Jacques Bouchard a pris le chemin de la détention pour un crime remontant à 1980.

Attentats à la pudeur: il paie sa dette 40 ans plus tard

Le Jonquiérois Jacques Bouchard a pris le chemin de la détention pour les 12 prochains mois. Il paie aujourd’hui le crime qu’il a commis il y a plus de 40 ans, soit d’avoir commis des attentats à la pudeur sur une adolescente de 14 ans.

Le juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec, a entériné la suggestion commune de Me Mélanie Paré, du bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), et de Me Charles Cantin, en défense, suggestion qui avait été faite en mai dernier, après le dépôt du rapport présentenciel.

L’homme de 76 ans avait reconnu en décembre 2018 avoir touché les seins de la jeune fille, de l’avoir embrassée contre son gré et de l’avoir obligée à le masturber jusqu’à l’éjaculation. Ces événements se sont produits entre 1978 et 1980.

« Ces crimes sexuels ont été commis il y a environ 41 ans. La victime était une adolescente. Une peine en collectivité aurait été possible, mais la société nous dit, aujourd’hui, qu’elle veut que les tribunaux protègent les enfants, même s’il s’agit ici d’un crime d’époque », a précisé Me Paré.

« La victime a eu une enfance difficile et elle a eu droit à du bonheur lorsqu’elle a connu l’accusé. Elle ne se rendait pas compte à l’époque de la gravité des gestes. Mais aujourd’hui, elle s’aperçoit que ces événements l’ont brisée », a repris la procureure de la Couronne.

Une fois les plaidoyers de culpabilité enregistrés en décembre dernier, le juge Lortie a demandé la confection d’un rapport présentenciel. Les conclusions parlent d’un risque de récidive assez faible, mais on y note que l’homme n’éprouve pas beaucoup d’empathie envers la victime, aujourd’hui âgée d’une cinquantaine d’années.

En défense, Me Cantin a tenu à rassurer la dame qu’elle n’avait rien à craindre de son agresseur, que celui-ci purgera la peine qui lui est imposée.

« Mon client était sans antécédent judiciaire. Une chose est certaine : vous le ne reverrez jamais au tribunal », a mentionné Me Cantin.

Durant les représentations des procureurs, Jacques Bouchard est demeuré debout, bien droit dans la boîte aux témoins. Il n’a pas bronché, n’a pas dit un mot. Pas une seule fois, il s’est retourné pour jeter un regard envers la victime ou les proches qui l’accompagnaient.

« Les avocats ont effectué un sérieux travail d’analyse dans ce dossier. J’ai une bonne image de la situation et j’ai eu le temps de prendre connaissance des conséquences sur la victime », a dit le juge.

« Maintenant, vous allez payer votre dette à la société, car j’accepte la suggestion commune. Et en second lieu, je souhaite bonne chance à la victime, en espérant qu’elle pourra tourner la page », a conclu le magistrat.

Lorsque le magistrat a terminé l’énoncé de la peine et les ordonnances d’ADN, de registre des délinquants sexuels et l’interdiction de contacts avec la victime, Bouchard a pris le chemin du bloc cellulaire avant d’être amené au Centre de détention de Roberval.

Du côté de la victime, elle ne s’est pas adressée au tribunal, l’ayant fait en mai dernier. Elle avait raconté qu’il s’agissait d’une victoire pour elle de se retrouver devant un juge.

« J’attends ce moment depuis 41 ans. Je voulais vous parler des conséquences très graves qu’ont eues les gestes sur ma vie. La dépression, l’isolement et les difficultés à m’attacher m’ont suivie toute ma vie. Mais le pire, c’est qu’il m’a enlevé ma capacité à faire confiance aux autres. Je n’oublierais jamais le jour où tout a commencé. J’étais catastrophée et je me suis tue, en espérant que ça ne se reproduise pas », avait alors expliqué la victime.