Les pancartes indiquant la limite réelle de 90 km/h sont toujours présentes.

Boulevard de l'Université: le coroner Truchon avait discuté avec les experts de la Ville

Depuis mercredi, des affiches sont installées sur le boulevard de l'Université, à Chicoutimi, suggérant aux automobilistes de rouler à 70 kilomètres/heure, tandis que plus loin, une autre indique que la limite réelle est encore de 90 km/h. Le choix de la vitesse est laissé à la discrétion des conducteurs, ce qui va à l'encontre des recommandations émises par le coroner Sylvain Truchon, qui s'est penché sur les circonstances entourant le décès de Marie-Pier Pagé en décembre 2015.
Depuis quelques jours, la vitesse recommandée sur le boulevard de l'Université, à Chicoutimi, est de 70 km/h. Dans le rapport entourant la mort de Marie-Pier Pagé en décembre 2015, le coroner Sylvain Truchon avait conclu que le fait de diminuer la vitesse sur cette artère créerait une situation où les différences de vitesse entre ceux qui respectent la limite et les vitesses réellement observées présenteraient encore plus de dangers.
Le rapport a été rendu public en novembre dernier. Me Truchon signalait alors que les différences, parfois importantes, entre ceux qui respectent les limites et les vitesses réelles observées dans ce secteur seraient dangereuses. Il proposait l'implantation d'un mur de béton pour séparer les deux voies (Jersey), la solution la moins coûteuse pour éviter que des véhicules entrent en collision. La Ville a plutôt choisi de diminuer la limite de vitesse de 90 à 70 km/h. Une résolution a été adoptée en ce sens lors du conseil de ville du 7 novembre dernier et la nouvelle limite devait entrer en vigueur cette semaine. Toutefois, le nouveau règlement ne peut être appliqué avant le 6 février, soit 90 jours après que le ministère des Transports ait donné son aval. La Ville avait procédé à l'installation des nouvelles affiches, mais a dû les enlever en milieu de semaine pour les remplacer par des pancartes sur lesquelles il est inscrit «vitesse recommandée: 70 km/h».
Questionné à ce sujet, le coroner Truchon rappelle qu'avant de produire son rapport, il a longuement discuté avec les services techniques de la Ville pour se faire une tête. Les experts lui ont signifié que les différentiels de vitesse (delta V) sont une source fréquente d'accidents.
«Je n'ai pas vu ça dans mon café au lait le matin avant de l'écrire dans mon rapport. J'ai rencontré les responsables municipaux, qui ont offert une excellente collaboration. Ils m'ont dit que les différentiels de vitesse sont plus dangereux et j'ai écarté la baisse de la limite dans mes conclusions», rappelle Sylvain Truchon. Il estime que même si la limite maximale est fixée à 70, il y aura toujours des «matamores» qui vont rouler à 90, sinon plus. D'ailleurs, les vitesses observées dans le secteur ont atteint 123 km/h par moments.
Le coroner rappelle que la solution idéale serait l'élargissement de la route, une option jugée trop coûteuse par les autorités municipales.
L'avocat Truchon, dont le mandat, comme coroner, est d'éviter que d'autres vies soient fauchées dans la cuve du boulevard de l'Université, aurait bien aimé voir des panneaux lumineux à vitesse variable installés à cet endroit. Il cite, en exemple, la signalisation installée sur l'autoroute du Vallon, à Québec. La limite imposée aux automobilistes est tributaire des conditions météo, du volume de circulation ou des accidents qui surviennent. Puisqu'il s'agit d'un projet pilote déployé par le ministère, il n'est pas possible d'implanter un mécanisme du genre sur le boulevard de l'Université.