Bertrand Tremblay, qui a oeuvré dans le monde du journalisme pendant 68 ans, est décédé vendredi soir.

Bertrand Tremblay: une vie au service de sa région

Doyen des journalistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Bertrand Tremblay est décédé vendredi soir, à l’âge de 89 ans, entouré de ses proches à l’hôpital de Chicoutimi.

Bertrand Tremblay a commencé une carrière exceptionnelle de journaliste en 1951. Il a travaillé pendant près de 68 ans dans le monde des médias régionaux pour diverses publications comme Le Soleil et Le Quotidien.

Il est resté actif professionnellement même pendant sa retraite. Jusqu’à tout récemment, Bertrand Tremblay signait une chronique hebdomadaire dans les pages du Quotidien. Il était un participant assidu du Cercle de presse, une institution régionale qu’il a créée pour que les journalistes puissent aborder tous les sujets avec les décideurs et qui fêtera bientôt son 50e anniversaire. Celui qui était un grand amateur de hockey a fondé et dirigé avec son frère Laurent le magazine Al13 pendant une vingtaine d’années. Encore aujourd’hui, ce magazine est une des seules publications francophones à traiter exclusivement d’aluminium.

Sur cette photo des années 50, Bertrand Tremblay montre la passion qui l’a animé durant sa carrière.

Évolution de la société

Bertrand Tremblay a été aux premières loges des transformations de la société. De l’inauguration du boulevard Talbot par Maurice Duplessis, à l’élection des premiers députés du Parti québécois dans la région, le journaliste a été le témoin et l’analyste des événements marquants de la région.

Pendant son parcours professionnel, il a croisé 10 premiers ministres québécois. Lors d’un hommage rendu par la Société des 21, M. Tremblay racontait au journaliste Louis Tremblay ce qui l’avait animé pendant toutes ces années.

«Le bien public. C’est toujours que ce que je considérais quand je prenais la plume pour commenter l’actualité. Quand les gens me parlaient de mes convictions politiques, je répondais tout simplement ‘‘le bien public’’, et que ce soit des péquistes ou des libéraux, quand ils s’égaraient de cette règle, je n’hésitais pas à les dénoncer», avait-il affirmé.

Plusieurs personnes avec lesquelles Le Quotidien a parlé (voir autre texte) ont cité le même événement dans la carrière de Bertrand Tremblay, pour illustrer l’importance qu’avait pour lui la défense des intérêts du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dans les années 70, l’aluminerie Alcan voulait transférer son centre de recherche d’Arvida à Kingston en Ontario. Bertrand Tremblay, qui était éditorialiste à l’époque, avait écrit une série de textes qui dénonçaient vivement cette décision. Trois mois plus tard, Alcan revenait sur sa décision et conservait son centre de recherche dans la région.

L’ancien éditorialiste du Quotidien, qui a reçu la médaille de l’Assemblée nationale en 2014 des mains de Stéphane Bédard, était en train de rédiger ses mémoires au moment de son décès.

Bertrand Tremblay reçoit la médaille de l’Assemblée nationale des mains de l’ancien député de Chicoutimi, Stéphane Bédard.

+

UN DÉFENSEUR INCONDITIONNEL DE LA RÉGION

Toutes les personnes qui ont côtoyé professionnellement Bertrand Tremblay font le même constat. L’homme qui nous a quittés vendredi soir était un défenseur inconditionnel des intérêts de la région, une cause qui a marqué sa vie de journaliste.

Pour Marc-André Bédard, avocat de métier et ancien ministre de la Justice péquiste dans le gouvernement de René Lévesque, M. Tremblay se démarquait par la finesse de sa connaissance de l’actualité. « C’était un analyste très consciencieux de ce qui se passait dans la région, de ce que le monde politique faisait ou refusait de faire pour la région », explique-t-il. M. Bédard a eu des échanges réguliers avec Bertrand Tremblay jusqu’à son dernier souffle.

Lucien Gendron a côtoyé Bertrand Tremblay dans les murs du Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium (CQRDA), alors qu’il en était le directeur général. Il garde le souvenir d’un homme dont le travail était estimé par tous. « Pour Al13, il a fait une quarantaine de grandes entrevues avec des personnages tels des premiers ministres, des ministres, des dirigeants, etc. Il n’y a personne qui pouvait dire non à Bertrand, tellement c’était quelqu’un dont la réputation était excellente et dont le travail était remarqué », se remémore M. Gendron.

Joint dimanche, l’homme d’affaires Gilbert Gravel a souligné la rigueur et l’honnêteté de Bertrand Tremblay, mais a préféré se souvenir de son ami qu’il fréquentait depuis des décennies. « Je l’ai connu aux Grands Revenants [une pièce de théâtre qui avait lieu pendant le Carnaval-Souvenir]. Il s’amusait à changer le texte pour passer son message régionaliste », se souvient M. Gravel avec émotion.

Dans les dernières semaines, Gilbert Gravel parlait souvent au téléphone avec Bertrand Tremblay. Il l’avait d’ailleurs invité au Championnat mondial de pétanque à Desbiens, lui qui aurait toujours voulu voir se concrétiser un projet de boulodrome à Saguenay.

Trois générations d’éditorialistes du Quotidien se trouvent sur cette photo, avec Carol Néron, François St-Gelais et Bertrand Tremblay.

Le fondateur de Remac, André Poulin, gardera le souvenir d’une personne qui était toujours active et vive d’esprit à l’aube de ses 90 ans. « Il conservait une grande curiosité et un goût d’apprendre, de transmettre les connaissances. Le premier article qui a été écrit sur moi, en tant qu’entrepreneur, c’est lui qu’il l’a écrit. C’est un privilège de dire que je faisais partie de ses amis », s’est rappelé M. Poulin. Il voyait encore le journaliste dans le Club des 21, un lieu de rencontre dans lequel on discutait à tous les mois du développement de la région.

Dans une déclaration qu’il a fait parvenir au Quotidien, le député sortant de la circonscription de Jonquière, Sylvain Gaudreault, a affirmé apprendre le décès de celui qu’il qualifie de bâtisseur avec tristesse. « Je garde le souvenir d’un journaliste professionnel qui savait allier la rigueur et l’équité avec la défense inconditionnelle de la région, notamment lorsqu’il fut le temps de protéger le laboratoire de recherche d’Alcan à Arvida », écrit M. Gaudreault.

L’ancienne première ministre, Pauline Marois, pose avec M. TRemblay et un exemplaire du magazine Al13.

+

LE FONDATEUR DU CERCLE DE PRESSE

Bertrand Tremblay laisse derrière lui le Cercle de presse, une institution unique à la région qui célébrera son cinquantième anniversaire en 2019. Chaque semaine, les acteurs de l’actualité y rencontrent les journalistes pendant une heure et répondent à leurs questions.

L’actuelle présidente du Cercle de presse et journaliste à Radio-Canada, Jessica Blackburn, raconte que même s’il était moins impliqué, Bertrand Tremblay s’informait encore de la santé du Cercle. «Un mois jour pour jour avant son décès, il m’a écrit pour me demander qui était sur l’exécutif et pour me féliciter de mon élection à la présidence.» À travers ce qui s’est avéré son dernier message, M. Tremblay a voulu s’assurer que le Cercle de presse allait lui survivre.

Jessica Blackburn gardera le souvenir d’un journaliste inspirant. «On avait toujours du plaisir à le rencontrer. Il était toujours de bonne humeur et posait toujours les bonnes questions», indique-t-elle.