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Boisaco en Haute-Côte-Nord: menace pour le poumon économique

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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La coopérative forestière Boisaco a toujours joué profil bas. Cette fois, ses dirigeants considèrent nécessaire de mobiliser les communautés afin de préserver la raison d’être du groupe industriel, qui est de créer de l’activité économique et d’offrir des emplois de qualité à la population.

« Nous représentons une communauté, des travailleurs et l’ensemble de la population. Boisaco appartient à la communauté et son avenir est compromis avec le risque de la baisse de possibilité forestière », insiste le président du conseil d’administration, Steeve St-Gelais.

La coopérative forestière de Sacré-Coeur a par le passé démontré une grande résilience en s’adaptant à des conditions d’approvisionnement difficiles. Boisaco a développé des techniques pour récolter les arbres dans des terrains accidentés, usant d’ingéniosité et de détermination.

« Nous avons réussi avec l’engagement de nos travailleurs », tranche André Gilbert. Les gens qui connaissent bien la foresterie au Québec savent que Boisaco a fait des miracles pour se retrouver aujourd’hui avec six usines opérant sur le concept de la récupération de chaque partie de l’arbre. Boisaco ne gaspille pas une seule pelletée de bran de scie dans son complexe industriel de Sacré-Coeur et réussit aussi à exploiter le feuillu, qui est transformé dans ses usines de Saint-David-de-Falardeau et de Grandes-Bergeronnes.

Malgré cette résilience qui est devenue la marque de commerce de Boisaco, il sera difficile, voire presque impossible, selon Steeve St-Gelais, de compenser la perte de 125 000 mètres cubes d’approvisionnement en résineux. La seule solution réside dans la possibilité de maintenir la récolte dans l’unité d’aménagement 97-51, avec toutes les précautions pour protéger le caribou et un aménagement tenant compte des habitudes connues du cervidé.

Sans aucune obligation, la coopérative a réalisé dans le passé des projets spéciaux de récolte dans des aires de mise bas des femelles caribou. L’expérience a été menée dans le secteur du Poulin de Courval, en collaboration avec la communauté innue d’Essipit. Les chercheurs n’ont jamais daigné se pencher sur cette démarche, a précisé André Gilbert. Ce dernier rappelle qu’en 1960, la forêt de la Côte-Nord n’avait pratiquement subi aucune perturbation et le caribou présentait des signes de déclin, selon les observations faites par des forestiers.

L’entreprise a participé activement aux travaux des groupes opérationnels régionaux mis en place par le Ministère. Elle n’a toutefois pas obtenu de réponse à ses préoccupations jusqu’à maintenant dans le cadre de cette formule de consultation.

Le complexe industriel Boisaco a vu le jour à la fin des années 1970, à Sacré-Coeur, dans une opération « dignité » animée par le curé de la paroisse. Elle visait à mettre un terme à l’exploitation forestière sans aucune forme d’activité industrielle. Depuis, la scierie a vécu des hauts et des bas avant de devenir le pilier économique de la Haute-Côte-Nord, selon les propos des deux dirigeants de la coopérative.

Le Quotidien a transmis une question au MFFP afin de connaître les solutions identifiées pour compenser la perte de possibilité forestière découlant du déploiement du Plan de rétablissement du caribou forestier.

Les activités de Boisaco

• Usine de sciage et rabotage de Sacré-Coeur: 575 000 mètres cubes

• Sacopan: fabrication de panneaux texturés (partenariat avec Masonite)

• Ripco: fabrication de litière équestre (partenariat avec Litière Royale)

• Granulco: fabrication de granules écoénergétiques (partenariat avec Essipit)

• Usine de sciage de feuillus Valibois de Saint-David-de-Falardeau

• Usine de sciage de feuillus Bersaco de Grandes-Bergeronnes: 100 000 mètres cubes au total

• Bois du Fjord de Saguenay: vente de bois d’oeuvre en Amérique du Nord


• 600 emplois

• 180 M$ de chiffre d’affaires

Aire protégée autochtone

Les chiffres des impacts du plan caribou du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, qui font état de 125 000 mètres cubes de diminution de la possibilité forestière, pourraient changer dans les prochains mois. Ce calcul de possibilité forestière ne tient pas compte d’un projet dont le Ministère évite de faire état, qui est la création d’une aire protégée d’initiative autochtone.

Il s’agit d’un projet qui transformerait le territoire du réservoir Pipmuacan en aire protégée d’initiative autochtone. De passage à Jonquière, cette semaine, le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, est demeuré muet sur ce projet spécifique. Le Quotidien a obtenu des informations à l’effet que ce projet, qui réduira encore la possibilité forestière pour les unités d’aménagement des monts Valin et de la Côte-Nord, sera mené par la communauté de Pessamit, avec l’appui de certains groupes environnementaux.