Près de deux millions d’hectares ont été touchés par la tordeuse des bourgeons de l’épinette, au cours de la dernière année, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Bois affecté pas la tordeuse: Québec veut en récolter plus

Québec met en place une approche régionale de gestion de l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) pour récolter deux fois plus de bois affecté par l’insecte dans la région.

En 2019, ce sont plus de 1,9 million d’hectares de forêt qui ont été touchés par l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Pour l’instant, près de 15 % de forêts infestées peuvent être récupérées par l’industrie après le passage de la tordeuse. Québec en a assez de voir la quantité de ressource perdue et met en place une approche pour permettre d’en récupérer deux fois plus.

Au lieu de récolter du bois sain, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) priorisera donc la récolte sur 30 % des superficies affectées. Ainsi, la localisation des secteurs de coupe sera touchée sans toutefois augmenter la possibilité forestière. Étant donné que le sapin baumier et l’épinette blanche sont plus affectés par la tordeuse, les scieries devront donc traiter davantage de ces essences de bois.

Selon le MFFP, « l’objectif est de récolter majoritairement les volumes à risque de ne pas résister à l’épidémie, et ce, dans le but de restreindre les pertes, de maximiser l’activité économique générée par cette ressource et de fournir à l’industrie une bonne qualité de fibres propices à la transformation ».

« Notre stratégie repose sur une approche responsable qui permettra de réduire la vulnérabilité des forêts, de limiter les dégâts, de poursuivre l’approvisionnement des usines de transformation de bois et de préserver nos ressources forestières pour les années à venir », a souligné le ministre Pierre Dufour, jeudi, lors d’une conférence de presse tenue à Alma en compagnie d’Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation et député de Chicoutimi, et d’Éric Girard, député de Lac-Saint-Jean.

Dans le cadre de cette initiative, Québec mettra en place des plans d’aménagement spéciaux, à l’extérieur des territoires ciblés par la stratégie pour les caribous, lesquels permettront de favoriser la régénération de peuplements moins vulnérables à la tordeuse après la récolte. Le plan spécial permet également un dépassement de la possibilité forestière si les risques de perte de bois anticipée le nécessitent, mais le ministère n’envisage pas cette option pour l’instant. Dans certains cas, le MFFP souhaite permettre la récolte préventive des peuplements vulnérables.

Cette approche régionale a été développée dans le cadre du plan d’action global qui a pour but de réduire la vulnérabilité des forêts et de diminuer les conséquences économiques négatives du passage d’une épidémie de la TBE.

Mieux protéger les forêts

Au cours de la dernière année, 85 224 hectares de forêt ont été traités avec l’insecticide biologique Bt par la Société de protection des forêts contre les insectes et maladies (SOPFIM), ce qui représente 4,5 % des forêts infestées.

Alors que le taux de réussite de cette opération est de 97 %, Québec continuera de miser sur cette méthode efficace pour protéger les forêts.

Le 2 décembre dernier, Québec avait annoncé une modification du Programme de lutte contre la TBE en forêt privée, permettant de protéger des superficies d’un minimum de quatre hectares dès 2020, alors que la norme était de dix hectares par le passé.

Andrée Laforest estime qu’il est essentiel de protéger nos forêts régionales et de valoriser le développement des emplois en forêt.

« J’ai confiance que cette approche permettra de protéger les peuplements forestiers et de favoriser leur retour rapide à un état de forêt saine, et ce, pour les générations actuelles et futures », a-t-elle mentionné.


+

UNE MÉTA-ANALYSE SUR LE CARIBOU

D’ici la fin de 2020, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) réalisera une méta-analyse pour mettre en perspective les différences entre les trois écotypes de caribous au Québec, soit le caribou forestier, le montagnard (dans Charlevoix et en Gaspésie) et le migrateur (dans la toundra). Cette analyse permettra de mieux comprendre et de mieux mesurer les raisons du déclin des différentes populations. 

Le ministère, qui souhaite étudier la bête autant que son habitat, souligne que l’initiative vise à synthétiser les résultats des études indépendantes pour guider les décisions futures. 

« Nous souhaitons travailler de pair avec les experts du caribou afin d’analyser l’ensemble des enjeux en lien avec le déclin et d’en arriver à des constats bien précis », a expliqué le ministre Pierre Dufour.

L’Alliance forêt boréale se réjouit de cette annonce. « L’Alliance est heureuse que le ministère réalise cette méta-analyse, car cela va lui permettre d’avoir un portrait global sur le caribou, et ce, en tenant compte de toute l’information disponible, tant au Québec qu’ailleurs dans le monde, estime son président, Pascal Cloutier, aussi maire de Dolbeau-Mistassini. Ce portrait est la base sur laquelle doit reposer la future stratégie. Il aurait dû être fait depuis longtemps. »


MASHTEUIATSH S'INQUIÈTE 

(Myriam Arsenault)

Le vice-chef aux relations avec les Premières Nations et les gouvernements, Charles-Édouard Verreault, s’inquiète de l’avenir du caribou forestier avec l’annulation de certaines mesures de protection dans trois massifs forestiers. 

Celui qui est également conseiller désigné au territoire de Pekuakamiulnuatsh Takuhikan demande au gouvernement du Québec, par voie de communiqué de presse, de respecter son obligation de consultation avant de prendre des décisions qui ont des impacts sur le territoire de Masteuitash et la pratique des activités traditionnelles de ses membres.

« À la suite de cette récente annonce, notre équipe a communiqué avec le cabinet du ministre Pierre Dufour afin de connaître les motifs de cette décision et de l’absence de consultation, mais nous n’avons pas reçu de réponse satisfaisante », a-t-il écrit. 

Il a indiqué qu’il ne croyait pas qu’il y avait l’absence de caribous dans les territoires visés. « À notre connaissance, il n’y a eu aucun inventaire récent et des lacunes ont déjà été signalées à l’égard du suivi de type télémétrique qui est basé sur quelques individus, très majoritairement des femelles, alors qu’on sait fort bien qu’il existe des différences notables dans les habitudes de déplacement des individus mâles et femelles », a insisté M. Verreault.

Il a souligné que tout doit être mis en œuvre pour assurer la pérennité des ressources et le maintien de la biodiversité sur Nitassinan. Le caribou est une espèce très importante pour plusieurs Premières Nations.