Aux villes de faire leur liste

Québec appelle les municipalités à dresser la liste de leurs bâtiments patrimoniaux et promet qu’elles auront accès à des fonds pour les préserver, afin d’éviter que d’autres pièces d’histoire comme la maison du patriote Boileau, démolie jeudi à Chambly, ne croulent elles aussi sous le pic des démolisseurs.

La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a profité de l’annonce de la reconnaissance d’Arvida comme 13e site patrimonial de la province, dimanche, à Saguenay, pour lancer un message aux municipalités.

« Si vous voulez avoir quelque aide que ce soit, faites la liste de vos biens et de vos sites patrimoniaux, pour toutes les villes du Québec, je le demande aujourd’hui », a exhorté la ministre.

« Je sais qu’il y a beaucoup de boulot, a-t-elle ensuite précisé en mêlée de presse. Mais quand même, ce serait vraiment important, pour ne pas qu’on vive des situations comme on a vécu cette semaine, c’était vraiment déplorable. »

Capitale historique de l’aluminium, Arvida, bâtie par le géant américain Alcoa, à partir de 1926, tient son nom des initiales du président de la compagnie, Arthur Vining Davis. Ce plan datant de 1925 est la réalisation de l’architecte Harry Beardslee Brainerd et de l’ingénieur Hjalmar Enar Skougor. Arvida s’est ensuite imposée sur la scène mondiale pour le rôle névralgique joué par l’usine Arvida pendant la Seconde Guerre mondiale. L’aluminerie, alors la plus importante au monde, fournissait 90% de l’aluminium du Commonwealth, à partir de 1942.
Informations: Lucie K. Morisset, Arvida Cité-modèle Capitale mondiale de l’aluminium, 2010

«  Aujourd’hui, on peut reconnaître que maintenant, Arvida n’appartient pas juste à Arvida, mais appartient au reste du Québec. C’est un joyau, c’est le 13e. C’est un événement historique, je pense qu’il faut en être très, très, fiers.  »
Carl Dufour, conseiller municipal du district 5 de Saguenay

Fonds disponibles

Sa collègue à la Culture et aux Communications, Nathalie Roy, a renchéri en ajoutant que les deux ministères souhaitent travailler en collaboration avec les municipalités pour leur permettre de réaliser « travaux d’importance » pour préserver leurs biens patrimoniaux.

« Villes, municipalités, de grâce, faites en sorte que vous citiez des immeubles, des bâtiments patrimoniaux que vous considérez qui ont une valeur à protéger, et cette liste-là, nous la voulons. Et à partir du moment où vous citez un bâtiment, vous aurez droit à de l’aide », a-t-elle lancé, en reconnaissant qu’un travail de communication devait être fait dans ce dossier.

« Aidez-nous à vous aider », a conclu la ministre.

À Saguenay, la démolition de la maison historique Bossé, sur la rue Racine, en octobre, avait soulevé de nombreuses critiques et mené à la formation, au début du mois de novembre, d’un comité sur le patrimoine.


« C’est une très, très bonne nouvelle. Maintenant, il va falloir aller plus loin : il va falloir le faire connaître, ça va devenir un produit d’appel, pas juste pour le Saguenay, pas juste pour le Québec, ça va devenir un produit d’appel mondial [...]. Ensuite, il faut qu’on continue le travail pour la reconnaissance auprès de l’UNESCO  »
Sylvain Gaudreault, député de Jonquière, qui avait fait visiter Arvida en août 2016 au ministre de la Culture de l’époque, Luc Fortin
Sylvain Gaudreault

« C’est la Modernité qui entre par la grande porte dans le patrimoine national du Québec. [...] C’est à travers Arvida que les Québécois ont accédé à la Modernité et ont accédé à la planète, finalement, par leur contribution à travers l’effort de guerre et ainsi de suite, donc c’est [la reconnaissance par Québec] extrêmement important »
Lucie K. Morisset, professeure titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain de l’UQAM et spécialiste d’Arvida, qui livre des conférences à travers le monde sur l’ancienne ville de compagnie
Lucie K. Morisset