L’atterrissage forcé d’un Boeing 757 d’Icelandair avait déclenché un processus de sécurité à Bagotville, en octobre.

Atterrissage forcé d'un Boeing 757 d’Icelandair: le travail d’un opérateur souligné

La 3e Escadre de Bagotville a décidé de souligner le professionnalisme dont a fait preuve l’un de ses opérateurs de contrôle aérospatial, dans la soirée du 19 octobre, lorsqu’un Boeing 757 d’Icelandair a déclaré une situation d’urgence en raison d’une fissure dans le pare-brise du pilote.

Le conseiller de vol Martin Bélair, caporal dans l’Aviation royale canadienne, était seul dans la tour de contrôle et se préparait à guider l’atterrissage de son dernier avion de la soirée, un DASH 8 d’Air Canada Jazz, lorsqu’il a remarqué, sur son radar, un Boeing 757 à une altitude de 32 000 pieds au-dessus de l’aéroport, affichant le code transpondeur 7700.

Le transpondeur est un appareil obligatoire dans tous les aéronefs pénétrant dans une zone de contrôle. Il communique automatiquement avec le radar pour y afficher des informations sur son altitude, sa vitesse, le type d’avion et il a un code à quatre chiffres sélectionnés par le pilote pour l’identifier tout le long de son parcours.

Mais ce code peut aussi servir en cas d’urgence. Par exemple, s’il y a des pirates de l’air à bord, le pilote va sélectionner le code 7500, ce qui va déclencher une alarme dans la tour de contrôle. S’il a une panne de communication, il va afficher 7600 et pour toute autre urgence, 7700.

Au moment où il a vu le code d’urgence et constaté que l’avion avait amorcé une descente rapide, le caporal a communiqué avec le contrôleur du terminal de vol aux instruments (qui suit les avions dans l’espace aérien supérieur) pour savoir s’il avait établi un contact radio avec le pilote.

Le caporal Martin Bélair

«Malheureusement, le contrôleur terminal n’avait aucune information sur la nature de l’urgence et n’avait pas été contacté par le pilote. Quelques instants plus tard, le caporal Bélair a reçu un appel du secteur de la défense aérienne du Canada (CADS) à North Bay, qui avait également remarqué l’alerte et a voulu savoir si Icelandair688 avait l’intention de ‘‘débarquer’’ à Bagotville», va rapporter le journal interne de Bagotville Le Vortex, dans sa prochaine édition.

Martin Bélair a transmis le peu d’informations qu’il avait avant de retourner à sa tâche plus urgente de donner les instructions d’atterrissage à l’avion d’Air Canada qui était à ce moment en finale pour la piste 11. Quelques minutes plus tard, au moment où le DASH 8 de Jazz posait ses roues, le pilote du B-757 contactait le terminal de Bagotville pour l’informer de son intention d’atterrir, sans expliquer la nature de l’urgence.

«À 22h04, le caporal Bélair a activé le système d’alarme de la base afin d’informer tous les membres du personnel d’intervention d’urgence (pompiers, police militaire, centre des opérations) de l’arrivée de cet aéronef et que d’autres renseignements suivront. Les pompiers ont réagi rapidement et étaient prêts à prendre leurs positions d’urgence à 22h06.» Quelques instants plus tard, le caporal relayait aux véhicules d’urgences que l’aéronef comptait 164 personnes à bord, 194 000 livres de carburant et qu’une fenêtre fissurée menaçait de rompre, ce qui aurait causé une dépressurisation explosive dans l’avion, une situation potentiellement très dangereuse.

Au moment où le pilote d’Icelandair l’a informé qu’il était prêt à atterrir, le caporal Bélair a dû patiemment lui expliquer les précautions particulières à prendre à Bagotville, en raison des câbles d’arrêts pour les CF-18 (comme ceux qu’on voit sur les porte-avions) installés à 1000 pieds du seuil de piste.

«Au cours des deux heures qui ont suivi, Martin Bélair est devenu le centre de toutes les communications et de la coordination d’Icelandair, en jonglant avec les demandes de North Bay, de Transports Canada, des opérations de l’Escadre, du terminal du Saguenay, de la police militaire, des services médicaux, des pompiers et du pilote d’Icelandair. L’atterrissage d’urgence imprévu a exigé la surveillance policière jusqu’à l’arrivée des douanes à l’aéroport, l’arrangement pour le transport des 164 passagers vers un hôtel local et plusieurs coordinations avec des agences extérieures», poursuit Le Vortex, ajoutant que le caporal Martin Bélair a fait preuve d’une compétence exceptionnelle et d’un professionnalisme admirable. «Il a su répondre efficacement à tous les défis qui lui ont été présentés cette nuit-là et a fait honneur et fierté au métier AC op et aux conseillers de vol, au contrôle de la circulation aérienne de Bagotville et aux forces armées canadiennes.»

Les conseillers de vols sont des opérateurs de contrôle aérospatial (AC op) expérimentés et qualifiés pour assumer les fonctions et les responsabilités d’un agent de contrôle du trafic aérien (tour) pendant des soirées et des nuits dans la plupart des escadres de l’Aviation royale canadienne, mais ce ne sont pas des contrôleurs aériens, un rôle réservé aux officiers. Cela signifie qu’ils ne donnent pas des instructions que les pilotes doivent suivre, mais des recommandations qui laissent aux pilotes la responsabilité d’assumer leurs choix.