Dans cette affaire, Charlie Tremblay a déjà été reconnu coupable de voies de fait graves et a été condamné à deux ans moins un jour de prison.

Attaque à la bouteille de bière: la responsabilité partagée en jeu

Le juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec, devra se pencher sur la notion de préméditation et de responsabilité individuelle dans le dossier d’une attaque à la bouteille de bière à l’endroit d’un joueur de football des Gaillards du Cégep de Jonquière de nationalité française. Alec Leblond et Jordan Bradette, deux Jonquièrois dans la vingtaine, ont été impliqués dans cette agression survenue dans un bar de Jonquière en août 2018.

Le juge Lortie a entendu les représentations sur sentence portées par Me Jean-Sébastien Lebel, de la Couronne, et par Me Julien Boulianne, de la défense. Lors de procédures précédentes, les deux individus ont plaidé coupable à des accusations de voies de fait avec lésion dans le cas de Leblond et de deux chefs de voies de fait sur deux personnes pour ce qui est de Bradette.

Les faits reliés à la cause remontent en août 2018 et se déroulent en deux épisodes. Le 24 août, une altercation survient dans un bar de Jonquière entre certains individus. Le citoyen français, de forte stature, se mêle de la bagarre et empoigne Leblond, le pousse au mur et le projette au sol, selon les faits présentés.

Le lendemain, le joueur de football, accompagné d’un ami, se rend dans un bar voisin et rencontre de nouveau Leblond et Bradette. Des échanges verbaux ont lieu. Le Français se dirige vers les deux comparses avec l’intention présumée de s’excuser pour les gestes posés la veille.

Croyant que le Français voulait de nouveau s’en prendre à lui, Leblond part chercher un troisième individu criminalisé, Charlie Tremblay, qui, par la suite, fracasse une bouteille de bière au visage du joueur de football. Ce dernier subit de graves lacérations au visage et risque même la perte d’un oeil.

Tremblay a déjà été reconnu coupable de voies de fait graves et a été condamné à deux ans moins un jour de prison.

Préméditation

Lors des représentations devant le juge, Me Lebel a tenté de faire ressortir le caractère prémédité des actions posées pendant la soirée du 25 août et le partage de responsabilité entre les trois bélligérants.

Me Lebel a indiqué que lors de la première altercation, Leblond n’était pas content et avait affirmé au Français que le litige n’était pas fini et « de faire attention à lui ». Le procureur a rappelé que le coup porté par Tremblay avait eu des conséquences graves, puisque la victime a été défigurée et a subi des séquelles psychologiques.

Selon lui, il est clair qu’il y a eu préméditation et complot dans le déroulement des événements qui ont suivi la première altercation et qu’à cet effet, il y a lieu d’imposer une sanction plus sévère dans le cas de Leblond. Il propose une sentence allant de 90 jours de prison discontinue à une sentence suspendue assortie d’au moins 250 heures de travaux communautaires et d’une probation de deux ans.

Dans le cas de Bradette, Me Lebel demande l’application d’une absolution conditionnelle assortie de travaux communautaires et d’une ordonnance de probation.

Du côté de la défense, Me Julien Boulianne a tenté de convaincre le juge Lortie de l’absence d’une action préméditée dans cette affaire, même si les deux accusés ont participé à la bagarre. « M. Leblond est allé chercher Charlie Tremblay parce qu’il croyait que le joueur de football voulait s’en prendre à lui. Charlie Tremblay a éclaté une bière au visage de la victime. Il a admis que c’était un geste complètement irréfléchi. Tremblay était un invidu criminalisé, et c’était sa propre initiative. C’était une folie de fracasser une bière au visage de quelqu’un », a indiqué Me Boulianne.

Selon lui, ses clients ne peuvent partager la responsabilité des gestes graves posés par Tremblay dans le cadre de la bagarre de trois minutes survenue sur une terrasse publique.

Me Boulianne a tenté de mettre en évidence que l’intérêt de la société serait mieux servi avec des jugements d’absolution conditionnelle, compte tenu que ses clients, tous deux sans antécédents judiciaires, ont pris leur vie en main. Bradette a obtenu un diplôme d’études professionnelles en charpenterie-menuiserie tandis que Leblond travaille pour un sous-traitant de Rio Tinto.

Il a suggéré au juge des absolutions assorties de dons à des organismes de charité et des périodes de probation les plus courtes possibles, en déposant une série d’éléments jurisprudence.

Le juge Lortie a pris le tout en délibéré en s’engageant à rendre un jugement le 1er novembre.