Alain Gagnon, président du Syndicat de l’aluminium d’Arvida (UNIFOR).

Annonce de Trump: réactions régionales

Plusieurs intervenants du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont réagi à la suite de l'annonce du président des États-Unis, Donald Trump, d'exempter, pour le moment, le Canada et le Mexique, sur l'imposition d'une surtaxe sur les produits de fer et d'aluminium.

Alain Gagnon, président du Syndicat de l’aluminium d’Arvida (UNIFOR)

«Ce matin, je me disais que tant qu’à marcher sur du mou, le gouvernement canadien devrait se retirer de la table de négociations de l’ALÉNA. Durée indéterminée, ça prend plus que cela. On a l’impression que Donald Trump veut en venir à un règlement, ce qui est un bon début en soi, sauf que ça prend plus de solide que ça. Il doit considérer des pays comme le nôtre comme des pays alliés. Ils tirent sur le mauvais porteur de dossiers en nous taxant. On peut s’attendre à une riposte de l’Union européenne. S’il maintient le cap, j’espère que le gouvernement Trudeau aura les coudées franches. On voit à quel point c’est fragile parce qu’il peut ressortir sa taxe à tout moment. Il nous met dans une situation dans laquelle le gouvernement n’a pas le choix de continuer à avancer. C’est difficile de négocier lorsque la menace plane au-dessus de nos têtes. Le gouvernement Trudeau doit se faire mettre des balises tout en restant prudent à la table de négociations.» 

(Propos recueillis par Annie-Claude Brisson)

Alexandre Fréchette, président du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma 

«En premier lieu, c’est une certaine forme de soulagement. Toutefois, nous ne sommes pas sauvés. Ce qu’on comprend, c’est que les enjeux reliés à l’aluminium et l’acier sont traités dans le cadre de la négociation de l’ALÉNA. Nous exhortons les négociateurs canadiens à prendre en compte les intérêts de l’aluminium dans ces négociations. Quant à la négociation de l’ALÉNA, on s’attend à du nouveau à la fin du mois de mars. Donc, nous surveillerons cela de très près pour les prochaines semaines. D’ici là, on vit un certain soulagement.»

(Propos recueillis par Annie-Claude Brisson)

Richard Hébert, député libéral de Lac-Saint-Jean 

«Les entreprises d’aluminium sont concentrées dans la région. La semaine dernière, lorsque les menaces ont plané sur l’industrie, comme député, j’ai ressenti une pression très importante sur nos emplois dans la région. J’ai entendu les dernières nouvelles et j’en suis très heureux. C’est le consommateur canadien ou américain qui aurait été pénalisé comme dans le dossier du bois d’oeuvre. Je suis très fier de la gestion que le premier ministre a faite. Je suis heureux qu’il vienne nous rassurer tant les travailleurs que les familles qui vivent avec cette problématique au-dessus de leurs têtes. Je suis très heureux de l’accueillir dans la région, lundi.»

(Propos recueillis par Annie-Claude Brisson)

Karine Trudel, députée néo-démocrate de Jonquière

«Le président est en train d’utiliser une stratégie vieille comme le monde. Il oppose deux de nos intérêts, l’ALÉNA et les produits métalliques (acier et aluminium), et il nous dit que si on veut avoir l’un, on ne peut pas avoir l’autre. Or, ce serait une erreur que de mélanger les deux dossiers, qui sont complètement distincts. J’exhorte le gouvernement à faire preuve d’une extrême vigilance, alors qu’on tente de nous faire avaler une couleuvre. Malgré l’exemption temporaire d’aujourd’hui, l’inquiétude et l’incertitude persistent pour les travailleurs, les travailleuses et la population de la région et de ma circonscription, qui représentent environ 15% de la production canadienne totale. Une surtaxe pourrait avoir un effet qui se répercuterait dans toute la chaîne des produits de l’aluminium. Malheureusement, le gouvernement actuel a un historique d’opacité en ce qui a trait aux négociations commerciales et à un moment donné, cela doit cesser. Il est temps d’impliquer toutes les parties prenantes, d’ouvrir le dialogue et de discuter de nos options collectivement.»

(Propos recueillis par Annie-Claude Brisson)

Jean Simard, président de l’Association de l’aluminium du Canada

«On peut en tirer comme conclusion qu’il y a un peu d’oxygène dans la pièce, mais ça laisse quand même l’industrie dans une période d’incertitude. Quand il y a de l’incertitude, c’est plus difficile pour les entreprises d’investir et elles peuvent même en arriver à la conclusion qu’il est préférable d’investir aux États-Unis. Il n’est pas question pour l’industrie de l’aluminium de brader d’autres secteurs économiques importants du Canada pour obtenir des choses dans des ententes à long terme avec des partenaires incluant les États-Unis. Selon ce que nous savons, les Américains pourraient au maximum redémarrer 700 000 tonnes de capacité de production dans de vieilles technologies. Ils ont parlé d’un investissement majeur de 100 M$. C’est moins que ce que Rio Tinto investit dans les travaux d’entretien de ses usines au Saguenay dans une année. Les États-Unis consomment 5,2 millions de tonnes d’aluminium par année.»

(Propos recueillis par Louis Tremblay)