Cancer chez les bélugas: l’hypothèse confirmée

D’abord élaborée au début du millénaire, l’hypothèse de la corrélation entre les cas de cancer chez les bélugas du Saguenay et du Saint-Laurent et l’émission pendant des décennies de HAP par les alumineries de la région se confirme. Ainsi, depuis sept ans, aucun béluga retrouvé mort ne souffrait de cette maladie mortelle.

C’est un des nombreux constats qui ressort d’une conférence donnée mardi soir au Musée du fjord par Stéphane Lair, le directeur du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages et professeur titulaire à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. «Il n’y a aucun cas de cancer depuis sept ans. Ça reste quand même une bonne nouvelle. Pour les cancers, le suspect numéro un était les HAP. Mais aujourd’hui c’est réglé avec les changements de pratique de l’industrie», a-t-il souligné.

Tableaux à l’appui, il avait démontré la corrélation directe entre les rejets de ces HAP cancérigènes, causés par l’ancienne méthode de fabrication de l’aluminium, et la prévalence des cancers dans cette population de bélugas, une des plus élevées du monde animal. Ces éléments tendaient à se déposer au fond du fjord, là où se nourrissent les bélugas. Or depuis que ces rejets toxiques ont totalement cessé, l’accumulation de sédiments subséquents a complètement éliminé cette source de contamination. L’hypothèse avait d’ailleurs été rapportée dans Le Quotidien en février 2002.

Stéphane Lair est le directeur du Centre québécois sur la santé des animaux sauvages et professeur titulaire à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

La conférence portait sur l’avancement des travaux pour expliquer pourquoi la population ne s’est jamais rétablie après la chasse intensive et le programme d’extermination qui avaient fait passer le nombre de bêtes à autour de 8000-9000 à environ 1000. Normalement, avec le temps, ce chiffre aurait dû grimper. Il est plutôt en baisse d’environ 1% par année pour se situer à environ 900.

L’étude des causes de mortalité chez le béluga peut se faire en raison d’un programme mis sur pied en 1982 où sont répertoriées les carcasses retrouvées, et surtout, les nécropsies réalisées sur les baleines dans un état permettant cette analyse. Sur 190 décès depuis 1983, 43% sont dus à des maladies infectieuses, 25% à la mise-bas et 16% au cancer.

Le docteur Lair et ses collègues tentent de comprendre les facteurs causant la diminution. Pour les maladies infectieuses, ce sont les BPC qui sont soupçonnés en raison de leur impact sur le système immunitaire. Avec son interdiction et sa très lente disparition, cette hypothèse semble se vérifier tranquillement, mais sans certitude.

La principale inquiétude vient des nombreux décès associés à la naissance, un phénomène frappant depuis 2000. Stéphane Lair a émis que le stress pourrait être un facteur, subi en raison d’une certaine augmentation de la navigation récréative. Il pourrait aussi être lié à la présence des PBDE (retardateurs de flamme). Finalement, il pourrait aussi s’agir des effets du réchauffement qui joue sur cette population qui bénéficie d’un environnement aux caractéristiques arctiques à l’embouchure du Saguenay. Mais, il n’y a encore aucune certitude sur la cause exacte. D’où la poursuite des recherches, et surtout, l’application d’un principe de précaution sur tout ce qui touche à la préservation de l’habitat de ce cétacé.