Andrew Scheer a confirmé jeudi qu’il cédera sa place lorsque son successeur sera choisi par les membres du PCC.
Andrew Scheer a confirmé jeudi qu’il cédera sa place lorsque son successeur sera choisi par les membres du PCC.

Andrew Scheer: démission sur fond de controverse

Catherine Lévesque
La Presse canadienne
OTTAWA — Andrew Scheer annonce qu’il quittera la direction du Parti conservateur du Canada, au même moment où des allégations au sujet de l’utilisation des caisses du parti au bénéfice de sa famille font surface.

Le directeur du Parti conservateur, Dustin van Vugt, a confirmé qu’il a lui-même offert à M. Scheer de rembourser certaines dépenses personnelles après son élection comme chef en 2017 — dont une partie des frais scolaires pour l’école privée de ses enfants.

«Nous avons eu une rencontre lors de laquelle j’ai fait l’offre standard de couvrir les coûts liés au déménagement de sa famille de Regina à Ottawa. Cela comprend la différence dans les frais de scolarité entre Regina et Ottawa», dit M. van Vugt, qui assure que «toutes les procédures appropriées ont été respectées et autorisées par les responsables visés».

La situation reste tout de même «inacceptable» pour le sénateur Jean-Guy Dagenais, qui a quitté le caucus conservateur pour siéger avec un nouveau groupe de sénateurs indépendants.

«Moi, quand je contribue au parti, c’est pour supporter les candidats pendant une élection et aider le parti à gagner l’élection», a critiqué M. Dagenais, qui demande à ce que M. Scheer remette l’argent dans les coffres du parti.

Le député Gérard Deltell aimerait pour sa part avoir des explications. «Comme tout le monde, je l’ai appris ce matin. Alors c’est le genre de chose qu’on préfère savoir avant que pendant, parce que l’après n’est pas toujours agréable», a-t-il dit.

Seuls quelques responsables auraient été mis au courant en 2017 de cette entente, qui aurait refait surface dans les derniers jours, selon nos informations.

«Si ça sort aujourd’hui et qu’il démissionne aujourd’hui, j’imagine que c’est peut-être une des gouttes qui ont fait déborder le vase», a offert en guise d’explication le sénateur conservateur Claude Carignan.

L’entourage de M. Scheer assure cependant qu’elle n’a pas précipité sa prise de décision concernant son avenir. «Ça n’a rien à voir avec sa décision», a déclaré le député albertain Chris Warkentin, qui agit comme coordonnateur du caucus conservateur.

M. van Vugt soutient que M. Scheer a pris la décision de démissionner «après des semaines de discussions longues et difficiles avec ses amis et sa famille». Il a commencé à informer les membres de son personnel de son départ plus tôt cette semaine et l’a annoncé à la fin d’un caucus spécial qui devait porter sur le nouvel ALENA jeudi en matinée.

La grogne à l’endroit de M. Scheer n’avait cessé de s’intensifier depuis la défaite de son parti lors des élections du 21 octobre. Il a été ouvertement critiqué par des membres de son caucus et d’anciens candidats, qui estimaient qu’il n’était pas l’homme de la situation pour les mener à la victoire aux prochaines élections.

Les critiques ont été particulièrement virulentes au Québec où les candidats défaits ont surtout reproché au chef conservateur ses positions sur l’avortement et le mariage gai.

M. Scheer a délégué à l’ancien ministre John Baird la tâche de faire la lumière sur les raisons de la défaite conservatrice. M. Baird a rencontré les membres du caucus du Québec mardi et ceux du caucus régional des maritimes mercredi.

L’ancien ministre a confirmé dans un gazouillis que son travail n’est pas encore terminé.

«Mon mandat d’échanger avec les conservateurs se poursuit, incluant cette semaine. Je suis impatient de rédiger et puis de soumettre mon rapport lorsqu’il sera complet. J’espère qu’il aidera la prochaine campagne de notre parti et conseillera quiconque les membres du PCC choisiront pour devenir chef», a-t-il écrit.

En poste jusqu’au choix d’un successeur

M. Scheer a confirmé jeudi midi qu’il cédera sa place lorsque son successeur sera choisi par les membres, au lieu de se faire remplacer par un chef par intérim.

Son choix a été entériné par ses députés lors d’une rencontre de caucus en début de soirée.

M. Scheer a expliqué qu’il s’agit de la «décision la plus difficile» qu’il ait eu à prendre, mais dit qu’il veut se consacrer à sa famille d’abord.

Il dit qu’il veut s’assurer que la personne qui lui succèdera aura l’appui nécessaire du caucus pour mener les conservateurs à la victoire. Il va demander à l’administration du parti de démarrer le processus d’une course à la direction pour le remplacer dès maintenant.

Il a également un message pour tous ses collègues pour la suite des choses : «Restons unis.»

M. Scheer compte rester député de sa circonscription de Regina-Qu’Appelle, en Saskatchewan, dans un «futur proche», n’indiquant pas s’il va compléter son mandat.

+

SURVOL DE LA CARRIÈRE PARLEMENTAIRE D’ANDREW SCHEER

28 juin 2004: M. Scheer est élu, à l’âge de 25 ans, député de Regina-Qu’Appelle, en Saskatchewan. Natif d’Ottawa, il avait terminé ses études de premier cycle dans cette province des Prairies. Le député sera ensuite réélu sans relâche aux cinq scrutins suivants.

2 juin 2011: à l’âge de 32 ans, il devient le plus jeune président de la Chambre des communes dans l’histoire canadienne.

13 septembre 2016: M. Scheer abandonne son poste de leader de l’opposition conservatrice en Chambre alors qu’il se prépare à entrer dans la course à la direction du parti.

28 septembre 2016: il dépose officiellement ses documents de candidature, devenant le sixième aspirant officiel.

27 mai 2017: M. Scheer devient chef du Parti conservateur, battant de justesse Maxime Bernier - il est élu avec 50,95 % des voix après 13 tours de scrutin.

21 octobre 2019: les conservateurs augmentent leur nombre de sièges, mais ils ne parviennent pas à former le gouvernement. M. Scheer parle de «victoire symbolique», mais des conservateurs exigent sa démission. Le chef persiste à dire qu’il restera en poste jusqu’à la révision obligatoire de son leadership, prévue pour avril 2020.

12 décembre 2019: M. Scheer annonce sa démission, affirmant que le parti «a besoin de quelqu’un qui peut donner tout ce qu’il a» et que «la personne qui lui succédera devra pouvoir compter sur l’appui nécessaire du caucus pour mener les conservateurs à la victoire». Il restera chef jusqu’à ce qu’on lui choisisse un successeur.