Le lieutenant André Gagné prend sa retraite après 33 ans de service. Vendredi dernier, il a passé son dernier quart de travail à patrouiller avec son fils, Danny, lui aussi policier.

André Gagné, un policier aimé et respecté

Un monument de la Sécurité publique de Saguenay (SPS), le lieutenant André Gagné, a remis son pistolet à l'État major vendredi dernier. Après une brillante carrière de 33 ans, le représentant des forces de l'ordre prend sa retraite. Mais il y a de la relève chez les Gagné. Danny, 26 ans, suit les traces de son père, une véritable source d'inspiration pour le jeune policier depuis qu'il est tout petit.
Pierre Girard, Denis Turcotte, Mathieu Perron, Danny Gagné, Denis Turcotte et Sylvain Houde ont souligné le départ à la retraite d'André Gagné.
Afin de marquer le coup, les deux hommes ont patrouillé ensemble le 7 avril. Cette manière employée pour souligner le dernier quart de travail d'un policier d'expérience qui compte un fils ou une fille dans les rangs est devenue une tradition à la SPS.
L'ultime journée d'André Gagné s'est donc avérée fort riche en émotions, lui qui, pour une dernière fois, a enfilé l'uniforme marine et le gilet pare-balles. Depuis quelques années déjà, le policier revêtait chaque jour la chemise blanche assortie de l'insigne du grade de lieutenant.
André Gagné en a vu de toutes les couleurs, au cours de sa carrière policière, lui qui a gravi les échelons de sa profession après avoir été embauché par la Sûreté municipale de Chicoutimi en 1984. Calme, un brin flegmatique, il a toutefois eu du mal à rester impassible alors que filaient entre ses doigts les dernières minutes de cette ultime journée au poste.
« On veut être fort, mais on ne l'est pas vraiment. Je ne voulais pas aller voir mon équipe pour une dernière fois. Je me suis dit : "je vais pleurer". Je suis entré dans le cadre de porte et j'ai été obligé de reculer. Je n'étais pas capable. Après, ça allait mieux », raconte le vétéran de la police.
Remué
Lors d'une entrevue réalisée au quartier général de la SPS, vendredi dernier, André Gagné était visiblement remué par les événements des dernières heures. Il projetait l'image d'un homme planté quelque part dans une zone désertée, limitrophe entre le rêve et la réalité.
« C'est un livre qui se ferme. Comme policier, on est là pour aider les gens. C'est un beau métier et c'est très valorisant. On voudrait faire ça toute notre vie, mais on sait qu'on ne peut pas. C'est le temps de se retirer », s'est résigné l'homme de 56 ans avec pragmatisme.
En parcourant les rues de Saguenay avec son garçon à bord d'une autopatrouille, André Gagné a pu regarder dans le rétroviseur de sa propre carrière et voir défiler les moments phares de trois décennies passées à servir et à protéger les citoyens. Des enfants morts portés par des policiers dans la foulée d'accidents de la route, un bambin noyé dans une piscine, une prise d'otage rocambolesque, le sauvetage d'un désespéré dans les eaux froides du Saguenay, un homme barricadé. Autant d'instants à jamais gravés dans la mémoire du lieutenant qui avait d'ailleurs passé en revue les événements marquants de son parcours professionnel lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche il y a trois ans. Danny Gagné venait alors d'être embauché par la SPS et le reportage traçait le parcours de trois générations de policiers issus d'une même famille. Le père d'André Gagné, Henri, a été constable à la Sûreté du Québec.
Fait à noter : André Gagné était aussi bien connu et aimé des journalistes affectés à la couverture des faits divers.
« Je comprenais leur travail et ils connaissaient le mien. J'ai toujours collaboré avec eux et il y avait un respect mutuel », a-t-il fait remarquer.
André Gagné a compris l'importance du capital humain
Il n'y a pas de doute, le lieutenant André Gagné impose le respect. Ses collègues sont unanimes : il a été un modèle pour nombre d'entre eux, non seulement pour sa grande rigueur, mais aussi pour cette admirable capacité de comprendre l'importance vitale du capital humain.
« André a toujours été une inspiration. C'est un leader. C'est quelqu'un qui est capable de beaucoup d'empathie et il a toujours eu d'excellentes relations avec les patrouilleurs. Il avait un beau lien de confiance avec les membres de son équipe », a souligné son collègue, le lieutenant Christian Michaud.
Le sergent Marc Simard, présent lors de l'entrevue accordée au Progrès, a trouvé les mots justes pour rendre hommage au nouveau retraité. Si justes, en fait, que le lieutenant Gagné a, de toute évidence, dû redoubler d'ardeur pour rester de glace devant un témoignage aussi élogieux à son égard.
« André est l'un des rares lieutenants qui sont passés par les enquêtes. Aux enquêtes, tu apprends à faire de la police différemment. Il a un très bon bagage professionnel et il était hyper compétent dans tout ce qu'il faisait. André avait une expertise et il était respecté. Il était une personne ressource incroyable et on avait confiance en lui. Il était une référence pour tout le monde et c'était un des plus travaillants du poste », a énoncé Marc Simard de façon très franche et touchante.
Projets
Avant de franchir le portail du QG pour une dernière fois, André Gagné a fait part des quelques projets de retraite qu'il caresse, plusieurs d'entre eux centrés autour du bricolage et de la rénovation. Il a aussi envie d'assumer son rôle de grand-père auprès de ses deux petits-enfants. Le policier admet qu'une période de transition sera nécessaire afin d'apprivoiser ce nouveau mode de vie.
« Ce n'était pas un supplice de rentrer travailler. C'est un beau métier et c'est une profession valorisante. Ici, c'est une famille », a-t-il insisté.
Parlant de famille, Danny, le policier junior, continuera d'exercer son métier, guidé par les mêmes valeurs qui ont animé celui qu'il considère encore aujourd'hui comme son modèle. Cet homme qu'il voyait partir de la maison chaque matin en se disant qu'un jour, il porterait à son tour le même uniforme.