Les membres du Conseil du patrimoine culturel du Québec Yves Lefebvre, Ann Mundy, René Bouchard et Julie Ruiz ont écouté les citoyens et les intervenants du milieu.

Bonne impression à Arvida

« Ça donne le goût de déménager à Arvida ! » Visiblement, les citoyens et les divers intervenants mobilisés pour la déclaration de la ville de l’aluminium comme site patrimonial provincial ont fait bonne impression, jeudi soir, devant trois membres du Conseil du patrimoine culturel du Québec (CPCQ) et son président Yves Lefebvre.

Une soixantaine de personnes étaient réunies à la salle Orphée de l’Atelier de musique de Jonquière, et la majorité d’entre elles n’avaient que de bons mots pour le projet. Les Arvidiens sont fiers et apprécient la qualité de vie de leur coin à l’architecture typique.

« D’habitude, on voit beaucoup moins gens présents, et la moitié penche pour le oui, et l’autre pour le non », a commenté M. Lefebvre. Il a aussi souligné le grand nombre d’avis écrits reçus, près de 250, ce qui en fait une des plus importantes consultations publiques du CPCQ dans les dernières années. Il est d’ailleurs toujours possible de donner son opinion jusqu’au 30 novembre.

Cette étape fait partie du processus pour qu’Arvida devienne le 13e site reconnu par le gouvernement québécois, aux côtés de lieux qui ont été le berceau de l’Amérique française comme le Vieux-Québec. Le plus récent a été celui du Mont-Royal, déclaré en 2005. Le Conseil doit rédiger un rapport au ministère de la Culture et des Communications qui sera le reflet de la consultation publique. Il fera part aussi de ses propres recommandations. Ensuite, le gouvernement pourra faire une déclaration officielle et élaborer un plan de conservation.

Selon la professeure Lucie K. Morisset, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain et spécialiste du dossier arvidien, il est clair que le portrait patrimonial du Québec n’est pas complet sans la présence de la cité qui s’est construite en 135 jours. Cela représente l’histoire du peuplement des régions. « Arvida est à l’histoire industrielle ce que La Joconde est à l’histoire de l’art », a-t-elle déclaré jeudi soir.

Le conseiller municipal du secteur, Carl Dufour, membre du Comité pour la reconnaissance patrimoniale d’Arvida (CORPA), est du même avis. La mairesse de Saguenay Josée Néron et lui-même ont livré des discours montrant tout l’engagement de la ville envers ce projet. Notamment, plus de 700 bâtiments ont reçu un statut juridique particulier dans le secteur Sainte-Thérèse.

« Ce sont des cris du coeur remarquables que j’entends de la part des élus », a souligné l’ethnologue René Bouchard, membre du Conseil du patrimoine.

Le conseil a reçu plusieurs demandes de citoyens pour inclure les quartiers de Saint-Jacques, Saint-Philippe et Saint-Mathias au projet de déclaration patrimoniale. Bien qu’ils n’aient pas été construits dans les années 20, ils font aussi partie d’Arvida et ont contribué à son histoire. Cependant, cela alourdirait beaucoup le projet selon Carl Dufour, qui préfère se concentrer sur le « noyau » de la cité utopique fondée par Arthur Vining Davis.

Le CPCQ se questionne aussi sur l’inclusion de l’usine de Rio Tinto, alors que la fabrication d’aluminium est un incontournable quand on parle d’Arvida. M. Dufour a souligné que plusieurs projets économiques comme AP60 étaient envisagés par la compagnie et que des restrictions légales pour les travaux pourraient nuire aux investissements. Toutefois, il a fait savoir que les dirigeants de la multinationale étaient sensibilisés à conserver les vieux bâtiments et que des visites sont maintenant souvent organisées.

Ces contraintes touchent aussi les citoyens, qui ont fait part de leurs préoccupations. « Il ne faut pas que la conservation empêche l’évolution », a résumé un résidant. Ils ont été rassurés par le directeur général du patrimoine et des immobilisations au ministère, Martin Pineault, qui a lui-même un faible pour Arvida. Il ne s’inquiète pas pour une augmentation de l’évaluation municipale et a référé des ressources pour la question des assurances, comme l’association des Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec (APMAQ).

Il a aussi été mention des archives qui se doivent d’être conservées et du rôle d’interprétation que désire jouer le Centre d’histoire Sir-William-Price. L’ambassadeur d’Arvida Terry Loucks, qui habite maintenant Magog, a lu un message envoyé par Dow Davis, le petit-neveu d’Arthur Vining Davis, qui était en visite la semaine passée. Il voulait aussi influencer le Conseil du patrimoine. « Arvida est beaucoup plus qu’une ville de compagnie. C’est une communauté vraie dans un monde souvent artificiel », peut-on résumer.

Arvida vise également la reconnaissance par le gouvernement fédéral et au patrimoine mondial de l’UNESCO.