Les députés Alexis Brunelle-Duceppe et Mario Simard étaient les invités du Cercle de presse, mercredi.
Les députés Alexis Brunelle-Duceppe et Mario Simard étaient les invités du Cercle de presse, mercredi.

Aluminium: les efforts du Bloc ont rapporté 

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
Les députés bloquistes de la région, Mario Simard et Alexis Brunelle-Duceppe, estiment que leurs efforts dans le dossier de l’aluminium n’ont pas été vains. Au cours des dernières semaines, ils disent avoir vu les autres partis se greffer à eux. Mais ils auraient aimé que le conservateur Richard Martel poursuive la mobilisation régionale entamée en décembre dernier, à Ottawa.

Ils étaient les invités du Cercle de presse du Saguenay, mercredi matin, et selon eux, le Bloc québécois a montré son utilité dans ce dossier en mettant l’aluminium à l’agenda du gouvernement.

« La preuve qu’on a raison depuis le début, c’est qu’en décembre, on était les seuls à parler de l’aluminium à la Chambre de communes. Depuis, le NPD s’est greffé à nous, il pose les mêmes questions et est d’accord que l’aluminium a été laissé de côté. Les conservateurs se sont réveillés et le gouvernement, soudainement, s’est ouvert aux propositions, ce qui n’était pas le cas au départ. Donc oui, on a fait du chemin. Lorsque Mme (Chrystia) Freeland est partie à Washington, vendredi passé, elle avait la proposition du Bloc québécois. Donc ça vaut la peine de travailler sur un dossier, de mettre les efforts et le temps », explique M. Brunelle-Duceppe, député de Lac-Saint-Saint.

Questionnés sur le silence de Rio Tinto au cours des dernières semaines, les bloquistes croient qu’il y a une distinction à faire entre les intérêts de l’entreprise et les intérêts régionaux ; l’Association de l’aluminium du Canada se disant en faveur de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACÉUM), tandis que les syndicats sont contre.

« Ce qui m’intéresse dans l’aluminium, c’est la création d’emplois chez nous. Le rendement des investisseurs de Rio Tinto, ce n’est pas ce qui m’empêche de dormir le soir. Ce qui va garantir des emplois chez nous, dans l’aluminium, c’est l’accès au marché. Ce n’est pas à l’entreprise de faire la bataille. Ce qu’ils sont en train de négocier, ce sont les compensations pour les parts de marchés qu’ils vont avoir perdues. Mais ils sont très contents qu’on fasse la bataille comme ça », croit le député de Jonquière, Mario Simard.

Mais pourquoi autant d’efforts maintenant que l’ACÉUM a été ratifié ? Tout simplement parce que la ratification et la mise en œuvre de l’accord sont deux choses différentes, précise M. Simard.

Ce dernier n’est pas contre le commerce international et l’ouverture des marchés ; il souhaite surtout que le Québec soit en mesure de défendre ses intérêts.

« Si tu ne défends jamais les champs d’économie spécifiques qui sont les tiens, tu vas te faire manger la laine sur le dos, et ça fait un maudit bout qu’on se fait manger la laine sur le dos. Si je regarde les investissements canadiens dans le milieu de l’automobile, les infrastructures pour les sables bitumineux, je me dis que c’est notre tour. Ça commence à être le tour du Québec », avance M. Simard, en rappelant la situation de la gestion de l’offre avec l’Europe et celle du bois d’œuvre.

Le député de Lac-Saint-Jean en a ajouté en disant que les grands projets de la région sont, pour lui, les investissements prévus – et mis sur la glace – dans les usines régionales de Rio Tinto.

« Ils sont dessinés, les devis sont faits, les places sont prévues pour ça. C’est possible de les faire et il faut avoir nos parts de marché. J’ai déjà mes installations, j’ai déjà mes projets, alors je vais investir là », a-t-il dit, rappelant que 90 % de l’aluminium canadien se fait au Québec.

Il a ramené les chiffres de l’étude présentée à Ottawa par la délégation régionale, en janvier, comme quoi 6,2 milliards d’investissements, 16,2 milliards de retombées économiques sur 10 ans et 16 000 emplois bien rémunérés sont en péril, alors que « GNL Québec et Métaux BlackRock sont encore embryonnaires et polarisants ».

Richard Martel

Quant à l’absence de Richard Martel lors des dernières activités de mobilisation, les députés n’ont pas voulu trop s’avancer, mais il est évident qu’ils auraient aimé une plus grande implication.

« Quand Sylvain Maltais (le président des Métallos) s’est déplacé à Ottawa, on a invité Richard et il est venu. On a continué à l’inviter, mais il n’est pas revenu. On a toujours tendu la main. Mais il faudrait poser la question à lui. C’est dommage qu’il ne soit pas venu, oui. Mais les raisons lui appartiennent. Je ne suis pas là pour parler à sa place. On a même salué son courage quand il a accepté l’offre d’un autre parti de faire une sortie régionale, à Ottawa », a déploré M. Brunelle-Duceppe.

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PRUDENCE AVEC GNL QUÉBEC

Le député Mario Simard a réitéré ne pas avoir de sympathie envers les énergies fossiles et il ne croit pas que l’avenir de la région repose sur le projet de GNL Québec. Il ne veut toutefois pas faire « comme Québec solidaire en rejetant le projet sans autre proposition », se disant aussi conscient des investissements faits par GNL Québec pour financer certaines recherches.

Selon lui, des recherches faites par le Bloc québécois démontrent que le montage financier « est loin d’être fait » et qu’un projet de gaz naturel liquéfié, en Russie, pourrait approvisionner une bonne partie de l’Europe, « coupant ainsi l’herbe sous le pied » du projet québécois.

 « Ce sont 250 emplois à terme, alors que le secteur de l’aluminium est beaucoup plus prometteur que ça. En retombées municipales, c’est 4 millions $, et Rio Tinto, c’est 34 millions $. Pour moi, ce n’est pas le projet aussi exceptionnel qu’annoncé. »

Alexis Brunelle-Duceppe rappelle que le Québec s’est doté d’un organisme indépendant, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), et qu’il ne serait pas responsable de ne pas respecter les experts.

Bientôt un projet

Les députés bloquistes présenteront d’ici avril un projet pour la région « qui va s’aligner sur ce qui est notre plus gros potentiel et notre plus gros poumon économique, la forêt ». 

Alexis Brunelle-Duceppe assure que ce sera un projet concret, porteur pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean et rassembleur. « Quelque chose qui va faire un point de jonction entre l’économie et l’environnement ».