Les boissons énergisantes sont au cœur du rapport d’une coroner de l’Outaouais qui a enquêté sur la mort d’un jeune homme de 21 ans, en 2016.

Boissons énergisantes: une réglementation insuffisante, plaide une coroner

«La réglementation actuelle portant sur les boissons énergisantes n’est pas suffisante», estime une coroner de l’Outaouais. Elle recommande à Santé Canada d’exiger que les compagnies qui vendent de tels produits «préviennent les consommateurs des risques» associés à l’ingestion «régulière et excessive» de ces breuvages et qu’elles cessent de les associer «aux pratiques sportives».

Zachary Mitchell n’avait que 21 ans lorsqu’il a sombré dans les eaux du lac Saint-Pierre, dans la municipalité de Val-des-Monts, le 20 août 2016. Le jeune résident d’Ottawa était « un athlète et un amateur de sport extrême », de sorte qu’il était « en excellente santé physique », indique la coroner Pascale Boulay dans son rapport, dont Le Droit a obtenu copie.

L’enquête policière a révélé que M. Mitchell s’est rendu au chalet d’un ami, en début de soirée le 19 août, et qu’il y a consommé de l’alcool avec un groupe de copains, « sans toutefois se rendre à un état d’ébriété avancé ».

« Vers 23 h 30, ils entreprennent des plongeons dans le lac, du haut de la galerie du chalet, raconte Me Boulay. Un peu avant minuit, M. Mitchell, qui est très familier avec les lieux et qui y a souvent plongé, rate son plongeon et tombe à plat ventre dans l’eau. Il remonte néanmoins à la surface en affirmant à ses amis qu’il va bien. C’est son dernier signe de vie. »

Le jeune homme a sombré dans le lac, où son corps fut retrouvé peu avant midi, le 20 août. 

L’autopsie a confirmé la noyade, tout en révélant un taux d’alcoolémie de 98 mg d’alcool par 100 mL de sang. 

Il y avait également de la caféine « à un taux suscitant des effets stimulants ».

Selon ce qui a été confié aux policiers par les amis du défunt, il avait consommé « environ six bières et quelques boissons énergisantes (Red Bull) sur une période d’environ deux heures ». 

La coroner note que le nombre de boissons énergisantes consommées est inconnu, mais que « les faits dans le dossier suggèrent au moins deux canettes ».

Me Boulay a demandé une autopsie moléculaire, pour déterminer si un autre facteur pouvait expliquer qu’un « athlète aguerri » comme Zachary Mitchell se soit noyé de la sorte alors qu’il n’était pas « grandement intoxiqué ».

 Un « variant génétique » qui peut engendrer une arythmie cardiaque en cas de stress ou d’exercice physique a été découvert.

La coroner note toutefois que malgré la présence d’une condition génétique particulière dans ce dossier, « la littérature scientifique reconnaît un lien causal plus que probable entre la survenance d’une arythmie pouvant s’avérer significative dans un contexte de pratique sportive, de consommation de boissons énergisantes notamment des sujets en santé ». 

Un risque qui était donc probablement accru dans le cas de Zachary Mitchell.

La coroner précise qu’elle ne croit pas que l’interdiction des boissons énergisantes soit la solution, mais qu’il faut plutôt que les gens prennent conscience de ce qu’ils consomment. « Encore faut-il porter le risque à leur attention », écrit-elle.

Me Boulay recommande ainsi que la direction des aliments de Santé Canada « modifie sa réglementation afin que les compagnies propriétaires de boissons énergisantes, à l’image des compagnies de tabac, préviennent les consommateurs des risques sur la santé associés à une consommation régulière et excessive des boissons énergisantes incluant dans un contexte sportif ».

Santé Canada s’est fait avare de commentaires. « Santé Canada se penche actuellement sur le rapport du coroner et en évaluera les recommandations », a-t-on répondu par écrit.

Son rapport contient également une recommandation pour que le ministère de la Santé et des Services sociaux « entreprenne une vaste campagne de sensibilisation publicitaire auprès d’un jeune public sur les risques associés à une consommation de boissons énergisantes, notamment en présentant les possibles troubles du rythme à la suite d’un effort physique incluant chez un sujet en santé, tout en réitérant les risques associés à la combinaison avec de l’alcool ».

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DÉFAIRE LE MYTHE DES BOISSONS ÉNERGISANTES LORS D'ACTIVITÉS SPORTIVES

Tout en recommandant à Santé Canada de renforcer la réglementation actuelle pour mieux prévenir la population des risques liés à la consommation de boissons énergisantes, la coroner Pascale Boulay suggère que les compagnies cessent d’associer ces breuvages «aux pratiques sportives».

Dans son rapport sur le décès de Zachary Mitchell, survenu en 2016 à Val-des-Monts, Me Boulay souligne qu’en fonction des exigences imposées par Santé Canada en 2012, les canettes de boissons énergisantes font mention des ingrédients et de la teneur en caféine. 

Il est également souligné que le produit est «déconseillé aux enfants, aux femmes enceintes ou qui allaitent, aux personnes sensibles à la caféine ou en combinaisons avec de l’alcool» et qu’il ne faut pas dépasser deux canettes par jour.

«Dans les faits, cette mise en garde m’apparaît avoir peu d’impact réel sur un jeune public, amateur de sensations fortes, écrit la coroner. Tout dans la stratégie marketing de ce produit vise à attirer un public jeune et dynamique en présentant le produit comme une boisson énergisante qui stimule corps et esprit. D’ailleurs, bien à la vue, au-dessus de la mise en garde du produit, la publicité sur la canette se lit comme suit : ‘Red Bull Energy Drink, apprécié dans le monde entier par les athlètes d’élite, les étudiants, par les professionnels très sollicités et par ceux qui font de longs voyages’.»

Me Boulay note que «contrairement au mythe», il n’est pas recommandé de consommer des boissons énergisantes en faisant du sport. «La littérature scientifique indique plutôt qu’elles peuvent représenter un facteur de risque réel d’événement cardiaque aigu», écrit-elle en précisant qu’en plus de la caféine, ces boissons contiennent d’autres substances comme «le guarana dont le grain contient deux fois plus de caféine que celui du café et un acide aminé, la taurine, lesquels décuplent les effets de la caféine dans l’organisme».

«Je comprends qu’il y a beaucoup d’argent dans les événements sportifs et mon but n’est pas de limiter les commandites, mais à un moment donné, il y a des risques qui sont associés à la consommation de boissons énergisantes, surtout dans le cadre d’événements sportifs, a-t-elle mentionné en entrevue. [...] C’est important que ce soit encadré et pour un coroner, la protection de la vie humaine va avoir préséance sur les millions qui peuvent être dépensés dans un événement sportif, alors c’est un choix de société qu’on doit faire.»