Kevin Armstrong s’est exprimé franchement, lundi soir au conseil de ville de Saguenay, au sujet du congédiement du directeur de l’arrondissement de Jonquière, Mathieu Gravel. Du même souffle, il a vidé son sac et a déploré le fait que Jonquière n’obtient pas sa juste part du gâteau en matière d’investissements municipaux.

Armstrong vide son sac

Le conseiller municipal jonquiérois Kevin Armstrong croit qu’un «grand ménage» est nécessaire au sein de la fonction publique municipale, qu’il juge encore beaucoup trop modelée sur l’administration Tremblay. Il souhaite que soit réalisé un diagnostic organisationnel afin d’assainir le climat et éviter que certains secteurs de la Ville, comme Jonquière, soient lésés.

En séance régulière du conseil de ville de Saguenay, lundi soir, le porte-étendard du district #4 s’est enflammé lorsqu’il a été question du congédiement du directeur de son arrondissement, Mathieu Gravel, nommé il y a à peine cinq mois. Selon ce qu’il a été possible d’apprendre, le licenciement s’est fait sur fond de cafouillage. Les motifs demeurent inconnus, mais si l’on se base sur les propos du conseiller, les élus de Jonquière étaient loin d’être unanimes sur cette question. Étant donné que le politique n’a pu s’entendre, c’est l’administratif qui a dû trancher. Or, toujours selon ce qu’a mis en relief Kevin Armstrong, certains hauts fonctionnaires reprochaient au jeune directeur, qui s’était démarqué des quelque 76 postulants, de contribuer à «l’isolement de l’arrondissement». Ceci équivaut à de véritables sottises, a laissé entendre l’élu jonquiérois, qui n’a pas manqué de faire ressortir les compétences et le travail acharné de son ancien collègue. Il sera prochainement remplacé par l’ancienne chef de service, relations avec les citoyens, Sonia Simard.

«Je n’ai rien à reprocher à M. Gravel. C’était quelqu’un qui avait des compétences, qui ne comptait pas ses heures et qui a à coeur le développement de l’arrondissement de Jonquière. Je suis ‘‘flabbergasté’’ de la façon dont les choses se sont passées. Ça me laisse avec un goût très amer en bouche. On lui a attribué beaucoup de torts à M. Gravel. Mais il faut faire très attention. Sa réputation ne doit pas être entachée. Il y a eu un paquet de ouï-dire et j’ai entendu des choses qui m’ont scié les jambes, comme le fait que le comportement de M. Gravel contribuait à l’isolement de Jonquière de la fonction publique», a déclaré Kevin Armstrong, qui s’est ensuite lancé dans une véritable envolée, devant une Josée Néron qui a d’abord paru stupéfaite.

Si l’élu a nié avoir eu une prise de bec avec la mairesse lorsque questionné au terme de l’assemblée, les échanges ont été plutôt corsés entre les deux politiciens. Kevin Armstrong a profité de l’occasion pour dénoncer, pendant de longues minutes, ce qui lui apparaît comme un désintérêt flagrant de Saguenay à l’égard de son secteur.

«L’isolement de Jonquière ne date pas du temps de M. Gravel. Ce n’est pas un fait méconnu que Jonquière n’était pas l’arrondissement préféré de Jean Tremblay. Pensez-vous sérieusement que les choses ont changé depuis la dernière administration? Les gens de Jonquière, du moins ceux du district #4, en ont plein leur casque de cet isolement. Les citoyens ont l’impression qu’ils arrivent troisièmes», a-t-il martelé.

Nikitoutagan
Évoquant le fait qu’une refonte du parc de la Rivière-aux-Sables est réclamée par les élus et le milieu jonquiérois, Kevin Armstrong a décoché une flèche aux hauts fonctionnaires en déclarant qu’il est impossible de discuter avec les services concernés puisque tout ce beau monde est trop occupé «à travailler sur des plans pour un aréna à Chicoutimi».

«On travaille sur une maquette pour l’amphithéâtre sportif, pendant que les gens se rentrent des échardes dans les mains à Place Nikitoutagan. C’est le temps de se réveiller. C’est le temps que les choses changent. La fonction publique est demeurée la même. C’est votre et notre devoir de restituer le sentiment de fierté des gens de Jonquière», a-t-il renchéri.

Josée Néron a jugé regrettable que son collègue tienne des propos «aussi noirs».

«Je ne vous entends jamais parler et vous sortez ce soir», a indiqué Josée Néron, rappelant du même souffle qu’elle est toujours disponible. Le conseiller Armstrong a rétorqué qu’il ne doutait aucunement des compétences de la mairesse et de sa capacité d’écoute. Il a toutefois plaidé en faveur d’un diagnostic organisationnel qui permettra d’assainir une bonne fois pour toutes la fonction publique, dans un souci d’équité et de transparence.

«Congédier quelqu’un comme ça, ça équivaut à la peine de mort. M. Gravel ne méritait pas la peine de mort», est-il revenu à la charge.

Josée Néron et Kevin Armstrong ont échangé vigoureusement. Alors que le conseiller a laissé entendre que les fonctionnaires municipaux n’en ont que pour le projet d’aréna à Chicoutimi, la mairesse a assuré que le projet de refonte de la Place Nikitoutagan figure dans les cartons de la Ville.

+

LA MAIRESSE ATTEND DES RÉPONSES

Josée Néron promet de demander des explications à Québec concernant le refus du ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport (MELS) de financer le projet d’agrandissement du Patro de Jonquière. 

Concernant la demande de soutien pour la construction d’un stade multisport, toujours à Jonquière, la mairesse affirme ne pas avoir reçu de réponse. À l’instar de ses collègues conseillers, la première magistrate a reçu avec surprise les propos du député libéral Serge Simard, qui a laissé entendre, la semaine dernière, que son gouvernement a privilégié le projet du « soccer dôme » à celui du Patro.

« Même en vacances, j’ai communiqué avec la présidente de l’arrondissement de Jonquière et je lui ai dit que je voulais avoir une rencontre avec l’organisation et des élus. Avec les données qu’on a maintenant, on doit décider de ce qu’on doit faire pour la suite », a-t-elle indiqué.

À l’issue de la séance de lundi, Josée Néron a dû répondre aux questions répétées du chef du Parti des citoyens de Saguenay (PCS), qui s’est présenté au micro à trois reprises. Il s’est d’abord inscrit en faux contre la proposition de la Ville d’adopter un règlement d’emprunt de 5,5 millions $ pour l’achat de bacs bruns destinés à la collecte des matières putrescibles. Lors de la dernière campagne électorale, Dominic Gagnon s’est affiché en faveur du traitement robotisé de ce type de déchets. Aux doléances exprimées, Josée Néron et son collègue Simon-Olivier Côté ont rappelé que cette question a longuement été étudiée par les membres de la Commission environnement et développement durable de Saguenay. Deux consultations publiques ont eu lieu. Lundi soir, les conseillers baieriverains Éric Simard et Martin Harvey ont voté contre le règlement d’emprunt pour l’achat des bacs. 

Salaire des conseillers

Le chef du PCS a ensuite dénoncé la hausse anticipée du salaire des élus. La rémunération pourrait en effet passer de 30 000 $ à 50 000 $ annuellement, en raison de changements aux règles fiscales imposées par Québec. 

Jonathan Tremblay s’est exprimé à ce sujet et a expliqué avec fermeté que les changements ne touchent pas que Saguenay. « Ce que je peux vous dire, c’est que personne dans la salle ici ce soir ne va accepter de travailler plus et de gagner moins. Il n’y a rien de voté encore. On va prendre le temps de l’expliquer à la population et on va l’appliquer correctement », a martelé le conseiller du district #1. Le redécoupage électoral a fait passer le nombre de districts saguenéens de 19 à 15 l’an dernier. Les territoires sont donc plus vastes à couvrir pour les élus qui, ont rappelé Jonathan Tremblay et Julie Dufour, travaillent sept jours sur sept et sont imputables à leurs électeurs. Enfin, la présence d’élus au conseil d’administration de Promotion Saguenay est toujours nécessaire, a insisté Josée Néron, en réponse à Dominic Gagnon.

« Lorsque je sentirai que les choses vont rondement, je n’aurai aucun problème à céder ma place. Ce n’est pas le cas pour l’instant », a assuré la mairesse. 

+

JONQUIÈRE A EU MOINS, CONFIRME MICHEL POTVIN

Le président du comité des finances de Saguenay, Michel Potvin, a confirmé que Jonquière a obtenu moins d’investissements que les deux autres arrondissements au cours des dernières années. 

Il s’est dit très ouvert à la refonte du parc de la Rivière-aux-Sables. Quant au projet de construction d’un nouvel amphithéâtre sportif au centre-ville de Chicoutimi, pour lequel le gouvernement du Québec a été sollicité, Michel Potvin a assuré que ce projet ne se réalisera pas sans un apport important du palier supérieur.

«Ce projet va se faire s’il n’y a aucun impact au niveau des taxes», a-t-il promis.