Karine Gagnon, biologiste.

Annonce d'une entente historique

La direction régionale du secteur faune du ministère du Développement durable, des Parcs et de la Faune et la communauté innue de Mashteuiatsh ont conclu une entente historique qui permettra de moduler le calendrier de pêche sportive sur le lac Saint-Jean en période d'abondance des stocks de ouananiches pour des ouvertures printanières hâtives.
La nouvelle est de taille et marque un tournant dans le contentieux de la pêche sportive qui perdure depuis plusieurs années entre Mashteuiatsh et les gestionnaires de la pêche sportive. Le ministère a procédé à cette annonce, hier soir, devant un peu plus d'une centaine de pêcheurs présents à l'assemblée générale annuelle de la Corporation LACtivité pêche (CLAP), à Dolbeau-Mistassini.
La biologiste responsable de la gestion des espèces aquatiques du lac Saint-Jean, Karine Gagnon, a annoncé la nouvelle immédiatement après le rapport annuel du président, Mishell Potvin. Cette annonce a surpris les pêcheurs qui souhaitaient depuis longtemps une ouverture printanière hâtive afin de profiter des années d'abondance.
«Les principales craintes soulevées par les Innus sont les risques de conflits ou de problèmes avec les pêcheurs sportifs, mais au fil des discussions, ils ont confirmé qu'ils étaient d'accord avec le devancement de l'ouverture de la pêche sportive quand nous serons en situation d'abondance. C'est quand même une très bonne nouvelle», a déclaré la biologiste, qui a été au centre de ces discussions.
L'ouverture hâtive de la pêche sera uniquement autorisée pour la ouananiche. La pêche au doré ouvrira toujours le quatrième vendredi de mai pour protéger l'espèce.
Pour ce qui est de l'ouverture 2014, le ministère s'attend à ce que la communauté pêche pendant trois semaines. Il pourrait donc y avoir cohabitation dès cette année.
Pour le moment, il s'agit d'une entente de principe. Les modalités n'ont toutefois pas été arrêtées puisque cette ouverture hâtive nécessitera des ajustements pour permettre la cohabitation de la pêche sportive et de la pêche communautaire au filet.
Pour les gestionnaires de la pêche, l'ouverture hâtive printanière est l'un des éléments du modèle de gestion que l'on souhaite implanter pour écrêter les creux de cycle du saumon d'eau douce. Ces creux surviennent à des récurrences de 7 à 10 ans et se produisent lorsque les frayères produisent un trop grand nombre de saumoneaux, lesquels passent à travers les stocks d'éperlans lorsqu'ils arrivent dans le lac Saint-Jean.
La chute de la disponibilité de la nourriture de base entraîne inévitablement un déclin significatif des populations. L'ouverture printanière hâtive de la pêche permettra de retirer du lac un nombre significatif de saumons pour créer une sorte d'équilibre entre les prédateurs et les proies.
En plus de la modulation du calendrier, les gestionnaires mettent la dernière main à l'aménagement d'une première frayère à éperlans arc-en-ciel à l'embouchure de la rivière Mistassini. Finalement, la pêche à la mouche en rivière constitue l'autre outil pour gérer les ouananiches en prélevant un certain nombre de saumons adultes reproducteurs et ainsi limiter la production de saumoneaux.
Il est important de rappeler que les changements permanents apportés au calendrier de pêche ont été effectués au terme d'une vaste consultation publique menée à l'hiver 1986 par le défunt ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche. À l'époque, en plein creux de cycle, les biologistes et aussi les pêcheurs croyaient que la grande pression de pêche sportive menaçait la ouananiche. Le ministère avait retardé l'ouverture pour la fixer au quatrième vendredi de mai, en 1986, en plus de faire passer la possession maximum de six à deux saumons de 1971 à 1986.
Le président de la CLAP, Mishell Potvin, a demandé aux pêcheurs sportifs de se comporter de façon irréprochable, s'il devait y avoir une cohabitation, et de respecter les filets déployés par les pêcheurs innus pour démontrer que cette cohabitation est viable à long terme.