Malgré la production importante de poulet et de porc au Canada, le pays reste un importateur net de ces deux catégories de viande. Le Canada est en même temps un important exportateur de viande de porc vers l’Asie.
Malgré la production importante de poulet et de porc au Canada, le pays reste un importateur net de ces deux catégories de viande. Le Canada est en même temps un important exportateur de viande de porc vers l’Asie.

Boeuf, porc, poulet: hausse de 40% à prévoir

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Les consommateurs québécois doivent s’attendre à une hausse des prix de la viande de bœuf, de porc et de poulet de 40 % prochainement en raison d’un ralentissement des exportations en provenance des États-Unis et de la réaction appréhendée du marché chinois pour la demande du porc canadien.

« J’ai contacté ce matin mon distributeur de viande pour la fin de semaine. On m’a annoncé qu’il allait y avoir une augmentation du prix du bœuf de l’ordre de 40 %. Comme dans toutes les crises, certains essaient d’en profiter. Je n’ai pas eu d’information sur le prix du porc et du poulet dans l’immédiat », a raconté au Progrès le propriétaire d’une boucherie de quartier établie depuis de nombreuses années à Chicoutimi.

Le Progrès est ensuite parvenu à contacter un important distributeur de viande du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui œuvre dans ce domaine depuis de nombreuses années. Il confirme les informations avancées par le boucher et ajoute qu’il y a aussi des hausses de prix annoncées pour le porc et le poulet, et ce, même pour la production provenant des éleveurs québécois.

« Pour le moment, ce que nos principaux fournisseurs expliquent, c’est que les Américains diminuent les exportations dans les coupes de viande et également de porc et de poulet. Il y aura une rareté pour les trois items qui font partie du panier d’épicerie des familles », insiste le distributeur.

Malgré la production importante de poulet et de porc au Canada, il faut également s’attendre à une augmentation des prix dans ces deux items. Le Canada est un pays exportateur de porc et le poulet est sous gestion de l’offre.

« Même si la hausse de prix est provoquée par une diminution des exportations américaines, il y a déjà des confirmations que le prix pour la production canadienne et québécoise va augmenter. On peut penser qu’il y aura une demande importante en provenance de la Chine pour le porc canadien et que les quantités disponibles pour le Canada seront moins importantes et que les prix vont refléter cette situation. On ne s’attend pas à ce que la viande produite au Canada permette d’éviter la hausse. La diminution des exportations américaines va créer une rareté générale et il y aura automatiquement une hausse générale des prix », a conclu le distributeur.

Ces fluctuations significatives dans les prix de la viande découlent, selon l’économiste en agronomie Catherine Brodeur, de la perturbation importante provoquée par la pandémie de coronavirus dans les chaînes de distribution alimentaire. Elle donne le simple exemple d’un distributeur dont les conducteurs de camion ne rentrent pas au travail ou même des restrictions sur la circulation entre le Canada et les États-Unis.

Pas de pénurie

« On ne manquera pas de viande au Canada. Il se peut qu’il y ait des produits un peu plus rares et que l’on soit obligé de prendre un autre produit, mais il n’y aura pas de pénurie de viande. Il faut donner du temps à la chaîne d’approvisionnement. On assiste à une chute importante de la demande dans la restauration et l’hôtellerie et on assiste à une augmentation importante de la demande pour les supermarchés », indique la spécialiste.

Elle admet que la situation est différente pour le boeuf qui provient en général de l’ouest du Canada et des États-Unis. Comme tous les spécialistes, elle n’est pas en mesure de faire des prévisions à long terme, mais reste convaincue que pour les deux grandes productions que sont le poulet et le porc, même si nous sommes dans un marché nord-américain intégré, la viande sera disponible dans les supermarchés.

Globalement, soumet la spécialiste, c’est toute la logique de la gestion des flux serrés de marchandise qui est en cause. Tout le monde gère les inventaires en fonction de la demande, sans système d’entreposage pour pallier aux situations comme celle vécue en ce moment.