Comme je le croyais, les quatre nouvelles se sont vite liées d’amitié.

Basse-cour royale et clans de poules

CHRONIQUE / J’ai eu un gros week-end. Je n’avais pourtant pas de soirée mondaine à l’agenda ni d’escapade en amoureux prévue au bord du fleuve. Nous avons plutôt passé la fin de semaine à la maison, à superviser l’intégration et l’installation de nouveaux membres de la famille. Le poulailler du jardin, occupé par deux belles poules brunes depuis l’été dernier, a accueilli de nouvelles poulettes. Deux Plymouth Rock, mieux connues sous le nom de poule grise, et deux Plymouth colombiennes. De charmants spécimens qui, il faut bien le dire, s’agencent parfaitement entre elles grâce à leur plumage digne de robes de bal. J’avais hâte au printemps, afin que mes plus vieilles aient enfin de la compagnie. Les poules aiment vivre en gang, il paraît.

On m’avait dit que l’intégration de nouveaux sujets au poulailler ne se faisait toutefois pas sans chamailleries. Il faut dire que les poules, pour ceux et celles qui ne sont pas des adeptes de la faune aviaire, sont particulièrement hiérarchiques et territoriales. Je ne me suis donné aucune chance en les baptisant avec des noms de reine. Ma plus vieille, Elizabeth (pour Elizabeth première, il faut le spécifier), m’a prouvé que c’était elle qui menait la basse-cour royale. Elle a vite pris mes deux pauvres poulettes grises comme proie, dès les premières minutes de leur rencontre.

Je ne connaissais absolument rien aux poules avant l’été dernier et je dois avouer que ce sont des animaux assez surprenants.

On m’avait donné plusieurs conseils pour que l’intégration se fasse harmonieusement et on m’avait avertie que les poules brunes étaient particulièrement hostiles aux nouvelles arrivantes. Les poules ont un petit côté raciste, il faut croire.

Samedi, donc, mon chum et moi avons passé une bonne partie de l’après-midi à guetter les chamailleries et les « picossages ». On nous avait dit de les séparer durant la journée et d’intégrer les nouvelles une fois le soleil couché.

Les Plymouth colombiennes et les Plymouth Rock s’agencent parfaitement bien.

« Lorsque les poules dorment, elles s’en rendent moins compte », m’avait-on dit. À la tombée du jour, j’ai donc rentré les nouvelles au poulailler, espérant que le tout se passe bien durant la nuit.

Dimanche matin, je n’ai pas pris le temps de me faire un café que j’étais déjà dans le poulailler. Les deux nouvelles étaient tapies au fond, en petite boule. Ma Elizabeth leur faisait encore de l’attitude.

Je suis peut-être un peu trop sentimentale et je m’implique sans doute trop émotionnellement, mais j’en voulais un peu à ma brunette de mener la vie dure aux nouvelles venues. Une fois de plus, j’ai demandé conseil. Au même titre que les hypocondriaques cherchent des diagnostics à leur symptôme via le Web, je me suis rendue sur la page Facebook Les Poules du Saguenay-Lac-Saint-Jean (non, ce n’est pas une page des plus belles filles de la région) afin de chercher du réconfort.

On m’a dit que c’était normal, que les poules se chamaillaient comme ça quelques jours avant qu’elles ne finissent par endurer la présence des autres. On m’a conseillé de mettre en cage les nouvelles durant une semaine, à la vue des anciennes, histoire qu’elles fassent connaissance graduellement. On m’a dit d’asperger les poules de poudre pour bébé, afin qu’elles sentent toute la même chose.

Mais j’ai eu une meilleure idée. Pourquoi n’adopterais-je pas deux autres poules, afin que les nouvelles soient en supériorité face aux vieilles ? De l’âgisme, me direz-vous. Non, c’était plutôt de la stratégie.

J’ai donc intégré deux autres poulettes au groupe dimanche après-midi. Comme je le croyais, les quatre nouvelles se sont vite liées d’amitié. Elles ont passé l’après-midi à « picosser » le terrain librement, telles des reines fraîchement couronnées. Mais Elizabeth n’avait évidemment pas dit son dernier mot. Elle a tout de même continué à s’en prendre un peu aux plus dociles, mais ses ardeurs semblaient s’être calmées légèrement. Espérons maintenant que ça dure.

Je ne connaissais absolument rien aux poules avant l’été dernier et je dois avouer que ce sont des animaux assez surprenants. Je dois aussi avouer que ça m’a fait un pincement au cœur lorsque j’ai quitté la maison, lundi, pour aller travailler. Mais bon, il n’existe pas de congés sociaux lorsqu’on adopte une volaille.