L’ancien homme politique Benoît Laprise lance, à 88 ans, son autobiographie, Au coeur de mon milieu.
L’ancien homme politique Benoît Laprise lance, à 88 ans, son autobiographie, Au coeur de mon milieu.

Autobiographie de Benoît Laprise: au cœur de sa vie

Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
À la suite du décès de sa femme, il y a 27 ans, l’ancien homme politique de Saint-Félicien Benoît Laprise a amorcé un projet d’écriture qui se voulait, à la base, personnel. Près de trois décennies plus tard, la démarche rattachée au deuil a évolué. À 88 ans, il lance son autobiographie, Au coeur de mon milieu.

L’exercice, dont le résultat s’élève à 355 pages, aura permis à l’ancien maire de Saint-Félicien (1983 à 1994) et député provincial de Roberval (1994 à 2003) de reconnecter avec ses ancêtres, l’agriculture, ses implications sociales et sa famille de neuf enfants.

« J’ai écrit la vie de ma femme. Je l’ai découverte à nouveau. J’ai quasiment eu un autre coup de foudre. J’ai ensuite participé au groupe Je me raconte de la Société d’histoire de Saint-Félicien. J’avais beaucoup de choses déjà écrites sur ma famille et la vie de mon épouse. J’ai continué d’écrire et j’ai monté ça à plus de 300 pages », indique celui qui est né en 1932, à Saint-Félicien.

L’écriture a longtemps accompagné Benoît Laprise. « J’étais maire lorsque ma femme est décédée. J’ai terminé mon mandat et je suis ensuite devenu député provincial. Dans ces années-là, j’écrivais le soir. J’avais du temps de libre le soir. J’écrivais sur ce que j’avais vécu avec elle. Je me suis rapprochée des enfants et des petits-enfants », confie celui dont la famille compte également 15 petits-enfants et six arrière-petits-enfants.

Près de 30 ans après la mort de sa femme, Benoît Laprise confirme que c’est grâce à elle qu’il a eu du succès en politique. « Elle était très accueillante. Les gens l’aimaient. On avait neuf enfants, dont un handicapé. Ça lui faisait beaucoup de travail, mais elle était toujours là. C’était important pour elle », souligne-t-il avec émotion.

Dernier d’une famille de quatre enfants, il est d’avis que la vie et les nombreuses rencontres qu’il a faites lui ont permis de bonifier sa septième année obtenue dans une école de rang. « C’était 15 heures par jour, sept jours par semaine. J’ai pris mes premières vacances à 55 ans. Je m’étais coincé le coude dans la presse à foins. J’étais en convalescence. Je suis parti en Floride avec ma femme. C’était la première fois qu’on partait en vacances », se remémore-t-il.

Le projet d’écrire sa vie à la main aura permis à Benoît Laprise de revivre plusieurs événements, en plus de se libérer du lourd souvenir d’autres. « En politique, il y a certaines choses qui ne vont pas toujours à notre goût. Ça m’a permis de repasser ça et de dire que malgré les inconvénients, on a réussi, avec une équipe. Je rends hommage à ceux qui ont travaillé avec moi. Je mets en valeur des hommes qui ont été inspirants pour moi, des hommes comme Alfred Hamel et Antoine Tardif. Ce sont des gens avec qui j’ai aimé travailler. On a réalisé de belles choses sans intérêt personnel », indique l’homme.

Après avoir oeuvré sous la gouverne de trois premiers ministres, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry, Benoît Laprise a pris la décision de ne pas se représenter après « deux beaux mandats », à l’âge de 71 ans. « J’aurais pu faire un autre mandat, mais ça ne me le disait plus. Quand Lucien Bouchard a décidé de partir, j’ai dit que je ne me représenterais pas. J’aimais beaucoup travailler avec lui. On savait où on allait. Il consultait beaucoup », témoigne celui qui était l’élu le plus âgé de l’Assemblée nationale au moment de son départ.

Maintenant que son autobiographie est publiée, Benoît Laprise pourrait bien se lancer dans un autre projet d’écriture dédié, cette fois, à la politique.

L’autobiographie de Benoît Laprise, Au coeur de mon milieu, est en vente au Mégaburo de Saint-Félicien et de Roberval. D’autres points de vente pourraient éventuellement s’ajouter.

« Je souhaite que les gens le lisent. Ils vont se retrouver là-dedans. Ils vont retrouver une époque qu’ils ont connue. Les gens vont comprendre des choses », conclut Benoît Laprise.

L’autobiographie de Benoît Laprise devait initialement être lancée à Pâques. Pandémie oblige, le lancement s’est fait au cours des derniers jours en compagnie de quelques amis et membres de la famille.
C’est dans son bureau situé au sous-sol que Benoît Laprise écrit, un espace qui lui offre un regard sur le passé. Photos de famille, documents officiels et souvenirs y cohabitent.

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ENCORE DES CHOSES À ÉCRIRE

Maintenant que son autobiographie est publiée, Benoît Laprise pourrait bien se lancer dans un autre projet d’écriture. L’esprit fort aiguisé, l’homme de 88 ans aimerait reprendre le crayon pour aborder ce qui l’a accompagné presque tout au long de sa vie professionnelle: la politique. 

« On verra. Si ça va bien pour celui-ci, je vais peut-être regarder pour autre chose. Compléter la partie politique. J’aurais des choses à dire sur la façon qu’on devrait aborder la politique aujourd’hui et sur la façon dont les députés devraient être utilisés dans leur milieu », affirme-t-il.

Ancien député de la circonscription provinciale de Roberval, de 1994 à 2003, il aimerait que les élus consultent davantage la population.

« Le gouvernement engage des firmes extérieures pour faire des études sur un sujet donné dans une région donnée. Si les députés avaient un peu plus de ressources, ils pourraient faire le constat avec leur population et la consulter sur des problèmes locaux. Faire des consultations populaires dans chacun des comtés. On aurait peut-être des recommandations plus proches des besoins de la population », lance-t-il. 

Celui qui a, à l’époque, collaboré au dossier du CLSC de Saint-Félicien, qui fut le premier du Saguenay–Lac-Saint-Jean, rappelle l’importance, encore plus en période de pandémie, des services de proximité.

Gouverner en pleine crise

Celui qui a été conseiller municipal et maire de Saint-Félicien avant d’être député provincial est d’avis que l’actuelle pandémie s’est avérée difficile, autant pour la population que pour les politiciens. 

« C’est là qu’on voit qu’il y a des choses qui ont été négligées pendant un certain temps, sur la dimension des soins à domicile et des soins plus personnalisés », souligne celui qui a refusé de se présenter en politique fédérale, en 1984, en raison du jeune âge de ses enfants. 

Après 13 années dans le milieu scolaire, 13 autres en politique municipale et près de 10 autres en politique provinciale, Benoît Laprise rappelle l’importance de faire le saut dans cet univers pour les bonnes raisons.

« Le secret en politique, c’est d’être proche du monde. Si tu y vas que pour toi, tu es mieux de ne pas y aller », conclut-il, avec, à 88 ans, la même passion dans le regard.