Audiences du BAPE: des défis pour contourner Jonquière

(Denis Villeneuve) - La problématique du transport ferroviaire intrarégional a été amené sur la table, mercredi après-midi, deuxième journée de consultation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), alors qu’on a pu apprendre que Saguenay travaille présentement sur des solutions pour contourner l’arrondissement de Jonquière ainsi que le secteur d’Arvida. Ces audiences portent sur le projet d’implantation d’une usine de transformation de concentré de fer par Métaux BlackRock (MBR), tenue à l’Hôtel La Saguenéenne.

Comme c’était le cas mardi soir, le public a été invité à poser ses questions au promoteur et c’est le conseiller de Chibougamau, Alain Poirier, qui a ouvert la marche en laissant entendre qu’un sentiment d’improvisation entoure la façon dont les 825 000 tonnes de minerai seront acheminées vers Grande-Anse en raison des changements apportés par MBR.

Le président directeur général, Jean Rainville, a réitéré que le transport par train demeure l’option privilégiée, mais que ce mode de transport se bute à toutes sortes de difficultés structurelles. Pierre Cossette, conseiller juridique de MBR, a expliqué que le lien ferroviaire entre Chibougamau et Grande-Anse est partagé entre des rails de juridiction légale qui appartiennent au CN, entre Chibougamau et Jonquière, tandis que le tronçon entre Jonquière et La Baie, de juridiction provinciale, appartient à Roberval-Saguenay. La dernière portion de 12 km est propriété du Port de Grande-Anse. « Il y a deux semaines, nous avons eu une rencontre et Roberval-Saguenay se montre disposé à recevoir nos wagons, tandis que le CN ne veut pas aller plus loin que Jonquière, puisque sa juridiction s’arrête là », explique M. Cossette.

Sur le plan des opérations, les choses se compliquent en terme de coûts et de logistique, puisqu’il y aurait lieu d’effectuer une interconnexion entre le CN et Roberval-Saguenay, dans un secteur où existe un goulot d’étranglement en raison de la présence du Complexe Jonquière de Rio Tinto.

MBR envisage une seconde option, qui consisterait à effectuer le transport par camionnage, en utilisant des camions hors route de 100 tonnes sur une distance de 25 km entre la future mine et l’ancien site de la Scierie Gagnon, qui deviendrait un site de transbordement pour acheminer le minerai avec des camions de 40 tonnes jusqu’au Saguenay. Une autre option consisterait à construire une route de 80 km en forêt pour transporter le minerai sur les routes 167, 169, 170 et l’autoroute 70. L’utilisation de camions générerait annuellement environ 25 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES) comparativement à 13 700 pour le train.

David Dufour, directeur-régions de MBR, a déclaré que peu importe la solution retenue, on se buterait à des problèmes d’acceptabilité sociale à la lumière des consultations effectuées, puisque des communautés auraient à subir le transport de trois convois de 65 wagons par semaine ou la présence de 120 chargements de camions quotidiennement sur les routes régionales.

En réponse à une question soulevée par le président de la commission, Michel Germain, l’architecte et urbaniste de Saguenay, Roger Lavoie, a mentionné qu’une étude est en cours, en vue de l’aménagement d’une voie d’évitement du réseau de Roberval-Saguenay à la hauteur d’Arvida, ainsi que d’une voie d’évitement de l’arrondissement de Jonquière dans la partie nord. Les résultats de l’étude sont attendus à la mi-juillet. M. Germain a demandé à ce que le document soit déposé au BAPE.

Par ailleurs, les services juridiques de Rio Tinto ont refusé que MBR dépose ou rende publique l’offre de services qui a été signée entre les deux entités pour le transport du minerai.

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LE BRUIT PRÉOCCUPE LES COMMISSAIRES

(Dominique Gobeil) - 

La première partie des consultations publiques du BAPE concernant le projet d’usine de Métaux BlackRock à Saguenay s’est conclue mercredi soir après que les responsables de la commission aient fait part de diverses préoccupations, notamment sur le plan du bruit.

Selon la modélisation de l’entreprise, un seuil de 44 décibels peut être atteint la nuit dans une zone où se trouve une résidence, en raison des activités industrielles. Dans le secteur de Grande-Anse, on estime que le trafic routier serait augmenté de 260 % si cette option est retenue.

Ce niveau sonore peut occasionner des problèmes de sommeil chez certaines personnes, a indiqué David Simard de la direction régionale de la santé publique. Toutefois, le directeur général de Port Saguenay, Carl Laberge, a précisé que la propriété avait été acquise en juin par l’administration portuaire. D’autres maisons se trouvent un peu plus loin. La commission s’est aussi interrogée sur les mesures d’urgence supplémentaires que la Ville de Saguenay pourrait prendre, en raison de la présence d’une nouvelle usine sur son territoire. Spécialiste en ce domaine pour la Sécurité publique de Saguenay, Sylvain Bouchard a assuré qu’un comité spécial serait mis en place à l’automne pour se pencher sur la question.

La Ville a également rappelé que la rivière Saguenay est considérée comme un « paysage fondamental » et qu’il faut garder son intérêt esthétique, avec la conservation des boisés par exemple.

Du côté de la qualité de l’air, le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques croit que le niveau d’émissions de l’usine respecterait les normes, à condition que la liste de contaminants fournie soit exhaustive. Des vérifications devront être faites lorsque les procédés d’ingénierie seront plus détaillés. Si des citoyens ont des questions supplémentaires qui n’ont pas été posées pendant la première partie des consultations, ils peuvent les faire parvenir à la commission au usine‑blackrock@bape.gouv.qc.ca. Ceux qui désirent déposer un mémoire doivent envoyer leur avis d’intention avant le 3 juillet, puis transmettre le document avant le 12 juillet. La deuxième partie des consultations, soit la présentation des mémoires, se déroulera le 16 juillet à l’hôtel La Saguenéenne.