Richard Garneau, grand patron de Produits forestiers Résolu.

Avenir sombre pour l'industrie forestière

L'horizon s'assombrit de plus en plus pour l'industrie des pâtes et papiers. Le grand patron de Produits forestiers Résolu (PFR), Richard Garneau, prévoit des fermetures alternatives dans les usines de papier (Kénogami et Dolbeau), ainsi que des arrêts de production plus longs pour certaines scieries avec le début de la nouvelle crise du bois d'oeuvre, au début mai.
De passage au Cercle de presse mardi matin, Richard Garneau a dressé le portrait de l'industrie qui représente toujours 60 000 emplois au Québec et qui arrive à la croisée des chemins. Le nouveau régime forestier québécois a provoqué une augmentation de 10 % du coût de la ressource et ne parviendra visiblement pas à affranchir l'industrie québécoise des velléités protectionnistes de l'industrie américaine du bois d'oeuvre.
Richard Garneau a demandé au député libéral de Chicoutimi, Denis Lemieux, de se porter à la défense de la région dans ce bras de fer en intervenant auprès du gouvernement pour la mise en place d'un programme de garantie de prêt pour se défendre contre les Américains. 
« Le gouvernement canadien doit aussi travailler auprès des groupes de consommateurs américains puisque le prix du bois va augmenter et ça va empêcher des gens d'avoir accès à la propriété », a poursuivi le patron de Résolu qui souhaite une politique beaucoup plus énergique du gouvernement canadien dans ce litige.
La surtaxe n'est que l'un des éléments du conflit sur le bois d'oeuvre. Richard Garneau semble encore plus préoccupé par la possibilité que le gouvernement américain impose des quotas à l'exportation pour l'industrie canadienne afin de contrer la Colombie-Britannique. Une réduction de l'accès au marché américain de seulement 6 % (32 % en ce moment à 26 %), se traduira par la fermeture de deux à trois usines au Québec, comparables à celles de Mistassini, et c'est dans la région que Résolu exploite le plus grand nombre de scieries dans la province.
Les informations qui circulent en ce moment font surtout état de l'imposition de quotas d'exportation de l'ordre de 10 %. En marge du Cercle de presse, Richard Garneau a évoqué la possibilité que l'industrie de la Colombie-Britannique, qui dispose d'avantages importants sur celle de l'est en raison de la dimension des arbres, se tourne vers le marché intérieur du Canada, donc celui de l'est, pour écouler ses surplus de production et ainsi provoquer des fermetures de scieries au Québec et en Ontario.
En ce moment, les enquêteurs américains passent au peigne fin les activités de Résolu qui a été retenu pour l'enquête sur les allégations de concurrence déloyale de l'industrie américaine. Richard Garneau a indiqué que les Américains vérifiaient beaucoup plus que les éléments reliés au prix de la ressource naturelle et exigeaient sans cesse des précisions au questionnaire de départ. Ce sont des caisses de documents que Résolu a remis aux enquêteurs américains.
Relance de Port Hawkesbury
L'autre problème qui plombe lentement l'économie régionale est la relance de la papeterie de Port Hawkesbury en Nouvelle-Écosse avec un appui financier de l'ordre de 125 M $ du gouvernement de la Nouvelle-Écosse en plus du délestage du régime de retraite des employés. Résolu a ainsi versé jusqu'à maintenant 30 M $ au trésor américain en guise de surtaxe sur le papier surcalandré.
Richard Garneau demande comment on peut parvenir à opérer des usines de papier quand une province pose un geste qui provoque l'ajout de 350 000 tonnes de papier à impression commerciale dans un marché dont la demande baisse chaque année de 10 %. Le président de Résolu implore le gouvernement fédéral d'intervenir pour faire cesser cette concurrence déloyale en alléguant que le commerce international relève d'Ottawa.
Pour contourner la surtaxe sur le papier surcalandré imposée par le département américain du commerce en raison des subventions du gouvernement provincial à la papeterie, l'usine de Port Hawkesbury, qui est la plus moderne en Amérique du Nord, attaque maintenant les marchés du papier blanchi. C'est la papeterie d'Alma de Résolu qui risque à son tour de subir les impacts de cette concurrence.
Richard Garneau aimerait bien que le Québec se préoccupe autant de l'industrie forestière que de celle de l'aéronautique et Bombardier.
Des projets de transformation tertiaire
Résolu planche sur au moins deux projets de transformation tertiaire pour des produits du bois, mais le président Richard Garneau signale que ces projets pour de nouveaux produits génèrent beaucoup moins d'emplois que les filières traditionnelles du papier et du bois d'oeuvre. De plus, les marchés sont encore frileux pour ces initiatives.
Résolu avait dans ses cartons un projet de fabrication de fibre cellulosique. Le projet devait se concrétiser dans l'une des trois usines de papier de la région en fonction des capacités de transformation disponibles dans les raffineurs utilisés pour la production de pâte thermomécanique.
« On doit procéder au raffinage de la pâte kraft dans nos raffineurs. Ça ne crée pratiquement pas d'emplois. La fibre cellulosique sera utilisée pour remplacer l'armature d'acier dans le béton et d'autres fibres qui sont habituellement produites avec du pétrole. Il n'y a pas de marché en ce moment pour ce produit », insiste Richard Garneau.
Il est convaincu que ces marchés se développeront un jour, mais ne voit pas de solution miracle dans ces produits. Il est impossible pour le moment de remplacer les activités industrielles existantes par un produit de cette nature.
Même son de cloche pour la production de sucre à partir des copeaux pour l'alimentation des bovins. Santé Canada n'a toujours pas autorisé ce produit et le marché est pour le moment inexistant puisqu'il est occupé par l'industrie du sucre traditionnel.
Pour Richard Garneau, il n'existe encore aucun produit qui peut avoir des retombées économiques pour l'industrie forestière aussi importantes que les Américains qui investissent 50 G $ dans la construction résidentielle par année.
Sylvain Gaudreault
Gaudreault dénonce le laxisme d'Ottawa et Québec
Le député de Jonquière à l'Assemblée nationale, Sylvain Gaudreault, admet être inquiet pour l'avenir de la papeterie de Kénogami. Le conflit du bois d'oeuvre et la crise du papier surcalandré vont pénaliser en même temps l'industrie forestière québécoise avec des surtaxes à l'exportation aux États-Unis et des quotas d'exportation.
C'est plus que la tempête parfaite pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les deux usines de papiers de Kénogami et Dolbeau doivent débourser une surtaxe de 17 % tous les mois pour chaque tonne de papier exportée, et à compter du 1er mai, ce sont les scieurs qui vont être dans l'obligation de faire parvenir chaque mois un chèque au trésor américain pour payer la surtaxe sur le bois d'oeuvre.
« Ça se prépare depuis quelques semaines selon ce que j'ai pu constater en rencontrant les travailleurs. C'est inqualifiable de voir que le gouvernement fédéral ne défend pas plus l'industrie forestière québécoise auprès des Américains. Encore la semaine dernière, Ottawa a versé 100 M $ pour l'industrie de l'automobile en Ontario. Tout ce que l'on sait, c'est qu'Ottawa a accepté le principe des quotas dès le début de la négociation du bois d'oeuvre », insiste Sylvain Gaudreault.
Il reprend en rappelant que le gouvernement Couillard ne fait pas tellement mieux. Sylvain Gaudreault juge que le gouvernement du Québec fait preuve d'un laxisme jamais vu à l'endroit d'Ottawa. Le député de Jonquière s'attendrait à ce que Québec mette beaucoup plus de pression sur Ottawa pour la défense du régime forestier dont l'entrée en vigueur n'a pas semblé impressionner l'industrie américaine en plus de provoquer une hausse de 10 % du prix de la fibre au Québec.
« Devant cette situation, pour permettre de rendre l'usine Kénogami plus compétitive, je demande à la compagnie de revenir sur sa façon de répartir les revenus hydroélectriques. Résolu avait choisi de répartir les revenus des barrages de la région dans l'ensemble des revenus de l'entreprise. Elle pourrait, pour la période de la surtaxe, les attribuer uniquement à Kénogami », insiste Sylvain Gaudreault.
Dans une seconde proposition, le député croit que Résolu doit au moins mettre le pied dans les nouveaux produits comme la fibre cellulosique. Il ne met pas en doute la parole de Richard Garneau sur la faiblesse de ce marché, mais considère qu'il faut agir maintenant pour occuper ces créneaux lorsque la situation le permettra.
Finalement, ajoute Sylvain Gaudreault, le gouvernement doit obligatoirement mettre de la pression sur Ottawa afin de défendre une industrie aussi importante que celle de la forêt pour plusieurs régions du Québec alors que 60 000 emplois en dépendent.
Karine Trudel
La députée fédérale néo-démocrate de Jonquière aux Communes, Karine Trudel, a senti le besoin d'émettre un communiqué en fin de journée, mardi, pour souligner l'urgence d'agir alors que le gouvernement américain est sur le point de décréter une taxe sur le bois d'oeuvre, en plus de celle qui s'applique sur les exportations de papier surcalandré des usines de Kénogami et Dolbeau. Elle critique sévèrement l'absence de prise en considération de l'industrie forestière québécoise par le gouvernement Trudeau. 
« C'est révoltant qu'un gouvernement néglige de cette manière un secteur aussi stratégique de notre économie que celui de la foresterie ! Et on ne parle pas seulement d'une tactique politique pour garder l'opposition dans l'ignorance, mais bien de l'absence totale de signaux positifs ou encourageants, que ce soit pour l'industrie, les travailleurs et les communautés. On sent d'ailleurs que la mobilisation est en train d'atteindre un nouveau seuil », souligne la députée dans le communiqué.
(Pauline Mourrat, stagiaire) - Le nombre de caribous forestiers dans la province a considérablement augmenté depuis les dernières années, même si rien ne semble pouvoir expliquer cette évolution, selon le président et chef de la direction chez Produits forestiers Résolu, Richard Garneau. Ce dernier s'est dit très satisfait de ce changement, lors de son passage au Cercle de presse du Saguenay, mardi matin.
« Les observations faites depuis quatre ans montrent que même si le nombre n'est pas élevé, il est en constante augmentation », a déclaré M. Garneau. Même si les résultats sont très concluants, personne n'est en mesure d'expliquer ce phénomène. Dans le cadre du Plan de rétablissement du caribou forestier, le gouvernement fédéral a remarqué que seulement 35 % du territoire des caribous forestier était sujet à des perturbations. Cependant, ces perturbations n'auraient pas d'impacts majeurs sur le caribou.
« Grâce à l'aménagement forestier qui est fait depuis 13 ans, les résultats sont très positifs. Il faut tout de même insister sur la protection des grands massifs temporaires », a rappelé le président de PFR. Il se réjouit de la décision du gouvernement d'investir 7 M $ pour la préservation et l'identification de l'espèce dans la région. Malgré tout, M. Garneau appelle le gouvernement fédéral à faire preuve de réalisme quant aux changements pour cette espèce et de s'attarder aussi sur les particularités du Saguenay-Lac-Saint-Jean. « Le gouvernement provincial va déposer son plan de protection au mois d'octobre et j'espère qu'il va continuer sur la même lancée, il y a de bons résultats », a insisté Richard Garneau.
Une menace peu connue
Selon les études, le caribou forestier se nourrirait essentiellement d'arbustes à feuilles caduques et d'herbes courantes sur lesquelles se trouve le ver des méninges. Ce parasite est transmis par les excréments du chevreuil et est mortel pour les caribous. « Ce ver a eu des répercussions négatives sur l'espèce dans les Maritimes. On a appris qu'il y en avait en grand nombre au Lac-Saint-Jean et au sud de Chibougamau, mais personne n'est encore en mesure de déterminer l'impact dans la région », a expliqué Richard Garneau.