Alexandre Bissonnette, vêtu de la combinaison blanche fournie par la police, sera interrogé durant trois heures.

Alexandre Bissonnette voulait «sauver des gens des attaques terroristes»

En s’attaquant à des musulmans dans une mosquée, Alexandre Bissonnette affirme qu’il voulait «sauver des gens des attaques terroristes». Et protéger sa famille, elle-même menacée, soutenait-il.

«Peut-être qu’avec mes actions, avant de me tirer une balle dans la tête, plutôt que de rien faire, je me suis dit que peut-être une centaine de personnes vont être sauvées. Peut-être 200 ou 300 personnes, on ne sait jamais.»

Lire aussi: Bissonnette au 9-1-1: «c'est moi qui étais à la mosquée»

Une douzaine d’heures après avoir tué six fidèles et en avoir grièvement blessé six autres, Alexandre Bissonnette, 28 ans, est assis dans une salle d’interrogatoire, avec Steve Girard, un enquêteur chevronné de la Sûreté du Québec.

L’anxiété du suspect atteint son paroxysme. Il tourne une mèche de ses cheveux d’un doigt nerveux, il croise et décroise ses jambes. Il a peur de vomir tellement il est nerveux.

Après deux heures de discussion, Bissonnette confesse ce qui l’a motivé à agir.

Il dit qu’en 2014, il été troublé par l’attaque terroriste du Parlement d’Ottawa par Michael Zehaf-Bibeau, un musulman natif de Montréal, puis par l’attentat avec un camion-bélier à Nice, qui a fait 80 morts.

«Je suis comme sûr qu’ils vont finir par venir tuer mes parents pis ma famille, raconte-t-il, tendu comme un arc. C’est pour ça qu’il fallait que je fasse quelque chose.»

Au début janvier 2017, Bissonnette voit son médecin de famille, qui le place en arrêt de travail de son emploi chez Héma-Québec et lui prescrit du Paxil, un antidépresseur.

Durant la journée du 29 janvier, il entend à la télé un reportage traitant de l’accueil des réfugiés par le Canada. «On allait en prendre plus. Ceux qui ne pourraient pas aller aux États-Unis iraient ici. Là, j’ai comme perdu la carte.»

«J’ai tiré n’importe où»

Alexandre Bissonnette dit avoir alors été envahi par l’idée d’attaquer des musulmans. «Ça fait des mois que ça me torture, avoue-t-il. C’est rendu que je voulais me suicider à cause de ça.»

Après avoir soupé avec ses parents, Bissonnette quitte la maison de Cap-Rouge en disant qu’il se rend à son club de tir. Il va plutôt semer la mort au Centre culturel islamique de Québec.

En début d’interrogatoire, Bissonnette ne croit pas l’enquêteur Girard qui lui apprend qu’il a fait six victimes. «Ça se peut pas», murmure le meurtrier. «Je ne suis pas ici pour te conter de la bullshit», répond l’enquêteur, d’un ton ferme. Plus tard, Bissonnette répète que «ça se peut pas, parce que j’ai tiré n’importe où».

Le jeune homme croit avoir tiré «peut-être 10 coups». La preuve balistique révèle qu’il a déchargé son pistolet Glock à 48 reprises, surtout en direction des fidèles réfugiés dans une petite pièce. Il avait aussi une carabine semi-automatique de calibre .223 qu’il n’a pas utilisée parce qu’elle s’est enrayée.

Soudain, le meurtrier s’inquiète des enfants qu’il se rappelle avoir vus dans la salle de prière. Aucun petit n’a été touché, répond l’enquêteur. «Merci de me le dire», répond-il, l’air soulagé.

Mais en même temps, il peut raconter froidement ses souvenirs de la tuerie. «Quand j’ai commencé à tirer, les hommes qui étaient dans le fond de la pièce ont disparu», lance-t-il d’un ton détaché.

Bissonnette affirme que l’alcool l’a fait passer à l’acte. «Si j’avais pas bu hier, je serais pas ici», dit-il. Il dira avoir bu du saké. «Je ne suis pas un monstre», lance le meurtrier au policier. «Je ne suis pas un terroriste», ajoutera-t-il plus tard.

Durant une pause de l’interrogatoire, Bissonnette a un mouvement de panique. Il veut savoir où sont ses parents. Il est certain qu’ils sont en danger. Un policier le rassure.

Des pères de famille

L’enquêteur demande à Bissonnette si, au moment de commettre son attaque, il savait que ce qu’il faisait était mal et qu’il y aurait de graves conséquences. «Ben non, c’était pas mal pantoute ce que j’ai faite, rétorque vivement Bissonnette. Pis j’allais pas faire de prison parce que j’allais me tirer.»

Le meurtrier insiste. «Ma famille allait être sauvée.» L’enquêteur Girard durcit le ton. «Tu t’es jamais posé la question que ces personnes-là que tu as tuées, c’étaient des pères de famille? C’étaient des maris? Pis des frères? Et des oncles?»

Alexandre Bissonnette opine de la tête en reniflant. «C’est pour ça que j’ai honte comme ça aussi.»