L’équipe de Délices insectes est composée dans l’ordre de Stéphanie Langevin, Camden Martin, Alex Joly, Antoine Marcil et Sandie Jean-Huppé. Ce sont des étudiants de troisième année en Techniques de milieu naturel.

Allez-vous prendre un ver?

Lorsqu’on les voit vivants à grouiller dans leur litière de son, ils n’ont rien d’appétissant. Mais en farine, dans un smoothie ou un biscuit par exemple, on ne s’aperçoit même pas qu’on mange des vers. Lorsqu’on les déguste grillés, ils goûtent la noix de cajou.

Cinq finissants en Techniques du milieu naturel du Cégep de Saint-Félicien (Stéphanie Langevin, Camden Martin, Alex Joly, Antoine Marcil et Sandie Jean-Huppé) ont tout de suite décelé le potentiel d’élever, de transformer et de mettre en marché des ténébrions. Surtout qu’actuellement, au Québec, la vente d’insectes est encore marginale. 

« On est vraiment partis du point zéro. On les a élevés, on les a nourris et on en a pris soin. Ensuite, on les a cuisinés et mis en poêle à sec, ce qui a fait dégager leur arôme de noix. Ils sont devenus croustillants », explique Sandie Jean-Huppé, une étudiante impliquée dans ce projet. 

Durant trois sessions et avec l’appui de leurs enseignants, ils ont donc travaillé à concrétiser leur projet, Délices insectes. 

Du compost en accéléré

« Un agriculteur qui voudrait transférer ses terres où il élève son gibier pour faire de l’élevage de vers, ça va très vite. On a commencé avec 500 vers et après un été, dans un aquarium, on a multiplié par dix notre quantité. On leur donne des matières résiduelles comme des cœurs de salade et des restants de piments. Ce sont des choses qui ne coûtent rien », assure Antoine Marcil.

Il fait remarquer que la production d’insectes prend peu d’espace. Les aquariums où ils vivent peuvent même s’empiler. 

Au départ, les étudiants ne savaient pas si leur élevage allait être viable et si, une fois cuisinés, les insectes allaient être bons au goût. Ils n’avaient aucune idée de l’intérêt de la population. 

Finalement, leur expérience s’est révélée concluante. De nombreux goûteurs ont manifesté un intérêt pour en acheter. Leur élevage, qui compte maintenant 5000 insectes, est cependant trop petit pour répondre à la demande.

Une réglementation à définir

Délices insectes n’est, pour le moment, qu’un projet étudiant. Il n’est pas enregistré comme une entreprise et ne détient pas de permis de vente du ministère de l’Alimentation et des Pêcheries du Québec (MAPAQ). 

« En ce moment, c’est exactement comme si on voulait faire de la compote avec des pommettes. Les insectes tombent dans une zone grise au nom de la Loi. Il n’y a pas encore de réglementation par rapport à ça », explique Antoine Marcil. 

18 équipes s’affrontaient

La semaine dernière, le groupe a présenté son initiative devant un jury dans le cadre d’un concours d’entrepreneuriat et de développement durable au Cégep de Saint-Félicien. Tous les finissants en Techniques du milieu naturel devaient présenter un projet en équipe de quatre ou cinq. Ils avaient le choix entre quatre thèmes : faune, gestion des matières résiduelles, environnement et société ou alimentation. Cinq bourses ont été remises aux meilleurs projets. L’initiative Délices insectes n’a remporté aucun prix. 

Des projets qui « meurent »

L’enseignant en Techniques du milieu naturel, Guillaume Maziade, trouve dommage que seules quelques idées se concrétisent alors qu’elles ont un grand potentiel de fleurir. 

« L’une des difficultés qu’on a, c’est la pérennité. Parfois il y a un super potentiel entrepreneurial, mais une fois que les étudiants terminent le cours sur trois sessions, leurs projets meurent », avoue-t-il. 

C’est pourquoi il souhaite mettre en place une coopérative étudiante qui veillerait à reprendre des idées pour les mettre en place.

Avant d’être consommés, les vers doivent jeûner pendant deux jours. Ils sont par la suite placés au congélateur où ils vont mourir.
Il existe plusieurs façons de cuisiner les insectes, dans les brownies par exemple.

EN ROUTE VERS UN MEILLEUR DÉVELOPPEMENT DURABLE

Enseignant en Techniques du milieu naturel au Cégep de Saint-Félicien, Guillaume Maziade estime que les efforts mis dans le développement durable en région sont difficiles à quantifier, mais croit qu’il y a un « désir de changer les choses ».

La semaine dernière, on apprenait que les 36 municipalités du Lac-Saint-Jean, ainsi que la communauté de Mashteuiatsh, allaient fournir un bac à compost à leurs résidents d’ici l’automne 2019.

« Pour certaines personnes, le développement durable, c’est de revenir en arrière. On peut vivre dans les technologies tout en étant conscient des impacts qu’ont nos comportements sur l’environnement », estime le professeur.

Pour arriver à changer les mentalités, il existe deux approches selon lui. La première consiste à mettre des lois et des mesures de répression en place, des concepts de pollueurs-payeurs notamment. M. Maziade soutient cependant que la meilleure façon est de prêcher par l’exemple. 

Son département a d’ailleurs établi des partenariats avec d’autres programmes offerts au cégep pour qu’ils intègrent le concept de développement durable à leurs événements et projets.

L’enseignant en Techniques du milieu naturel au Cégep de Saint-Félicien, Guillaume Maziade, souhaite assurer la pérennité des projets.