Antoniennes-de-Marie: une soeur emportée par la COVID-19

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Une première religieuse canadienne a été emportée par la COVID-19, vers 5h30 vendredi matin, à l’infirmerie des Antoniennes-de-Marie de Chicoutimi, un lieu qui fait face à une importante éclosion de la maladie. La congrégation religieuse espère que ce premier décès puisse convaincre le gouvernement du Québec de mobiliser des ressources humaines et matérielles pour aider les centres privés de personnes âgées.

La supérieure de la congrégation, sœur Ginette Laurendeau, a confirmé au Quotidien le décès de sœur Bertha Laforest, une religieuse qui comptait 75 ans de vie religieuse et qui s’est éteinte à l’âge 94 ans après avoir été infectée par le coronavirus. Depuis l’éclosion, la congrégation était demeurée très discrète malgré les efforts réalisés par son personnel pour dispenser les services aux 23 religieuses hébergées dans l’infirmerie du monastère.

«Nous voulons que ça provoque un réveil. Il faut que les Québécois comprennent qu’il est important de trouver des ressources humaines et le matériel pour nous permettre de nous occuper de nos sœurs. Il y a dix sœurs qui vont quand même bien et huit autres qui luttent en ce moment. On doit trouver les ressources puisque les grandes communautés religieuses de Montréal sont aussi à risque dans la situation actuelle. Le premier ministre Legault doit appuyer le CIUSSS de la région pour nous aider», reprend la supérieure de la congrégation.

Depuis le début de l’éclosion, les Antoniennes-de-Marie ont réussi avec le support de tous les instants du CIUSSS à trouver chaque jour des ressources, mais la bataille n’est pas terminée.

«Nous travaillons très fort avec les gens des ressources humaines du CIUSSS. Ils s’occupent bien de nous et eux aussi font tous les efforts pour nous venir en aide. Nous parvenons à obtenir jour après jour à l’arraché des ressources, mais nous avons des besoins importants puisqu’il faut continuer de donner des services à toutes les soeurs hébergées à l’infirmerie», a expliqué Soeur Laurandeau.

En raison l’éclosion, des membres du personnel ont été retirés de l’établissement. Il y a également eu une infirmière auxiliaire qui est tombée malade après un retour au travail et un dévouement exceptionnel. On sentait bien dans la voix de Soeur Ginette Laurendeau que la situation est devenue très difficile à supporter et surtout qu’il est urgent d’obtenir un coup de main du gouvernement du Québec pour passer à travers cette crise.

«Nous avons toujours gardé nos sœurs au monastère. Nous voulons continuer de le faire. Ce n’est pas une question d’argent. On va payer pour nos services. Nous ne voulons pas être dans l’obligation de transporter nos sœurs pour encombrer les services à l’hôpital, car avec du matériel et des ressources humaines, nous allons être en mesure de bien nous occuper de nos religieuses», reprend la supérieure.

Au cours du point de presse quotidien, la ministre de la Santé Danielle McCann a confirmé que le gouvernement du Québec allait dégager des ressources additionnelles pour les CHSLD. Elle faisait état de médecins et de personnels soignants (infirmière, infirmière auxiliaire et préposées aux bénéficiaires). Les besoins de la congrégation religieuse sont principalement en personnel soignant. Le gouvernement du Québec a fait une liste de six CHSLD avec des problèmes sérieux. L’infirmerie des Antoniennes-de-Marie, qui compte 23 lits, ne se classe pas très loin des CHLSD qui préoccupent le gouvernement, avec huit religieuses qui luttent pour leur vie et dix autres dont l’état est jugé stable pour le moment.

«Nous voulons que notre message soit entendu et pas uniquement pour nous, mais bien pour tous les centres privés du Québec qui doivent s’occuper de personnes âgées», poursuit la religieuse.

Le CIUSSS, selon les informations obtenues par Le Quotidien, a apporté du soutien en matière de gestion ainsi que son équipe SWAT qui se rend dans les milieux en éclosion. Cependant, le CIUSSS a aussi de la difficulté à trouver des ressources afin de les envoyer dans une résidence privée. Les employées du CIUSSS qui acceptent de faire des quarts le font sur une base bénévole.

«C’est une situation difficile. C’est vrai. Mais il faut que les gens cessent d’avoir peur et que le Québec pose les gestes pour supporter nos résidences privées pour aînés», a conclu la supérieure des sœurs Antoniennes-de-Marie.

+

135 CAS DANS LA RÉGION

C’est 135 personnes qui ont été infectées dans la région depuis le début de la crise, dont 39 qui sont maintenant guéris. Deux personnes sont hospitalisées et toutes les autres se trouvent en isolement à leur résidence, informe la direction de la santé publique, qui refuse toutefois de confirmer le décès de la soeur. 

« Nous sommes enlignés avec les chiffres du ministère. S’il y avait une confirmation de décès, ça apparaitrait sur le bilan de 13 h. On ne cherche pas à cacher les informations, on n’a pas de motif de la faire. Mais si chacun allait avec ses propres chiffres, ça deviendrait difficile à suivre. On est donc tous enlignés sur les mêmes règles du jeu », a répondu le directeur de la santé publique, Donald Aubin.

C’est à Chicoutimi que l’on retrouve le plus de cas avec 78 personnes, suivi de 26 à La Baie, 15 à Jonquière, 10 dans la MRC Lac-Saint-Jean-Est. Les MRC Domaine-du-Roy et Maria-Chapdelaine comptent encore 5 cas ou moins. Aucun nouveau cas dans les foyers d’éclosion n’a été rapporté. Le CHLSD de la Colline, la Villa Saint-Alexis et la communauté religieuse des Antoniennes-de-Marie comptent chacun plus de 17 cas.

«Seulement un CHSLD sur les 16 connaît une éclosion. Nous sommes en contrôle. Il faut spécifier également qu’il ne faut qu’un seul cas dans un CHSLD pour déclarer une éclosion », rassure Chantale Boivin, directrice des services adaptés aux personnes âgées du CIUSSS. AVEC LAURA LÉVESQUE