à l’Hôpital Fleurimont. Après une biopsie, celui-ci m’a confirmé que je n’étais pas opérable, mais il m’a recommandé dans les minutes suivantes le Dr Nabid, qui m’a proposé un traitement », indique l’homme, qui affirme se porter très bien aujourd’hui. 

M. Cain a ensuite pris part à 35 séances de radiothérapie, qui se sont amorcées en même temps que les injections d’hormones. 

« À part quelques bouffées de chaleur » et une manifestation minime des symptômes habituels, il soutient que sa qualité de vie n’a en rien été changée. 

Prochaine étape

« La prochaine étape sera d’arriver avec des marqueurs qui vont faire en sorte que ce sera beaucoup plus facile et plus précis de savoir au départ qui est plus à risque, à qui on augmente les médicaments et à qui on les diminue, note le Dr Nabid. On aura donc des traitements de base, comme les traitements combinés, mais il y a plein d’autres choses qui sont en train d’être utilisées. On vient de participer à une étude avec ce traitement de base, et on essaie de nouvelles molécules qu’on connaît efficaces dans le cancer de la prostate. »

La Société canadienne du cancer estime que d’ici la fin de l’année, 22 900 nouveaux cas de cancer de la prostate auront été déclarés au pays. Le taux de survie nette après cinq ans est de 93 %.