Camp-de-Touage-les-Îles: le terrain de jeu de la Pointe-Taillon

Dès l’an prochain, les premiers sites de camping devraient être disponibles dans le secteur Camp-de-Touage-les-Îles, le nouveau terrain de jeu du parc national de la Pointe-Taillon. Il reste encore beaucoup de travail à faire pour y arriver, mais le projet d’offrir une expérience unique en son genre avance. Le Progrès a accompagné l’équipe de la Sépaq sur le terrain pour faire la caractérisation des îles avant d’y installer les premiers aménagements.

En arrivant sur un premier site de camping, qui sera aménagé sur la Petite île Verte, Serge Gauthier, technicien en milieu naturel du parc de la Pointe-Taillon, scrute le sol pour faire l’inventaire des plantes. « On veut voir s’il y a des plantes rares ou en danger avant d’aménager nos sites de camping », explique-t-il.

La Sépaq cherche, par exemple, à savoir où peut-on retrouver du pois de mer ou du cerisier des sables sur certaines îles, une espèce relique de la mer de Laflamme, un bras de mer qui recouvrait la région il y a près de 10 000 ans. D’autres plantes qui se retrouvent à la limite nordique de leur répartition sont aussi sous la loupe pour les protéger, comme l’actée blanche, l’arisème petit-pêcheur, la pyrole des ombelles et la dryoptère marginale, une fougère. 

Si de telles espèces étaient présentes, les aménagements pourraient être légèrement déplacés ou mis en place pour protéger ces espèces rares au Saguenay–Lac-Saint-Jean. 

Sur la petite île Verte, il n’y a aucun signe de ces espèces. Par contre, on retrouve de grosses talles de raisins d’ours et plusieurs petits peupliers paumiers sur la plage, une espèce qui a fort probablement été transportée par l’eau au cours des dernières décennies, estime M. Gauthier.

En faisant le tour des futurs sites de camping, de camping sauvage et de lean-to, des hébergements à trois murs, on découvre tout le potentiel touristique de l’île. D’un côté, il y a une large plage à l’abri des vents dominants. Puis, en faisant le tour de l’île, on découvre de petites baies cachées avec de petites plages intimes. Au nord, ce sont plutôt de gros crans rocheux, lesquels ajoutent un beau petit défi à la randonnée. Près des berges, on aperçoit de gros pins gris et des cèdres qui poussent tant bien que mal sur la roche, avec une vue sur les autres îles de l’archipel. Bref, le tout ressemble à un beau petit coin de paradis pour s’exiler et changer de rythme pendant les vacances. 

Un peu plus tard dans la journée, on fera le tour des îles en bateau. Sur chacune d’entre elles, on retrouve de magnifiques plages et de superbes sites pour y installer sa tente. 

Même si les îles en tant que telles ne représenteront pas la plus grosse offre du parc national de la Pointe-Taillon, cette nouvelle proposition permettra de se démarquer, car on retrouve plus de 100 îles et îlots à explorer dans l’archipel. Une dizaine d’entre elles sont susceptibles d’être aménagées. « Ça amène une nouvelle dimension qui fait rêver les gens, commente François Guillot. Par exemple, ça va nous permettre d’offrir des circuits pour se déplacer d’île en île, une offre unique dans le réseau de la Sépaq. »

Si les îles font rêver plusieurs adeptes de kayak ou de planche à pagaie, cette nouvelle offre amène aussi plusieurs défis logistiques et opérationnels. « C’est possible que des clients ne soient pas capables de revenir sur terre quand les conditions sont extrêmes, souligne François Guillot. Il faut donc prévoir les plans d’urgence et s’équiper en conséquence pour assurer la sécurité des gens en tout temps. »

Serge Gauthier, technicien en milieu naturel au parc national de la Pointe-Taillon

Découverte enquête sur l'érosion à l’île Boulianne 

Le parc national de la Pointe-Taillon a reçu un budget de 2 millions de dollars pour protéger l’île Boulianne, qui forme un bouclier protégeant la pointe Taillon contre l’érosion. La firme WSP réalise l’étude technique, entre autres par des relevés bathymétriques, afin de dresser un état des lieux et de connaître la dynamique érosive pour cibler les endroits à protéger et la méthode à préconiser. Le sujet est si intéressant qu’une équipe de l’émission scientifique Découverte, d’ICI Radio-Canada, suit le projet depuis le début. 

Pendant ce temps, l’équipe du parc de la Pointe-Taillon se prépare à toutes les éventualités. « C’est possible que les résultats de l’étude nous disent qu’il n’y a rien à faire pour contrer l’érosion, lance François Guillot. C’est aussi possible que des aménagements proposés pourraient causer des problèmes ailleurs .» 

Bref, l’équipe de la Sépaq ne tient rien pour acquis. 

Si l’ampleur des travaux de stabilisation des berges dépasse les 500 mètres linéaires, le projet devra passer devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), ce qui ajouterait des délais. 

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UNE BASE D'OPÉRATIONS EN CONSTRUCTION

Guillaume Roy

groy@lequotidien.com

Les travaux d’aménagement sur les îles de Saint-Gédéon devaient commencer dès le début de l’été, mais tout a été retardé par la pandémie de COVID-19. « Pour bien travailler sur les îles, ça nous prend une base d’opérations à partir du Camp de Touage, explique François Guillot, directeur du parc national de la Pointe-Taillon. Dès que la construction sera terminée, vers la fin août, on va commencer à faire des aménagements sur les îles. »

En ce moment, la construction du secteur du Touage, qui sera en quelque sorte le camp de base pour accéder aux îles, va bon train. Bien que les aménagements sur les îles soient légers, le travail de construction nécessite tout de même une bonne logistique, étant donné que tout doit être transporté par bateau. « On est en train de magasiner un bateau », remarque François Guillot. 

Dans un premier temps, le directeur souhaite aménager des sites de camping sur l’île Connely et l’île Beemer, situées aux deux extrémités de l’archipel, à environ 6,5 km de distance. « On prévoit aménager des sites de camping, une aire de pique-nique, des toilettes sèches et un abri cuisine dans un premier temps », note le directeur, qui souhaite aussi installer des jardins de hamac et des bibliothèques de survie sur les îles. 

À terme, 36 emplacements de camping – ou de lean-to, un hébergement à trois murs – seront aménagés sur cinq îles, soit la Grosse et la Petite île Verte, ainsi que les îles Connelly, des Cauchon et Beemer. Aucun échéancier n’est fixé pour terminer ces aménagements, mais le parc souhaite développer le secteur dès que possible. 

Au total, le parc investira près de 800 000 $ dans les îles. Le budget total du projet d’agrandissement, qui inclut le secteur les Amicaux et le Camp de Touage, s’élève à près de huit millions de dollars. Lorsque tout sera terminé, le parc devra embaucher 15 personnes de plus.

Ces aménagements serviront autant pour la clientèle de camping que pour la clientèle quotidienne qui se balade sur les îles. Par exemple, un secteur de pique-nique sur l’île Connely sera dédié aux visiteurs quotidiens. Les toilettes seront aussi conçues pour les accueillir. 

En ce moment, il est déjà possible d’aller se balader sur les îles, mais il faut acheter le droit d’accès de la Sépaq en ligne. Le camping est toutefois interdit en attendant les premiers aménagements. 

Un achalandage monstre à la Sépaq

Les Québécois voyagent dans la province cet été et les parcs nationaux sont littéralement prix d’assaut. 

« On reçoit un achalandage impressionnant, souligne François Guillot, directeur des parcs nationaux de la Pointe-Taillon et des Monts-Valin, de même que du Centre touristique du Lac-Kénogami. À certains endroits, comme au lac Kénogami ou sur l’île Boulianne [de Saint-Gédéon], on bat des records. »

Malgré cette forte affluence, les visiteurs respectent les règles de la santé publique et le directeur ne note aucun problème majeur. 

Cette carte du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs montre un agrandissement, à droite, des nombreuses îles de Saint-Gédéon.