Le directeur général de la CLAP, Marc Archer, et le biologiste Patrick Lavoie.

Audiances du BAPE: La pêche sportive à considérer

La Corporation de LACtivité pêche Lac-Saint-Jean a déposé un mémoire contenant 22 recommandations pour aider la commission du BAPE à produire un rapport qui tiendra compte tout autant de la problématique de l'érosion des berges que de la production biologique du plan d'eau pour soutenir la pêche sportive.
Le mémoire de la CLAP était grandement attendu puisque les questions relatives à la production biologique du lac Saint-Jean n'avaient pas encore soulevé beaucoup de discussions depuis de début de la commission. Le directeur de la corporation et biologiste Marc Archer a placé rapidement l'importance de l'activité économique générée par la pêche sportive en plus de la présence dans ce plan d'eau de l'une des plus importantes populations de ouananiches sauvages au monde, d'où sa réputation centenaire du « Royaume de la ouananiche ».
La CLAP, à titre de membre des parties prenantes, endosse le mémoire Un lac pour tous et l'entente sur la gestion participative. Par contre, elle émet de sérieuses réserves quant au scénario de gestion retenu dans le cadre de ces discussions. Ces réserves reposent sur la faiblesse des gains environnementaux et fauniques de cette modalité de gestion qui consiste à monter le niveau dans la fourchette de 17 pieds quelques jours au printemps.
« Considérant les réticences de nombreux autres intervenants et les risques de toutes sortes associés à des niveaux supérieurs à 16,5 pieds, on l'a tous constaté ce printemps, le scénario de gestion devra être soumis à une rigoureuse analyse environnementale et faunique. Idéalement, la gestion de la crue se devra d'être adaptable, modulable à l'usage, suivant les constats et les avis scientifiques des ministères concernés (Environnement et Faune et Parc) », a indiqué Marc Archer.
Dans son résumé, la corporation avance que le mode de gestion en place depuis 30 ans a été défavorable pour la production biologique du pourtour du lac Saint-Jean, incluant les milieux humides. Pour l'organisme il est primordial pour la suite des choses que Rio Tinto accentue les travaux de recherche sur les impacts du programme sur cette productivité biologique.
Plusieurs recommandations de gestion du niveau du lac visent la période printanière qui constitue pour plusieurs espèces un moment important pour la reproduction. Ce sont des considérations essentiellement biologiques qui appuient ces recommandations.
La CLAP demande d'autre part à la commission de proscrire le rechargement à partir de bancs d'emprunt subaquatiques ou riverains afin d'éviter de perturber des habitats fauniques. Cette idée a été soulevée par certains intervenants pour conserver le sable naturel des plages qui est emporté par l'érosion.
« La pérennité des ressources halieutiques et de la pêche sportive au lac Saint-Jean passe par la conservation d'habitats fauniques de qualité et le maintien d'abondantes populations de poissons-fourrages. Il est donc essentiel que le programme 2017-2026 et la gestion du niveau de l'eau n'aient pas d'impacts significatifs à ces égards. Dans le cas contraire, des mesures d'atténuation ou de compensation devront être appliquées, dans le cadre d'une gestion durable et multi-usage du lac Saint-Jean », a conclu Marc Archer.
Conseil régional de l'environnement
Le Conseil régional de l'environnement a adopté sensiblement la même position quant au scénario de gestion identifié par le comité des parties prenantes. Il émet des réserves quant à ce choix qui comporte certains désavantages par rapport aux gains environnementaux.
D'autre part, la présidente du conseil, Monique Laberge, a dit souhaiter que dans la structure de la gestion participative, le comité des parties prenantes ait le même statut que Rio Tinto dans le processus décisionnel.
Le conseil a attiré l'attention des commissaires sur les problèmes majeurs d'érosion du Parc national de la Pointe-Taillon et de l'île Boulianne où des pertes de plusieurs mètres ont été mesurées à certains endroits. Il s'agit d'un autre groupe qui exige de Rio Tinto d'agir de façon responsable face aux problèmes d'érosion des terres publiques, principalement le parc provincial.
Josée Robertson a discuté de la situation du Camping Robertson.
La gestion immobilière à mettre dans le décret
Les dirigeants de Riverains Lac-Saint-Jean 2000 ont demandé aux commissaires du BAPE de recommander au gouvernement d'inclure la gestion immobilière des terrains (riverains sous bail) dans le prochain décret afin de stabiliser le marché immobilier.
Cette question est externe au mandat de la présente commission et confirme la grande inquiétude qui persiste chez les riverains en ce qui concerne l'éventuelle vente des terrains appartenant toujours à la multinationale qui font l'objet de contrats de location.
Pour l'organisme, il est impératif que cette problématique ne soit pas repoussée au lendemain de l'adoption d'un décret. Rio Tinto avait fait savoir qu'elle entendait vendre aux détenteurs des baux les terrains tout en conservant ses droits de baignade et donc d'érosion des berges.
En ce qui concerne l'entente sur la gestion participative, le président Marcel Duchesne a souligné les craintes des riverains et surtout le blocage systématique du gouvernement de l'entreprise à moderniser tout le volet des droits historiques. Le groupe de pression avait pourtant été informé par une sous-ministre du gouvernement du Québec qu'il serait tout à fait normal qu'un ajustement de ces droits soit réalisé pour tenir compte des nouvelles réalités d'utilisation du plan d'eau.
Le caractère secret des négociations menées par un sous-ministre du gouvernement du Québec qui a mis beaucoup de pression pour que les MRC et Mashteuiatsh acceptent l'entente de gestion participative a provoqué la démission de certains des représentants de l'organisme au sein du comité des parties prenantes. 
En raison de toute la méfiance qui persiste entre les riverains et Rio Tinto, le groupe exige la présence d'un représentant officiel au sein du comité de gestion participative. Il recommande de plus la création d'une sorte de facilitateur qui interviendrait entre les riverains et l'entreprise en cas de désaccord sur les travaux projetés.
L'organisme en arrive à la conclusion que le décret de 1985 n'a jamais été un compromis acceptable pour les riverains. Il doute très fortement que le prochain décret soit un compromis acceptable pour les riverains alors que la méfiance persiste toujours. 
Plage Robertson
La propriétaire de la plage Robertson, Josée Robertson, a résumé en deux phrases toute la problématique de la relation entre Rio Tinto et les riverains en fonction des droits historiques de l'entreprise. Ce sont des événements qui ont eu lieu au cours des dernières heures.
Rio Tinto devait présenter un projet de réparation de la plage sur papier au Camping Robertson, selon l'entente convenue avec le conseil de bande, incluant un échantillon du sable utilisé. La gestionnaire du camping a reçu un appel de Rio Tinto voulant que la machinerie arrivait sur le terrain pour faire le projet sans aucune discussion sur la nature des travaux.
Josée Robertson n'a aucun recours pour refuser les travaux puisque la compagnie a le droit d'éroder jusqu'à un niveau de 17,5 pieds sans obligation de réparer les dommages. Elle réalise donc les travaux comme elle l'entend.
Le riverain Éric Scullion est l'un des démissionnaires du comité des parties prenantes. Ce dernier a déposé un mémoire constitué essentiellement d'une longue vidéo illustrant et résumant la problématique de l'érosion et ses conséquences sur les berges. Il s'agit d'un très long travail qui regroupe des scènes le long de la pointe Taillon et de certains autres secteurs où l'érosion a causé des dommages importants dans les dernières années.
Litige autour des droits historiques
Le biologiste et directeur de la Chaire en écoconseil de l'Université du Québec à Chicoutimi, Claude Villeneuve, avait prévenu que l'absence de clarification des droits historiques de Rio Tinto sur le lac Saint-Jean allait « pourrir » le processus et il semble que ces prévisions étaient justes.
Claude Villeneuve avait alors fait l'analogie entre les modifications des règlements pour l'utilisation des chevaux dans les villes le siècle dernier et la modification de ces règlements avec la disparition de ce moyen de locomotion. Des lois et décrets adoptés en 1922 et 1926 ne sont visiblement plus adaptés à la situation d'aujourd'hui.
Dans son mémoire, l'association des riverains de la plage Wilson a dénoncé le mode de négociation confidentielle qui a mené à la signature de l'entente de gestion participative. 
Le président de l'association, Gérald O'Bomsawin, a rappelé au BAPE que les riverains ont pratiquement été exclus de cette négociation. Les fonctionnaires du gouvernement du Québec ont également passé le message aux parties prenantes qu'il ne serait pas une très bonne idée de questionner les droits historiques de l'entreprise.
Le président de l'association a rappelé les déclarations du premier ministre Philippe Couillard lors de l'annonce de la conclusion de l'entente où le chef du gouvernement écartait définitivement toute possibilité de revoir les droits de l'entreprise pour les ajuster à la nouvelle réalité du lac Saint-Jean.
Audiences en bref
Jean Paradis a déposé un mémoire composé uniquement de 55 photographies. Il s'agit selon son interprétation d'un mémoire de « 55 000 mots ». Le document illustre les dommages causés aux berges au cours des 30 dernières années, et ce, dans différents secteurs du pourtour du plan d'eau. Ce sont, comme plusieurs documents visuels présentés au BAPE depuis le début de cette commission, des images pratiquement « apocalyptiques » des plages et autres structures. « Les berges sont malades, on montre le malade. Quand le bain renverse, c'est qu'il y a trop d'eau dans le bain. C'est assez simple à comprendre, il faut baisser le niveau », a résumé celui qui se présente aujourd'hui comme un amateur de plein air intéressé par l'utilisation du territoire.
***
La Corporation des camionneurs en vrac 02 a déposé un mémoire d'appui au Porgramme de stabilisation des berges 2017-2026 présenté par Rio Tinto et en ce moment soumis au BAPE. Le directeur général de la corporation a expliqué rapidement aux membres de la commission que l'entreprise avait toujours privilégié la politique de la multiplication des contrats avec les camionneurs au lieu de confier à une seule entreprise le transport des matériaux. Cette politique a favorisé les membres de la corporation pour qui les travaux de stabilisation représentent un volume de travail considérable. Il s'agit d'une manne qui arrive généralement dans une période où il y a un ralentissement dans cette industrie. Selon la réponse formulée par Rio Tinto au terme de la période d'information du promoteur, l'entreprise a déversé sur les plages du lac Saint-Jean pas moins de 250 000 camions de type « 10 roues » de sable pour le rechargement des berges. Ces chiffres ne comprennent pas les voyages de pierre utilisés par la construction des structures permanentes (perrés, murs de pierre et épis). La corporation souhaite que l'entreprise poursuive ses travaux avec les mêmes cadres d'allocation des contrats pour le transport du matériel..
***
Au lendemain de l'adoption du premier décret pour le programme de stabilisation des berges en 1985, le grand patron d'Alcan dans la région, Gilles Chevalier, avait confié au Quotidien dans une rencontre au restaurant Le Doyen d'Alma que le processus d'audiences publiques avait été pour lui l'un des moments les plus difficiles de sa carrière de gestionnaire. Il avait comparé cet exercice à un véritable procès fait à l'entreprise pour sa présence dans la région depuis 1926. L'audience actuelle sert du même exutoire pour les riverains. Ils défilent à titre personnel ou sous le parapluie d'une association, pour faire le procès des gestionnaires du programme de stabilisation au cours des 30 dernières années alors que selon les documents visuels présentés, le promoteur a transformé le pourtour du lac Saint-Jean en remplaçant les matériaux disparus sous l'effet de l'érosion par des matériaux qui n'ont aucune commune mesure avec l'aspect naturel et historique du pourtour du lac. Lors des audiences du début des années 1980, une centaine de mémoires ont été déposés à la commission. Dans le cadre de l'exercice actuel, la commission du BAPE devrait recevoir une vingtaine de mémoires.