Plus de 200 personnes avaient répondu à l'invitation d'Arianne Phosphate, hier, pour entendre les explications de la minière au sujet de son projet de quai de transbordement sur les rives du Saguenay.
Plus de 200 personnes avaient répondu à l'invitation d'Arianne Phosphate, hier, pour entendre les explications de la minière au sujet de son projet de quai de transbordement sur les rives du Saguenay.

Arianne Phosphate doit expliquer son projet

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
La minière Arianne Phosphate (AP) a provoqué un véritable choc des valeurs en débarquant dans l'Anse-à-Peltier, à Saint-Fulgence, avec un projet de port de mer pour expédier à des clients européens et aux États-Unis trois millions de tonnes de concentré - destiné à la fabrication d'engrais chimique - afin de diminuer ses coûts d'exploitation sous la barre de 100 $ la tonne.
Un peu plus de 200 personnes ont répondu à l'invitation de la minière pour cette première séance d'information sur la nouvelle stratégie de transport d'AP entre la mine du lac à Paul, dans la zone des Passes dangereuses, et le port projeté sur la rive nord du Saguenay. Il y avait dans la salle des gens favorables au projet, mais ces derniers sont demeurés muets pendant pratiquement toute la soirée. Ce sont majoritairement des résidents de la petite communauté de l'Anse-à-Peltier qui ont pris la parole pour interroger le promoteur sur les raisons motivant son changement de stratégie. Au départ, AP envisageait l'expédition du concentré par la route des Passes dangereuses jusqu'à un site de transbordement dans un train, à Alma, pour l'acheminer au terminal de Grande-Anse.
Développement durable
Dans un premier temps, plusieurs résidents de l'Anse-à-Peltier ont choisi de vivre de l'agriculture biologique et des produits de la forêt dans une perspective de développement durable, à l'opposé de la raison même d'exister d'AP qui vise l'approvisionnement des grands producteurs mondiaux d'engrais chimiques. En second lieu, les mêmes personnes questionnent les représentants de l'entreprise sur la notion du profit raisonnable. Elles estiment que la solution du transbordement à Alma, pour utiliser une infrastructure qui existe déjà à Grande-Anse, aurait malgré tout permis à la minière de réaliser des profits raisonnables.
« Nous ne sommes pas contre le développement », a répété la porte-parole du Collectif de l'Anse-à-Peltier. Mais la ligne est toujours la même. Il y a déjà assez de cicatrices sur le fjord du Saguenay. D'autres arguments ont évidemment été répétés par les membres de la communauté quant aux autres conséquences d'un nouveau port de mer pour l'environnement dans son ensemble et pas uniquement pour les impacts directs, tant visuels que sonores.
Un bateau par 4 jours
Sur le plan technique, le quai de l'Anse-à-Peltier accueillerait un bateau par quatre jours d'une capacité de 35 000 tonnes. Le système conçu pour le chargement mettrait 25 heures pour un tel navire. La fréquence passerait à un bateau par période de 7 jours d'une capacité de 60 000 tonnes et il faudrait 44 heures pour procéder au chargement. Les camions hors route d'une capacité de 120 tonnes arriveraient sur le site d'entreposage situé dans le secteur de la scierie Saint-Fulgence au rythme de 8 à l'heure, sept jours par semaine et 24 heures par jour.
Les gens ont évidemment soulevé des questions sur le bruit du convoyeur circulaire fermé d'une longueur de deux kilomètres qui transporterait le phosphate du site d'entreposage au port de mer. Il y a aussi des criantes quant aux risques de bris et de déversement de concentré de phosphate dans l'environnement.
Sur ce point, le chef de l'exploitation a expliqué que ce concentré ne représentait aucun risque puisqu'il n'est pas soluble dans l'eau. Il s'agit d'une poudre très fine qui doit être mélangée à un acide pour devenir un produit chimique comme l'engrais utilisé dans l'agriculture industrielle.
Les citoyens sont également méfiants quant au risque que cette entreprise passe entre les mains d'une société étrangère qui serait beaucoup moins préoccupée par les intérêts de la population locale. La direction d'AP est incapable de répondre à ces inquiétudes puisque toutes les entreprises oeuvrant dans la fabrication des engrais chimiques ou même des producteurs actuels de phosphate pourraient lancer une opération de prise de contrôle sur la minière régionale.
Un projet à modifier
Au terme de cette soirée, le chef de l'exploitation d'AP, Jean-Sébastien David, a répété avoir pris bonne note des commentaires des gens de l'Anse-à-Peltier. Il a reconnu que le projet tel que présenté ne passait pas la rampe.
« À partir de ce constat, il faut travailler pour trouver d'autres solutions », a-t-il répété, tout en étant conscient qu'il n'existe pas beaucoup d'endroits sur la rive nord du Saguenay permettant de faire arriver le produit par des routes forestières et de le transborder dans les navires. Il sera donc très difficile pour la minière de sortir de ce tronçon de berge de la rivière Saguenay situé entre la rivière Peltier et la frontière du Parc marin, à l'est.