Alain Gagnon, président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida, laissera son poste aux mains de Donat Pearson à compter de mardi.
Alain Gagnon, président du Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida, laissera son poste aux mains de Donat Pearson à compter de mardi.

Alain Gagnon tire sa révérence

Le Syndicat national des employés de l’aluminium d’Arvida (SNEAA-Unifor) tourne une page de son histoire alors qu’Alain Gagnon, président élu depuis quatre mandats, quitte ses fonctions syndicales en prévision de sa retraite, le 30 avril. Le syndicaliste a cumulé 37 ans d’ancienneté au Complexe Jonquière de Rio Tinto. Son successeur, Donat Pearson, entrera en fonction mardi.

En entrevue au Quotidien à quelques jours de quitter ses fonctions, M. Gagnon ne cache pas qu’il a le sentiment du devoir accompli, après avoir livré de nombreux combats pour assurer la survie des différentes installations du Complexe Jonquière depuis son entrée en fonction comme officier syndical senior, le 10 juin 2002.

Parmi les nombreuses luttes menées, Alain Gagnon se remémore le 2 novembre 2008, moment où la présidente de la direction aluminium, Jacinthe Côté, a convoqué la partie syndicale pour annoncer que la crise financière de l’époque allait emporter une partie de la production d’aluminium à Arvida et la fermeture de l’Usine Vaudreuil. « Janvier 2009 était la date fixée pour Vaudreuil, l’Usine Beauharnois et les cuves précuites d’Arvida, en vertu de l’entente secrète qui avait été signée. Quand j’ai vu l’entente secrète, on l’a mise au poêle à bois et on est allés voir les politiciens pour trouver des solutions », relate le syndicaliste.

Pendant toutes ses années d’implication syndicale, M. Gagnon affirme avoir été convoqué six fois par la haute direction pour des annonces de fermeture au Complexe Jonquière. « On m’a toujours convoqué à 22 h 30 ou 23 h le soir pour me voir le lendemain matin au Manoir du Saguenay pour des annonces. En janvier 2009, il y a eu la fermeture de Beauharnois et Gervais Jacques avait annoncé une coupe de 400 000 tonnes à Arvida. C’est à ce moment que je me suis servi des instances politiques, en rencontrant Jean Charest et Pauline Marois, et qu’on est allés à Londres à l’assemblée annuelle de Rio Tinto pour faire valoir qu’il fallait miser sur la valeur ajoutée pour le Complexe Jonquière. On a redémarré l’espérance de vie l’Usine Vaudreuil en 2009-2010, ce qui a permis d’élaborer le projet Vaudreuil au-delà de 2022, avec le développement d’une nouvelle technologie de presse d’assèchement des résidus de bauxite avec le Centre de recherche. »

Selon Alain Gagnon, le combat pour Vaudreuil en a valu la peine. Aujourd’hui, la valeur de la tonne d’alumine produite atteint des sommets. L’autre combat à mener était d’amener ces vieilles installations de plus de 80 ans à produire 2 millions de tonnes.

L’intention de la compagnie de convertir le Complexe Jonquière pour en faire un centre de production de gueuses sans grande valeur ajoutée, sur le modèle de l’Aluminerie Alouette, a nécessité une nouvelle montée aux barricades. M. Gagnon mentionne que de résumer le travail accompli au plan syndical nécessiterait un livre de plusieurs chapitres et ajoute que son travail a été motivé par la volonté de trouver des solutions pour la survie des installations et la préservation des emplois dans une perspective de développement régional.

En cette période de coronavirus, qui s’apparente à la crise de la grippe A (H1N1) de 2010, M. Gagnon se félicite que son syndicat ait renouvelé les conventions collectives de ses travailleurs avant leur terme, en décembre. « Je pense que si ça n’avait pas été du coronavirus, la température était bonne pour que Rio Tinto annonce des investissements dans la région. »

Résultats financiers

Le dévoilement récent par Le Quotidien des résultats financiers de Rio Tinto Aluminium pour l’exercice 2019, lequel faisait état de bénéfices de seulement 40 M $ USD, comparativement à 595 M $ USD en 2018, a incité le SNEAA-Unifor à poser des questions au directeur régional Sébastien Ross afin de ventiler les chiffres. Les réponses obtenues sont à l’effet que les 40 M $ englobent les activités et les pertes des usines Isal, une aluminerie qui s’approvisionne à haut coût en énergie, et Kitimat, qui est en investissement massif pour ses installations hydroélectriques. Selon M. Gagnon, les alumineries du Saguenay–Lac-Saint-Jean ont généré 298 M $ USD en bénéfices en 2019, indique la direction de la multinationale. « En 2019, Rio Tinto a remis 10,7 G $ USD en dividendes et procédé à 5,1 G $ en rachat d’actions », rapporte M. Gagnon.

En cette période de crise, Alain Gagnon constate que Rio Tinto « continue de se lamenter », alors qu’elle devrait plutôt songer à livrer la marchandise en prévoyant des investissements régionaux.

« Un privilège »

Cette mise au point étant faite, M. Gagnon ne regrette rien de ses 37 années passées chez Rio Tinto ainsi que de son implication syndicale. « Ce qui m’a le plus démarqué, je crois, est que j’ai été présent dans les usines. Je suis arrivé avec une culture de questions-réponses auprès des membres. La personne qui me remplacera fera peut-être la même chose. Ç’a été un privilège de côtoyer nos membres, les médias et les acteurs publics. »

Un autre élément de fierté pour lui a été le fait qu’il ait obtenu quatre mandats consécutifs sans interruption à la présidence du SNEAA-Unifor, une performance qu’avait obtenue feu Adrien Plourde dans les années 50, avec une période d’interruption.

À la retraite, M. Gagnon entend se payer un été de tranquillité et conserver le silence radio, tout en consacrant des efforts pour refaire son réseau social, la tâche de président du SNEAA-Unifor ayant été particulièrement accaparante depuis 13 ans. « Je n’aurai plus rien d’officiel. Je vais m’impliquer auprès des gens les plus démunis et continuer d’être ambassadeur de Je crois en ma région puisque je crois que la région a encore besoin de nouveaux projets pour se diversifier et qu’on n’a pas besoin de [la députée solidaire] Catherine Dorion pour nous dire quoi faire », conclut-il.