Aluminium: Karine Trudel demande une rencontre Trudeau-Trump

La députée néo-démocrate Karine Trudel qui représente Jonquière, circonscription où le secteur de l’aluminium en est un névralgique, a exhorté Justin Trudeau à s’envoler vers Washington immédiatement après que les États-Unis eurent annoncé qu’ils frapperont le Canada, le Mexique et l’Union européenne (UE) de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium dès minuit jeudi soir.

«Le premier ministre devrait prendre l’avion, devrait aller voir directement le président des États-Unis. Puis avoir vraiment une discussion d’homme à homme, sérieux, dans le blanc des yeux, et d’établir un plan d’action», a-t-elle lancé dans le foyer des Communes.

Gabriel Ste-Marie, de Québec debout, a pour sa part exigé du gouvernement fédéral qu’il ne laisse pas «l’aluminium en plan au profit de l’acier», car «l’aluminium c’est au Québec, c’est des milliers d’emplois», a-t-il souligné.

Les députés Trudel et Ste-Marie n’étaient pas prêts à aller jusqu’à réclamer une enveloppe d’aide pour les industries et leurs travailleurs qui seront affectés par les tarifs douaniers de l’administration Trump.

«Totalement illogique»

À l’Assemblée nationale, jeudi matin, on a sévèrement critiqué cette mesure punitive, sans toutefois dire clairement quelle devrait être la riposte.

«C’est totalement illogique», a lâché le premier ministre Philippe Couillard.

«C’est une mauvaise décision pour les Américains. Ils viennent d’augmenter le coût de toute leur industrie manufacturière et de leur industrie de la défense», a-t-il regretté.

Sa ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a promis que le gouvernement allait profiter d’une rencontre en marge du G7, lundi, pour «défendre bec et ongles les intérêts du Québec».

Elle a semblé plutôt tiède à l’idée que le gouvernement fédéral contre-attaque en frappant lui aussi de tarifs les exportations américaines.

«C’est une escalade lorsqu’on commence à aller dans ce sens-là. Le Québec n’a jamais été favorable à l’idée de répondre (au) protectionnisme en faisant du protectionnisme», a-t-elle offert.

«Mais je pense qu’il y a un message aussi qu’on doit envoyer aux Américains», a enchaîné la ministre Anglade.

G7 tendu à l’horizon

La décision de l’administration Trump risque d’assombrir considérablement les discussions au sommet du G7 qui s’ouvre samedi prochain à La Malbaie, dans la région de Charlevoix.

Le président risque de se retrouver isolé, avec autour de lui les dirigeants du Canada, de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni, de l’Italie et les représentants de l’UE.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui est l’un des invités du G7, s’est dit «préoccupé» face à cette décision.

«L’UE estime que ces tarifs unilatéraux des États-Unis sont injustifiés et contraires aux règles de l’Organisation mondiale du commerce», a-t-il réagi par voie de communiqué.

«Ceci est du protectionnisme, purement et simplement», a tranché M. Juncker, disant avoir travaillé étroitement depuis des mois avec Washington pour tenter de régler l’enjeu de la surcapacité dans le secteur de l’acier.

Le premier ministre Justin Trudeau avait tenté un peu plus tôt cette semaine de sauver les meubles, faisant pression sur le vice-président américain Mike Pence.

Il s’était entretenu au téléphone avec ce dernier afin de le convaincre que Washington prolonge l’exemption accordée aux importations canadiennes d’aluminium et d’acier.

Le président de la France, Emmanuel Macron, avait mis les États-Unis en garde, mercredi, contre le déclenchement d’une guerre commerciale si des tarifs douaniers sont imposés à l’Europe.