Aluminerie Alcoa de Baie-Comeau.

Alain Gagnon demande l'aide de Québec

Le président du Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida (SNEA-UNIFOR), Alain Gagnon, n'a d'autre choix que de demander au gouvernement du Québec de prolonger à nouveau les permis d'exploitation des cuves précuites de Jonquière, en attendant la construction des deux dernières phases de l'usine AP60.
Alain Gagnon a pris connaissance de l'annonce de la première ministre Pauline Marois à Baie-Comeau en lien avec les contrats d'approvisionnement en électricité d'Alcoa pour ses trois usines du Québec. Une entente de nature privée qui se résume à la prolongation des contrats à partage de risque qui arrivaient à échéance. Dans l'industrie, on parle d'un contrat avec un prix plancher de 3 cents le kilowatt-heure, auquel s'ajoute une clause ascenseur pour ajuster ce tarif en fonction du prix de vente de l'aluminium.
« C'est une entente qui prévoit un investissement de 250 M$ d'ici cinq ans et surtout, Alcoa n'a pas d'engagement de reconstruire les cuves Söderberg qui sont en ce moment démantelées. Le message est assez révélateur de la situation de l'industrie », a insisté Alain Gagnon, qui a pris connaissance des différents communiqués publiés au moment de l'annonce.
Le leader syndical décode, du contenu de l'annonce, l'urgence d'obtenir du gouvernement du Québec une nouvelle prolongation pour les permis d'exploitation des vieilles salles de cuves puisque le marché est loin d'être au rendez-vous pour une augmentation de la production de métal primaire.
« En 2012, quand nous avons commencé à parler qu'il fallait une prolongation jusqu'au premier janvier 2016, les gens disaient qu'il était tôt pour ce genre de demande. On est au début mars 2014, et il faut 28 mois de construction. Si une annonce est faite demain matin, les travaux seraient complétés en juillet 2016. C'est six mois après la fermeture prévue en fonction de l'entente sur la prolongation. J'ai pas moins de 900 travailleurs qui vont se retrouver dans une zone noire à partir du premier janvier 2016 si les cuves précuites doivent fermer pour des raisons d'environnement », ajoute Alain Gagnon.
Ce dernier a donc placé à son agenda la demande de rencontres avec les ministres Sylvain Gaudreault et Stéphane Bédard. Il a aussi l'intention de rencontrer le vice-président Amérique du Nord Métal primaire chez Rio Tinto Alcan Étienne Jacques pour évaluer les différentes options, dont une démarche pour obtenir un nouveau délai pour la technologie des cuves précuites.
Situation des marchés
La situation des marchés combinée aux déclarations de la présidente Jacynthe Côté, lors de l'inauguration des 38 cuves AP60, sont des signaux que le président du SNEAA-Unifor a capté et prend au sérieux. Jacynthe Côté déclare régulièrement qu'il n'est pas question, à titre de producteur discipliné, de mettre du métal sur un marché qui compose avec des prix très bas plombés par des réserves mondiales élevées. Mme Côté avait déclaré qu'il n'y aurait pas d'annonce pour les deux dernières phases AP60 en 2014.
Alain Gagnon entend de plus rappeler aux politiciens l'importance de mettre à profit les surplus énergétiques pour en arriver à des ententes à long terme qui vont permettre de relancer les projets comme ceux de Jonquière. Il met en garde contre les discours sur le risque d'utiliser l'énergie pour la production de métal primaire, alors que des États américains font des yeux doux aux producteurs d'aluminium avec de l'électricité produite avec les nouvelles énergies comme le gaz de shale.
Cette position n'empêche pas le gouvernement de trouver des formules qui permettent des modulations de prix pour l'énergie: « Certaines personnes semblent oublier que nous sommes dans une situation économique très difficile », a conclu le leader syndical.
Réaction de RTA
La compagnie Rio Tinto Alcan a réagi positivement à cette annonce qui permet d'utiliser l'énergie comme levier économique pour le développement des régions. Une position qui s'inscrit dans le rapport déposé en consultation sur les enjeux énergétiques par les représentants de la multinationale. Rio Tinto Alcan est de plus actionnaire, avec Alcoa, dans l'usine ABI de Bécancour et profitera donc de cette entente de 15 ans qui permet de payer l'électricité 1,5 cent de moins que le tarif L Grande puissance.
La porte-parole Claudine Gagnon rappelle que la position de Rio Tinto Alcan pour le prix de l'énergie se situe dans le premier quartile mondial. Ce qui se traduit par un prix de 2,65 cents et moins le kilowatt-heure.