Cadre «conduit» au suicide: la famille réclame 2,3 M$ à la CS des Rives-du-Saguenay

La conjointe et les filles de Stéphane Côté, ancien directeur général de la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay (CSRS) qui s’est enlevé la vie le 31 mars 2016 alors qu’il était en arrêt de travail, demandent 2,3 M $ en dommages-intérêts à la CSRS et au psychologue Gilles Vachon, qu’elles estiment responsables solidairement de ce suicide.

Une demande introductive d’instance, dont Le Progrès a obtenu copie, a été déposée le 28 mars au greffe de la Cour supérieure du Québec, dans le district de Chicoutimi. La codemanderesse Cynthia Martin, en son nom personnel et celui d’une de ses deux filles encore mineure, réclame notamment 1,9 M $ pour la perte de soutien financier occasionnée par la mort de M. Côté. Les trois femmes demandent aussi 100 000 $ chacune en dommages moraux.

« Par leurs comportements intempestifs, irrespectueux et manipulateurs, les dirigeants, employés, préposés et/ou mandataires de la CSRS ont poussé 

M. Côté à s’enlever la vie et ont causé son décès », peut-on lire dans le document rédigé par le cabinet Simard Boivin Lemieux. Le président de l’organisation à l’époque, Antonin Simard, fait partie de ces gens évoqués.

Plusieurs fautes commises par la commission scolaire sont alléguées, dont celle d’avoir causé le trouble d’adaptation avec humeur anxiodépressive diagnostiqué à Stéphane Côté en décembre 2015. Le directeur général se trouvait piégé dans un climat de travail « extrêmement tendu, difficile et conflictuel », depuis sa nomination quelques mois auparavant, en raison d’une confrontation entre M. Simard et un autre cadre. Malgré son arrêt de travail à partir de ce moment, des responsables de la CSRS auraient harcelé M. Côté pendant son congé maladie, l’empêchant ainsi de se soigner adéquatement et « le conduisant au suicide ».

Lacunes des soins

Le psychologue Gilles Vachon est aussi pointé du doigt pour s’être placé en situation de conflit d’intérêts. Il avait été engagé le 18 mars 2016 par la commission scolaire pour apporter son aide professionnelle à M. Côté, tout en conseillant la CSRS sur les suites à donner à l’arrêt de travail. Les demanderesses dénoncent un « double mandat conflictuel ».

« Par son comportement, M. Vachon a augmenté la pression sur M. Côté et resserré l’étau autour de lui, ce qui a eu pour effet de le pousser à s’enlever la vie [...] Il a fait défaut de dispenser à M. Côté des soins appropriés et requis, affirme-t-on dans la demande. Il a nui à la guérison de M. Côté en augmentant les éléments anxiogènes pour lui ; il a contribué à la détérioration rapide et totale de la condition de santé mentale de M. Côté. »

La demande introductive d’instance relate l’après-midi du 31 mars 2016, où Stéphane Côté a été retrouvé sans vie à la résidence familiale vers 15 h 15. Le cadre a reçu un texto de Gilles Vachon à 14 h 22. Celui-ci lui demandait de l’appeler dans les 15 prochaines minutes ou de lui indiquer un autre moment pour le joindre le lendemain.

Les actes de M. Vachon, qui se présente comme un expert du développement des gestionnaires scolaires, ont aussi été ciblés par le coroner Sylvain Truchon, dans son rapport d’investigation diffusé en mars 2018. Le syndic de l’Ordre professionnel des psychologues du Québec a ensuite déclenché une enquête à ce sujet. 

Harcèlement

Même si Stéphane Côté a manifesté à son employeur son besoin d’être laissé tranquille durant son arrêt de travail, il a continué d’être contacté par le président Antonin Simard et d’autres responsables de la CSRS, qui voulaient connaître ses intentions pour son avenir professionnel.

La Commission scolaire des Rives-du-Saguenay est déjà impliquée dans un autre procès dans un contexte de harcèlement psychologique. L’ancienne directrice générale Chantale Cyr a déposé des plaintes et a été entendue devant le Tribunal du travail du Québec dans les derniers mois.

Vendredi, l’organisation a rencontré les employés et les commissaires pour les informer de la nouvelle poursuite intentée. « Plusieurs personnes ont été ébranlées par le suicide et on ne voulait pas qu’elles apprennent la suite dans les médias. On a mis en place des mesures pour ceux qui auraient besoin d’en parler », indique la conseillère en communication pour la CSRS, Claudie Fortin.

Étant donné le processus judiciaire enclenché, la commission scolaire ne désire pas commenter davantage la situation.

Besoin d’aide ?

En tout temps, il est possible de recevoir de l’aide relativement à des idées suicidaires, pour soi-même ou un proche, au 1-866-277-3553.