Catherine Bérubé-Leblanc, Roch Riendeau et Janet Mark travaillent sur la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics.

Autochtones: des préjugés encore tenaces

Pendant que les audiences reprenaient à Val-d’Or, des membres de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics étaient de passage à Mashteuiatsh, lundi soir. Une dizaine de personnes issues de la communauté innue ont assisté à la séance d’information, qui visait à sensibiliser, mais aussi à recueillir de potentiels témoignages. Et les Innus de Mashteuiatsh n’échappent pas aux préjugés et à la discrimination, comme en ont fait foi quelques interventions.

« Lorsque je vais à l’hôpital, on pense tout de suite que c’est pour avoir des médicaments. »

« J’ai été victime de discrimination autant en tant que citoyenne qu’en tant qu’infirmière. Un collègue m’a déjà dit de bien surveiller un patient amérindien pour ne pas qu’il vole une marchette. J’ai vécu de la discrimination pour les autres, mais aussi pour moi, puisque je suis Amérindienne. C’est très délicat. »

« Ma fille voudrait témoigner, mais elle ne fait plus confiance à personne. »

Voilà quelques interventions qu’ont faites des participants à la séance d’information qui avait lieu au Musée amérindien de Mashteuiatsh. Il ne s’agissait pas d’audiences ni de témoignages, mais plutôt d’une rencontre visant à expliquer aux citoyens de quelle manière ils pouvaient participer à la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics. 

Cette commission, lancée par le gouvernement provincial (contrairement à la Commission d’enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées qui est de juridiction fédérale), vise à faire la lumière sur la discrimination subie par les Autochtones. Les services publics examinés sont les services policiers, correctionnels, judiciaires, les services de santé, de services sociaux et de la protection de la jeunesse. 

Par exemple, lundi à Val-d’Or, une dame Crie a raconté devant le commissaire comment elle avait été victime de discrimination lorsqu’elle a été admise dans un hôpital de Val-d’Or. 

« On parle vraiment de la façon dont les Autochtones sont traités, justement parce qu’ils sont Autochtones », a expliqué celle qui animait la soirée d’informations, Janet Mark. 

La commission avait d’ailleurs été lancée après les révélations-chocs de femmes autochtones à propos de certains policiers de Val-d’Or, mais aussi en raison de la judiciarisation abusive des itinérants autochtones, toujours à Val-d’Or. 

Les témoignages sont entendus depuis juin dernier et le rapport final est attendu à l’automne 2018.

« On se demande souvent à quoi peut bien servir une commission d’enquête, puisqu’il y en a déjà eu plusieurs, mais ce n’est pas en choisissant le statu quo que les choses vont changer », a fait valoir Jane Mark, estimant que presque tous les Autochtones ont vécu, à un moment ou à un autre, de la discrimination. Elle admet que certains Amérindiens évitent de consulter un médecin, par exemple, en raison des préjugés qu’ils doivent subir en se présentant dans un hôpital. Et les préjugés bien tenaces comme la consommation d’alcool ou de drogue des Autochtones, entre autres, pèsent sur les peuples des 11 nations québécoises. La barrière de la langue est également un autre aspect qui sera traité à la commission, notamment en ce qui concerne les services judiciaires et correctionnels. 

« Certains ne sont pas en mesure de se faire comprendre et de bien comprendre, dans les établissements correctionnels, par exemple », a ajouté Mme Mark.

Les Autochtones, mais aussi les non-Autochtones ayant été témoins de discrimination, peuvent s’inscrire à la commission pour raconter leur histoire, mais il n’est pas nécessaire de le faire à visage découvert. 

Toute la marche à suivre est disponible au www.cerp.gouv.qc.ca.