Le futur tramway de Québec

Ambitieux tramway

65% des citoyens de Québec et 80% des emplois se trouveront à un maximum de 10 minutes de marche ou 800 mètres d’un arrêt du tramway, du trambus ou d’un Métrobus quand le futur réseau structurant de transport en commun de la Ville de Québec sera complété en 2026.

L’ambitieux projet desservira aussi 100% des cégeps et des universités, des hôpitaux, des sites évènementiels et des gros équipements sportifs. Il entraînera une hausse de 29% de la clientèle, l’équivalent de 10 à 12 millions de passages supplémentaires par année, selon les calculs effectués par le bureau d’études. Conséquemment, environ 12 600 véhicules seront retirés de la route quotidiennement.

«C’est aujourd’hui que nous allons de l’avant et que nous faisons entrer Québec dans la modernité. […] Fini le temps où Québec était la seule des grandes villes canadiennes à ne pas disposer d’un système de transport collectif moderne et structurant», a lancé le maire Régis Labeaume au moment de l’annonce officielle, récoltant une bonne dizaine de secondes d’applaudissements. 

«Le premier ministre m’a dit: “Régis, il faut voir loin, il faut voir gros.” Il ne me l’a pas dit deux fois!» a-t-il lancé à son voisin de table, remercié chaleureusement pour son appui.

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«Notre capitale nationale se doit d’avoir enfin, enfin, un réseau de transport collectif confortable, fiable, respectueux de l’environnement. Un réseau à la hauteur du statut et de la beauté d’une des plus belles villes du monde, notre capitale nationale», a renchéri M. Couillard, présentant la congestion routière comme «un obstacle au progrès». 

Il en coûtera 3 milliards $ aux gouvernements supérieurs pour les travaux d’infrastructures. Ils se sépareront la facture dans une proportion de 60-40, le Québec assumant la plus grande part. La Ville de Québec paiera 300 millions $, essentiellement pour des aménagements urbains. 

Les coûts annuels d’opération sont estimés à 156 millions $ à partir de 2026, comparativement à 118 millions $ cette année. Si le Réseau de transport de la Capitale (RTC) s’en tenait aux seuls bus, il lui en coûterait plutôt 160 millions $ pour la même année de référence pour arracher une hausse d’achalandage de 10%. 

Les taxes municipales ne doivent pas augmenter pour financer le nouveau réseau. «C’est promis, juré, je m’engage», a martelé le maire Labeaume. 

Le bureau d’études s’est basé sur le nombre de déplacements pour décider où passerait le rail. Le tramway, d’une capacité de 260 passagers, partira de Cap-Rouge à l’ouest, desservira Sainte-Foy, l’Université Laval et la colline Parlementaire, puis ralliera Saint-Roch, Limoilou et Charlesbourg. Il circulera au milieu de la chaussée, sur une plateforme strictement réservée et avec priorité aux feux de circulation, sur la majorité du parcours. La fréquence variera entre 3 et 5 minutes aux heures de pointe et 10 à 15 minutes le reste du temps. Le service sera offert de 5h à 1h.  

Le trambus, l’équivalent du service rapide par bus en version totalement électrique, reliera Beauport à Sainte-Foy en passant par le boulevard Charest. Le nom de trambus a été choisi pour refléter le fait que la fréquence et les aménagements seront les mêmes que pour le tramway. Le véhicule est toutefois différent: les bus biarticulés ont une capacité limitée à 150 passagers. 

L’offre de Métrobus sera aussi bonifiée pour mieux desservir la banlieue nord, notamment les secteurs de Val-Bélair et Loretteville. Des stationnements incitatifs seront installés tout le long du réseau: le nombre de cases passera de 1000 à 6000. 

Le bureau d’études veut un tramway fiable et a donc choisi une alimentation électrique par fils aériens. Le chef de projet Benoît Carrier estime que le paysage ne sera pas compromis puisqu’en ouvrant la chaussée pour dévier les réseaux d’égout et d’aqueduc, les fils électriques et téléphoniques existants seront enfouis. 

Pour le trambus, il n’y aura pas de fils. Les autobus seront équipés de batteries qui seront rechargées aux stations et aux terminus grâce à des bornes sans fil et sans contact, qui peuvent être aériennes ou souterraines. C’est la technique dite d’induction ou de biberonnage. 

M. Carrier a insisté pour dire que l’ajout de 56 kilomètres de nouvelles voies dédiées au transport en commun n’enlève, au final, que 1,7 kilomètre de voies aux automobilistes. Les deux tronçons qui perdront une voie de circulation sont sur le boulevard Charest, entre Dorchester et Langelier, puis à la hauteur de Marie-de-l’Incarnation, comme dans le défunt projet de SRB. 

Des espaces de stationnement seront également sacrifiés, notamment le long du boulevard René-Lévesque et de la 1e Avenue, dans Limoilou. Cette dernière sera d’ailleurs transformée en sens unique vers le sud à partir de la 13e rue de façon à insérer le tramway en latéral pour mieux négocier la courbe menant au pont Drouin puis gagner le pôle d’échange de Saint-Roch. 

Le projet ne garantit pas d'interconnexion avec Lévis, mais en prévoit. Il est toutefois exclu que le tramway traverse le fleuve parce que le tablier est trop haut et l’alimentation électrique impossible. Le directeur général de la Ville, André Legault, spécifie que les quatre scénarios étudiés avec la Rive-Sud dans le défunt projet de SRB sont toujours sur la table. Selon lui, c’est maintenant à Lévis de négocier avec les paliers supérieurs de gouvernement.

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QUATRE COMPOSANTES DU PROJET

  1. Tramway (23 km, dont 3,5 km en souterrain)
  2. Trambus (17 km)
  3. Infrastructures dédiées au transport en commun (16 km)
  4. Métrobus (110 km)

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CE QU'ILS ONT DIT

«Québec se positionne avantageusement face aux autres villes nord-américaines de taille similaire. Il s’agit d’un important levier en matière de développement économique et d’attractivité de la main-d’œuvre comme il couvre l’ensemble du territoire.»

- Julie Bédard, présidente et chef de la direction de la chambre de commerce et d’industrie de Québec

«Pendant la présentation, j’ai pensé à mes enfants qui ont 8 et 12 ans et qui, dans 8 ans, lorsque les services seront mis en place, vont choisir le transport collectif. Ce sont des jeunes. Ils vont choisir de se déplacer différemment.»

- Sébastien Proulx, ministre responsable de la Capitale-Nationale

«C’est très possible le matin que je prenne l’automobile, que ma femme prenne l’autobus et que ma fille marche pour aller à l’école. Ce n’est pas un citoyen contre un autre. On doit retrouver à l’intérieur de chacune des villes un système de transport en commun, un système routier, un système de transport actif qui répond aux besoins de la population»

- André Fortin, ministre des Transports

«C’est une journée historique. On va changé Québec pour les 50 prochaines années. Depuis 2014, le premier ministre l’a dit, on a 2 milliards $ d’investis pour les autoroutes. Depuis 10 ans, c’est beaucoup plus que 3 milliards $.» 

- Jean Rousseau, conseiller municipal, Démocratie Québec